Diplomatie tunisienne : mauvais procès

Affaires étrangères diplomatie

Ceux qui prennent aujourd’hui à partie le ministre ne peuvent pas ignorer qu’il hérite d’une politique étrangère où les dérapages ont été aussi fréquents qu’assourdissants et que les réajustements nécessaires ne sont pas aussi évidents, dans un environnement où chaque crise nour­rit l’autre (Libye, Syrie, Irak, Egypte, Yémen). Comment opérer, quand derrière chaque crise il y a des grandes et des moyennes puissances qui s’affrontent sans merci dans une lutte d’influence, où chacun veut conserver son pré carré ? Comment faire, alors que le pays est dans la posi­tion extrêmement inconfortable de celui qui demande un devoir de solidarité et d’aide de la part de la communauté internationale pour soutenir une transition en danger et qui, en même temps, veut rester maître d’une décision qu’il veut souveraine ?

Exercice difficile, il faut bien l’avouer. Venons-en à quelques faits : je prendrais, en premier lieu, la gestion de la tragique affaire des deux compatriotes jour­nalistes enlevés en Libye par des groupes armés, pour dire à ceux qui agitent déjà la menace des poursuites judiciaires à l’encontre des responsables du ministère des Affaires étrangères, ministre en tête, pour manquements, qu’ils font là un mauvais procès et se trompent de cible.

Dans un pays où il n’y a plus d’Etat et où l’insécurité règne, les diplomates tunisiens ont accompli leur devoir en faisant ce qu’ils avaient à faire avec professionnalisme. Quant à nos zélés pourfendeurs, je me demande quel mode opéra­toire auraient-ils adopté s’ils avaient été dans les mêmes conditions de travail? En outre, on a cherché querelle au chef de l’Etat, parce qu’il a reçu le chef d’un gouvernement non reconnu par la communauté internationale mais, au vu du contexte libyen et au vu de nos intérêts propres,  avait-il d’autre choix ?

Quant au positionnement par rapport au conflit en cours en Syrie, je trouve là aussi que la diplomatie tunisienne fait du mieux qu’elle peut pour gommer un tant soit peu le cafouillage né de la décision hâtive et irréfléchie, prise par la première Troïka, de fer­mer notre ambassade à Damas. On sait où cela a mené et mène encore. Quant au cafouillage apparu entre le Président de la République et son ministre dans la gestion de ce dossier, je trouve que là aussi, qu’on en fait trop.

Concernant les propos de M. Baccouche dans l’affaire des visas suspects octroyés par les autorités turques aux Tunisiens candidats au jihad en Syrie, j’estime que le ministre a mis le doigt là où il fallait et on ne peut lui faire grief pour cela, à moins d’être myope. Par ailleurs, on a jugé trop alignée sur l’Arabie saoudite et par-delà, sur les Etats-Unis, la position affichée par rapport au conflit en cours au Yémen. On passe sous silence les reproches adressés à Ryadh pour l’insuffisance de l’appui financier qu’elle apporte à la Tunisie et l’on feint de ne pas savoir que le président Essebsi s’apprête à se rendre, en grande pompe, aux USA pour sceller avec le président Obama une amitié née au lendemain de la révolution, et lui demander justement davantage de soutien. Tout cela pour dire qu’il faut savoir donner du temps au temps avant de juger.

Un dernier mot pour clore ce chapitre : j’apprends que les diplomates se sont mis en grève pour réclamer une prime de spécificité au même titre que d’autres corps. Ils sont dans leur droit, d’autant que les énarques du département ont la leur, en plus d’accaparer les plus hautes fonctions, et cela au détriment des diplomates de carrière. Une situation qui ne peut qu’entretenir toutes les frustrations. Je crois que le moment est venu de remettre les choses à leur place.

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