Vulgariser da­vantage le concept de la fran­chise en Tunisie

A l’occasion de la tenue à Tunis hier et aujourd’hui  de la 5ème édition du salon TunisMedfranchise, nous publions une interview de Mounir Mouakhir, président de la Chambre de Commerce et de l’industrie de Tunis (CCIT), publiée sur les colonnes de notre mensuel « Le Manager ».

La franchise, du moins sans fron­tières, lui doit ses lettres de créance et ses titres de noblesse. Il dut déployer, à la tête de la chambre, toute son intelligence et un trésor de pédago­gie et d’ingéniosité pour gagner à la cause de ce vecteur de développement des affaires l’administration dont on connaît les réticences.

Il peut aujourd’hui savourer son succès, ce qui ne l’empêche pas de remettre constamment l’ouvrage sur le métier. Et de creuser d’une année à l’autre le sillon de la franchise à travers l’organisation de Med Fran­chise, devenu le rendez-vous incon­tournable de professionnels en quête d’un partenariat d’un genre nouveau.

Le Manager : la  franchise fait dé­sormais partie du monde des af­faires, qu’apporte-t-elle au pay­sage national ?

Mounir Mouakhar : Certains pays tels que les Etats-Unis ont basé leur développement économique et commercial sur le concept de la franchise. C’est quelqu’un qui a un concept, une façon de faire, une marque et qu’il cherche à dupli­quer à différentes personnes. Il y a beaucoup d’avantages : d’abord cela permet de démultiplier les projets d’une façon importante avec toutes les chances de réussite puisque le concept a déjà été prou­vé et utilisé à différents niveaux.

Deuxièmement, la franchise per­met de moderniser le commerce. En Tunisie, la première manifes­tation de ce concept remonte à la loi de 2009 sur la modernisation du commerce. En ayant une fran­chise, il y a accès à la formation. Elle limite également les interfé­rences qui peuvent exister dans un secteur. Les gens y adhèrent parce qu’ils ont confiance dans la marque, le concept, l’hygiène… Pour conserver sa marque ou même faire évoluer le concept, le franchiseur se doit de faire des contrôles réguliers.

J’ajouterais que le concept permet de limiter le commerce parallèle. A titre d’exemple, les gens quand ils s’adressent à un distributeur de viandes, ils savent qu’ils ont à faire à une marque qui a été testée et validée.

La vérité est qu’auparavant on ne parlait de la franchise que dans un créneau bien déterminé. On lais­sait croire que la franchise permet d’encourager les importations des marchandises. C’est en partie vrai, mais il vaut mieux le faire dans le cadre d’une franchise que de faire de l’importation anarchique. Dans le cadre d’une franchise, les im­portations seront obligatoirement standardisées selon des cadres précis.

La franchise est également im­portante car nous avons plusieurs distributeurs qui ne peuvent pas se développer partout d’une fa­çon autonome, donc il faudrait les franchiser. Finalement, il y a possibilité de développer la fran­chise tunisienne à l’export. Il y a quelques exemples de succès, certes pas nombreux, mais c’est possible. Le cas de Masmoudi me vient à l’esprit. Il a réussi à mon­ter des franchises en pâtisserie en France, un pays difficile en ma­tière de gastronomie.

Qu’est-ce qui a fait que la Fran­chise n’ait pas vraiment décollé comme cela a été le cas au Ma­roc par exemple?

Nous avons une législa­tion un peu protectrice. Il faut sa­voir qu’il y a quelques années, la franchise était considérée comme un sujet tabou. Un état d’esprit ad­ministratif s’y opposait. On s’ima­ginait que la franchise c’est la res­tauration rapide. On a longtemps évité certaines marques parce qu’on s’obstinait à défendre nos traditions culinaires et on crai­gnait que cela ne bouscule le com­merce local. Alors que ce n’est pas la même gamme de produits. Quand on a démarré en 2009, on a brandi le projet de l’entreprise importée plutôt que l’appel à l’ex­portation. Il y a également quelques contraintes en matière de réglementation de change, parce que souvent il y a des royal­ties et des taxes à payer. Parfois il faut acquérir ce droit de franchisé et il y a des restrictions impor­tantes.

Plus d’une fois, les touristes sur­tout nous interpellent et nous posent des questions du genre pourquoi n’avez-vous pas telle enseigne ou telle marque qui au­rait contribué à consacrer l’image d’une Tunisie de shopping ? Nous avons plusieurs marques mon­diales maintenant qui ont pignon sur rue. Cela n’a pas empêché les gens de consommer local.

