Tunisie : besoin d’une nouvelle démocratie — partie1

Béji Caied Essebsi Démocratie Tunisie

Notre démocratie peine à trouver des solutions à nos problèmes structurels et s’affaiblit par l’existence d’un profond conflit des légitimités aujourd’hui en Tunisie, produit du « processus révolutionnaire » lui-même. La Tunisie a opté pour une légitimité de compromis qui a rapidement échoué.

Comment ramener le peuple Tunisien à l’unité, alors que c’est plus que nécessaire, en présence d’une mosaïque d’opinions divergentes, une perception contradictoire du sens des libertés, une injustice sociale, un taux de chômage élevé ?

C’est le problème de notre société et ce depuis la révolution. Il y a des objectifs qui ne peuvent être atteints que par l’effort ordonné et unifié de tout le monde : institutions de l’Etat, partis politiques, organisations syndicales, société civile…

Comment arriver à cette unité d’action ? Comment faire avancer le peuple dans la même direction ? Comment solutionner ces contraintes ? Est-ce le triomphe du nombre, des mathématiques sur le talent, la vocation et la sagesse ?

La démocratie à l’occidentale, applicable en Europe et en Amérique du Nord, est de nos jours montrée du doigt par la majeure partie du peuple Tunisien. Elle semblerait être dans l’incapacité de trouver des solutions à nos problèmes structurels.

L’instauration d’un système démocratique calqué sur le modèle occidental n’a pas eu les effets escomptés après cinq ans de la révolution. Cette démocratie à l’occidentale propose des solutions inappropriées à nos problèmes insolubles. La Tunisie a besoin d’une démocratie qui relève du grand art et tente de relever le défi de notre pays.

Comment solutionner le problème de l’injustice sociale ? Comment résorber le taux de chômage élevé ? Comment rendre la confiance à un peuple désespéré ? Comment aménager toutes ces libertés, avec une mosaïque culturelle défigurée par l’injustice sociale pour permettre à chacun de tirer équitablement le maximum de la vie en société, dans sa vie familiale, personnelle et professionnelle ? Comment calibrer la part de sacrifices ou de concessions à la collectivité en vue du bien commun et les bénéfices que tout citoyen peut tirer de sa vie en société ? Comment concilier le tout et la partie, les exigences de l’un et de l’autre face à une disparité et une fracture sociales ?

Dans ce contexte, quelques néologismes viennent qualifier notre démocratie : Infra-démocratie, démocratie chaotique, démocratie irresponsable, démocratie anarchique…

Ce constat qui pourrait s’avérer inquiétant, reste toutefois assez simpliste !

Toutes ces failles de notre système démocratique nous amènent à condamner sévèrement la démocratie. Jugement bien simpliste basé seulement sur le fait que la vie politique en Tunisie s’éloignerait aux yeux des Tunisiens de l’idéal type des objectifs de la révolution.

Nous constatons :

  • Une vie politique qui se transforme en feuilleton télévisé à épisodes ;
  • Des débats télévisés stériles,
  • Une classe politique dont l’immobilisme domine, renforcé par le désintérêt affiché de tous les acteurs,
  • Des partis qui n’ont pas de culture de l’état et n’ont pas vraiment défini de ligne économique et sociale claire,
  • Les problèmes socio-économiques, les réformes, les projets structurants, sont énoncés de façon floue et restent en second plan face à un débat sur la laïcité et la place de la religion dans la société.

Pour les Tunisiens, la démocratie souhaitée devrait incarner la tradition et l’histoire tunisienne mais aussi elle ne devrait décevoir ni nos martyrs ni nos enfants. On n’a pas besoin de plaire aux occidentaux.

Pour une  »Tunisie Unie », la  »démocratie souhaitée », ou encore souveraine, devra être basée sur un Etat fort et nationaliste s’opposant à toute ingérence étrangère. En restant indépendante et elle assurera une stabilité politique à l’intérieur de ses frontières.

Les évènements survenus dans le monde arabe, la fin de certaines dictatures et les élections libres qui s’en sont suivies en Tunisie, n’ont-ils pas eux aussi redéfini la  »Démocratie » ? Existerait-il donc plusieurs démocraties : les  »Vieilles Démocraties » ou les  »Démocraties Traditionnelles », les ‘ »Démocraties Arabes », … ?

En tout cas, ces néo-démocraties ou plus pudiquement notre démocratie en transition montre clairement qu’aucune  »recette universelle » n’est applicable en la matière. Notre démocratie doit dépendre avant tout des réalités et de la configuration de notre pays, de notre histoire, de notre culture, de nos contraintes, de nos objectifs…

Les ingérences occidentales directes et indirectes dans les problèmes internes de notre pays n’ont rien de démocratiques. La démocratie occidentale se pose dans le cas présent en véritable diktat.

En ces temps difficiles, notre pays a besoin d’une démocratie qui s’oppose à la démarche classique en abordant tous nos problèmes, nos différends, nos contraintes comme un ensemble d’éléments en relations mutuelles.

Peu importe la dénomination, nous avons besoin d’une démocratie capable

  • d’unir et de rassembler le peuple tunisien autour d’un même objectif,
  • de mettre en place la  »verticale de pouvoir » soit le retour à l’ordre,
  • de fabriquer des consensus à partir des divisions, des différends et des disparités sociales que l’ancien régime et les évènements postrévolutionnaires n’ont cessé d’engendrer et d’accentuer, et ce pour un meilleur avenir en commun,
  • de faire régner une paix, la moins fragile possible, et une synergie entre : les différents partis, les différents composants de la société civile, les différentes organisations syndicales, les institutions de l’état,
  • de faire prévaloir un intérêt commun sur la multiplicité des égoïsmes,
  • d’endiguer le mal qui ronge notre société à défaut de le détruire par crainte du pire,

Une pareille démocratie ne peut qu’être accueillie comme un soulagement par le peuple.

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