La Tunisie, une économie pas si émergente !

Nous publions ci- après la première partie d’une réflexion de MAC SA sur la structure des flux de capitaux entre les économies avancées et le monde émergent. 

Malgré la libéralisation partielle de son compte capital, l’économie tunisienne continue de subir, à un degré moindre, les aléas de la conjoncture mondiale. Comment peut-on limiter les effets pervers des cycles financiers internationaux sur l’économie tunisienne ?

Les autorités tunisiennes sont amenées à protéger leur économie contre les chocs générés par le retournement du cycle financier mondial. Le professionnalisme devrait accompagner les opérations de sortie sur les marchés internationaux. Ce qui n’a pas été le cas lors de la dernière sortie où le show a envahi le terrain. Le professionnalisme n’était pas au rendez-vous, ni au niveau du timing (en pleine formation du gouvernement), ni au niveau institutionnel (sans l’accord du parlement), ni au niveau du montant (plus que le double du montant budgétisé), ni au niveau de la maturité (uniquement dix ans).

Il est inconcevable de recourir au marché mondial pour emprunter 1 milliard de dollars pour le stocker dans les réserves de la BCT. Qui supportera les 5.875% d’intérêts sur les quatre derniers mois ? Que du kérosène pour ravitailler le réservoir des tenants des thèses populistes qui excellent dans la diabolisation du financement externe et qui perdent la langue pour dénoncer le blocage de l’appareil productif dans les fleurons de l’économie tunisienne.
La priorité est aux invesstisseurs longs et à la diversification géographique. Concernant les bailleurs étrangers de fonds privés, deux remarques s’imposent. D’un côté, la priorité est aux investisseurs longs (fonds de pensions, fonds souverains …) et non aux investisseurs courts (hedge funds, fonds communs de placement …), dont leurs implications dans des stratégies de placements spéculatives, très néfastes pour les monnaies nationales, leur décernent le titre de « requins » de la finance mondiale.

En effet, un fort positionnement des institutionnels (fonds de pension, fonds souverains, …) sur le marché de la dette des entreprises émergentes a permis de garantir une certaine stabilité du marché lors de la forte période de tensions sur les marchés qui a suivi la déclaration de la Fed en mai 2013, concernant son intention de limiter son programme de Quantitative easing. D’un autre côté, la diversification géographique des investisseurs étrangers est fort souhaitable pour limiter les tensions sur les parités.
La solidité des fondamentaux est indispensable pour épargner l’économie nationale des effets pervers de la conjoncture mondiale. Bien évidemment la maîtrise de l’inflation et des twins deficits (budgétaire et courant). Mais aussi, il faut que la structure de la dette soit rassurante, de par le poids limité de sa composante de court terme, et de par sa répartition entre les différentes devises. Enfin, les réserves de change doivent se retrouver dans une situation confortable pour garantir une résistance face aux attaques spéculatives.

Développement du marché obligataire pour une meilleure attractivité des investissements étrangers

La mise en place de mesures macro-prudentielles semble être incontournable pour éviter les retombées dévastatrices du risque systémique. Les banques doivent veiller à la constitution de provisions et de réserves contra-cycliques. Mais, au-delà des banques, certains secteurs systémiques (immobilier, tourisme) ou entreprises systémiques (Compagnie de Phosphate Gafsa, …) doivent être intégrés dans le champ du régulateur pour éviter les implications négatives de leur effondrement sur le reste de l’économie.
Le système financier tunisien mérite aussi sa grande réforme. Sa solidité est la seule garantie pour amortir les chocs externes, pour rendre la place de Tunis plus attractive pour les IDE et les investissements de portefeuille les moins volatiles (fonds souverains, fonds de pensions, ….), pour éloigner le spectre du risque systémique, pour éviter de tomber dans le cercle vicieux de l’austérité, pour préparer les bonnes conditions de financement d’une économie innovante, et du coup, renforcer son positionnement sur les marchés étrangers.

Seule une réforme en profondeur du secteur bancaire et du marché financier, en rupture avec l’amateurisme et l’hésitation pourra redonner des couleurs aux fondamentaux de l’économie. L’heure n’est plus aux tergiversations politiques, ni au bricolage de coin de table synonyme de mesures cosmétiques. L’heure est plutôt au courage politique pour mener la bataille de l’immédiat et la bataille de l’avenir.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here