Tunisie : l’impératif d’une trêve sociale

Une vague sans précédent de revendications salariales excessives déferle depuis quelque temps sur le pays. Rien de plus normal estiment certains en ce sens que tout un chacun aspire à améliorer ses conditions de vie et pour ce faire il a légitimement le droit de demander plus de moyens matériels dont une augmentation salariale. Encore faut-il qu’une telle augmentation revendiquée corresponde à une productivité conséquente. Mais là n’est pas notre propos.

Donc revendiquer oui, mais pas à n’importe quel prix, en prenant en otage le peuple tunisien et son économie agonisante, et ce quel que soit le motif. Il est vrai que les deux gouvernements de la Troïka ont laissé des bombes sociales à retardement derrière eux que l’actuel gouvernement est « sommé » de les désamorcer, en appliquant à la lettre les accords conclus alors, en accordant les augmentations consenties d’avance pour l’année en cours. Mais le problème est de savoir comment répondre aux multiples revendications et par quels moyens, sachant que les caisses de l’Etat sont vides et que pour terminer l’année fiscale on reconnait officiellement que le budget manque de 7,5 milliards de dinars. Un chiffre parmi tant et tant d’autres qui en disent long sur l’état de santé de notre économie gravement atteinte.

Les fédérations de l’UGTT de l’enseignement, de la santé et du transport, pour ne citer qu’elles, n’ont en apparemment cure. Pour elles, il faut appliquer les termes des accords à la lettre, ici et maintenant, sinon c’est la grève. Grève des instituteurs à répétition, la dernière en date étant celle de la rentrée. Grève du personnel administratif médical avec une géniale trouvaille qui a fait perdre aux caisses de l’Etat beaucoup d’argent, dans la mesure où ce jour là les soins et autres actes médicaux avaient été décrétés par les syndicalistes gratuits. Sans parler de cette grève, l’autre jour à Sfax, en signe de rejet du nouveau directeur de l’hôpital Habib Thameur ! Et bien entendu la dernière grève en date, celle des transporteurs de carburant, suspendue et reportée au 5-7 octobre prochain, qui a affecté certes les particuliers en cette veille de l’Aïd, mais aussi bon nombre d’entreprises et par conséquent l’économie du pays. Un autre clou enfoncé dans le cercueil d’une économie sous perfusion, agonisante. En effet, l’absence de carburant a freiné la production industrielle et surtout cloué au sol des camions de transport de plusieurs marchandises destinées à l’exportation et que les donneurs d’ordre attendaient pour ce fameux lundi « sec ». S’agissant de produits périssables ou autres composants indispensables à certaines chaines de production étrangères à stock zéro, donc fonctionnant au jour le jour… On mesure bien les dégâts occasionnés…

Ni les ambitions des uns et des autres, en prévision du congrès, à jouer les premiers rôles dans la centrale syndicale, ni la défense acharnée des syndiqués, et aucun autre, admettons, objectif même noble, ne peut justifier cet enchaînement de grèves. Certaines mauvaises langues prétendent qu’ « ils veulent faire tomber le gouvernement », ce que nous ne croyons pas. Il n’en demeure pas moins que c’est tout le pays qui va couler si l’on n’arrête pas « le massacre ». Et nombreux sont ceux qui ont du mal à trouver une explication au « silence approbateur » du haut de la pyramide de l’UGTT. Une Union qui a grandement contribué, avec le reste du quartet, au succès de la transition politique, mais qui aujourd’hui peine à convaincre ses capitaines qu’à situation exceptionnelle, de la patience et de la sagesse s’imposent tout comme d’ailleurs, tout au plus, des concessions exceptionnelles. Il s’agit certes de défendre les syndiqués, tous les syndiqués, qui ont tout à fait le droit à la grève tout comme le droit au travail d’ailleurs. Qui ont le droit aussi de défendre leur niveau de vie qui se dégrade du fait de la cherté de la vie. Mais de là à contribuer à achever l’économie et de compromettre l’avenir d’un pays-funambule qui risque chaque jour davantage de tomber dans le vide…

Une trêve sociale s’impose donc aujourd’hui plus que jamais auparavant. Au gouvernement toutefois de faire de telle sorte que le poids de la transition économique et des sacrifices qu’elle nécessite soit équitablement partagé par tous sans exception aucune. A défaut, le prix à payer sera très fort pour ne pas dire catastrophique.

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