La loi n’a pas changé parce qu’il y a toujours 26 secteurs qui sont libres quand d’autres nécessitent une autorisation du ministère du Commerce. Le ministère est dans une démarche positive, il faut néanmoins présenter le dossier correctement. L’essentiel est de donner la liberté au consomma­teur de choisir en fonction de ses goûts et de ses moyens.

Aujourd’hui, de par la loi, le mi­nistère du Commerce doit deman­der l’avis du Conseil de la concur­rence qui, il faut le reconnaître, fait un effort considérable pour accélérer l’étude du dossier. Il y a aussi le côté juridique. Le contrat entre franchiseur et franchisé est à l’avantage du premier en rai­son de sa position centrale. Il faut prendre les précautions pour que les franchisés ne soient pas lésés à terme. Cela dit, dans la réalité les intérêts sont liés. Si le franchisé ne peut pas se développer, le fran­chiseur ne le pourra pas non plus. La franchise est réellement un rap­port gagnant-gagnant.

Dans un future proche, il y aura plus de développement de la fran­chise qui améliorera à grande échelle l’offre tunisienne d’une manière générale, que ce soit pour les Tunisiens ou pour les étrangers qui s’implantent chez nous.

Et la CCIT dans tout cela?

Nous travaillons pour per­mettre aux jeunes de créer leurs commerces. Aujourd’hui, il y a des gens, notamment des diplômés de l’enseignement supérieur, qui sont à la recherche d’un emploi et de projets. Lancer des franchises en Tunisie n’est pas simple, il faut créer des projets, se battre, créer des commerces, trouver la bonne adresse… Il y a tout de même quelques succès. C’est le cas de de­mandeurs qui ont trouvé leur fran­chiseur lors d’un salon. Celui-ci leur a donné toute la panoplie pour réussir leur projet. Au final, ils ont investi et du coup ils ont la garantie de réaliser du chiffre et des bénéfices. Pour notre part, nous essayons de faire connaître les différentes franchises qui existent.

On a eu l’occasion à la troisième édition d’inviter la Fé­dération mondiale de la fran­chise. Dans la cinquième édition qui s’est tenue au début de ce mois, placée sous le thème « Franchising : A new economic future ». La participation d’envi­ron 35 exposants dont 40% sont des exposants étrangers vise es­sentiellement à vulgariser da­vantage le concept de la fran­chise en Tunisie. Le workshop a aussi permis à plusieurs experts d’élucider des concepts impor­tants, présenter certains franchi­seurs étrangers et surtout mon­trer les opportunités pour la franchise tunisienne. On ne peut s’improviser franchiseurs du jour au lendemain. C’est une invita­tion également à toutes les en­treprises tunisiennes d’opter pour cette idée. Par l’intermé­diaire du CLDP, nous avons éga­lement invité un fonds d’inves­tissement qui s’appelle OPIC. C’est un fonds très important estimé à 50 millions de dollars qui a été émis par «Middle East Initiative» pour le développe­ment de la franchise. Ce fonds est en négociation depuis deux ans avec trois banques tunisiennes – Amen Bank, Attijari et ATB. Il permet de garantir des projets en franchise à concurrence de 70%.

Quels sont les secteurs de prédilection de la franchise ?

Lors des précédentes éditions de Med Franchise et en tant que chambre de Commerce, nous avons insisté sur le fait de développer des franchises à haute valeur ajoutée, par exemple dans le domaine de la technologie, de la télécommuni­cation. Même dans le domaine des services, un grand nombre de franchises sont à forte valeur ajoutée et génèrent beaucoup d’emplois qualifiés. Ceci permet d’offrir une amélioration nette du service, comme celui de voisi­nage, de la santé. Nous avons des jeunes diplômés qui sont à la recherche de projets à fort conte­nu technologique et à haute va­leur ajoutée.

Pensez-vous qu’il y a de belles perspectives en matière de franchise ?

Tout à fait, il y a tou­jours des opportunités dans le commerce, les services ou les pe­tits métiers à la fois pour des franchises tuniso-tunisiennes, tunisiennes à l’étranger ou étrangères qui viennent s’instal­ler en Tunisie par l’intermédiaire d’entrepreneurs tunisiens. On invite toutes les entreprises à adopter ce concept et à le déve­lopper. Nous encourageons les jeunes à créer leurs projets en matière de franchise. Et c’est l’objet de cette cinquième édi­tion.

Je puis vous dire que l’assem­blée générale de l’Association tunisienne de franchise, organi­sée le 3 décembre dans le cadre de Med Franchise, permettra de relancer des franchises, de concevoir la déontologie de la franchise et de mettre en place un règlement intérieur d’une or­ganisation de franchise. Cela ne pourra que structurer, dynami­ser l’activité et attirer les entre­preneurs.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here