Encore du travail pour réhabiliter l’artisanat

« Industries créatives et régénération urbaine dans la Médina de Tunis », tel est le titre d’une étude menée par l’Association de sauvegarde de la Médina de Tunis dans le cadre du projet MEDNETA. Les résultats ont été présentés ce matin, dans le cadre d’une journée d’information autour de « La promotion de l’entrepreneuriat dans les villes partenaires du projet MEDNETA ».

460..L’étude, menée sous la direction de Zoubeïr Mouhli, directeur général de l’association, a choisi, pour les besoins de l’enquête, un terrain de la Médina centrale d’une superficie de 100 hectares. Les résultats de l’étude ont montré l’existence de 32 métiers, 525 ateliers dont 34% dans les oukalas (sorte d’auberges insalubres).

Après plusieurs visites sur terrain, il s’est avéré que les métiers de chausseur et de gainier dominent la Médina, tandis que les métiers de sellier et céramiste ont quasiment disparu. Pour tous ces métiers en extinction et encore en vie, un triste constat est à faire : ils se sont tous développés dans des locaux insalubres et inadaptés aux conditions de travail. Quant à la nature des ateliers situés dans les oukalas, l’étude révèle que plus de la moitié de ces oukalas sont occupées par des artisans, avec une prédominance des métiers du métal ( 76%).

Par ailleurs, l’étude a pu analyser les points de faiblesse, les points forts, les opportunités et les menaces pour chaque métier artisanal. Pour ne citer que le secteur de l’orfèvrerie et de la dinanderie, les deux secteurs bénéficient d’une forte demande et d’une importante capacité des artisans à s’adapter aux aléas du marché et à la disponibilité de la matière première. La qualité de la production demeure aléatoire et cela se traduit, selon l’étude par : l’existence de produits frelatés (mélange de métaux surtout de l’argent), une production mécanisée et informelle, une formation professionnelle insuffisante et un essor des circuits parallèles d’approvisionnement, dans un secteur soumis à une réglementation rigide. Cependant, les deux secteurs demeurent menacés par la désaffectation des métiers, surtout de la dinanderie à cause de sa faible rentabilité, ainsi que de la migration des artisans qualifiés et sous-payés vers d’autres domaines. De même l’absence de formation adéquate favorise la contrebande.

L’étude a permis de braquer la lumière sur l’univers artisanal de la Médina. Elle souligne le fait que la Médina est « un pôle touristique, propice à l’artisanat grâce à la présence de fournisseurs et de réseaux de distribution à proximité des points de vente. Cependant, la Médina souffre d’un ancien système de corporations affecté par le contexte économique. Au niveau du financement, l’étude révèle que les artisans ne trouvent pas de système de crédit adapté à leurs besoins. La cherté des matières premières, le manque d’innovation au niveau des produits et l’existence d’une concurrence déloyale par des produits d’importation inondant le marché sont les problèmes fondamentaux de l’artisanat d’après l’étude.

tunis-medina-soukDe sérieuses menaces s’opposent à l’essor de l’artisanat, indique l’étude : disparition ou déclin de certains métiers, à cause d’un système de formation dépassé, politique fiscale inadaptée et évolution du marché, de même une dégradation de l’espace résidentiel à cause des activités polluantes.

Il est à noter que l’étude en question a recommandé, entre autres : la création d’un centre dédié aux industries créatives de la Médina pour abriter les exposition temporaires, les démonstrations, les courts stages et les points de vente; la création de la Semaine des industries créatives dans la Médina d’une façon annuelle; l’élaboration d’un répertoire des artisans et de leurs métiers; la mise en place d’un système de formation pragmatique, la facilitation de l’accès au crédit et la mise en place d’un système de labellisation.

Leila Ben Gacem, experte technique sénior, a expliqué à leconomistemaghrebin.com que le projet MEDNETA est un projet financé par l’Union européenne auquel sept villes méditerranéennes participent, à savoir Valence, Athènes, Tunis, Beyrouth, Al-Khalil ( Ebron), Florence et Palerme. Le projet dure deux ans 2014/2015. Pendant les deux ans, les villes en question font un scannage de leur art et artisanat. D’ailleurs, l’objectif principal du programme est de répondre à la question suivante: « Comment faire des métiers de l’artisanat un moyen pour valoriser les villes historiques, tout en gardant les spécificités des villes en question ? ».

Notre interlocutrice a indiqué que des échanges culturels ont été faits avec les autres villes, afin de profiter de leur savoir-faire dans le domaine. « Le projet prendra fin en décembre et tous les participants se rendront à Athènes pour présenter leurs travaux », dit-t-elle.

Revenant sur les réalisations de l’association, Leila Ben Gacem a indiqué que l’association a mené toute une étude sur le domaine de la chéchia, dont le résultat est l’existence de plusieurs failles dans toute la chaîne de production.

Notons que plusieurs partenariats ont été tissés entre l’ASM et d’autres associations comme l’ONA, l’association Carthagina, l’Ecole supérieure des sciences et technologies du design ( ESSTED ). Dans le cadre du partenariat avec ESSTED, les étudiants auront la chance de côtoyer les artisans, appliquer leurs connaissances et d’allier la théorie à la pratique.

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