Tunisie – terrorisme : Extirper le mal à la racine

violence djihadiste

Il aura fallu une opération terroriste à Tunis même, à deux pas de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), une vingtaine de morts et une quarantaine de blessés pour se résoudre à déclarer la guerre au terrorisme. Nombreux sont ceux qui n’ont pas  cessé de mettre en garde contre ce fléau dévastateur en affirmant que les terroristes étaient et restent parmi nous, diffus dans le tissu social un peu partout dans le pays. Ils étaient là avant la révolution, en grande majorité inconnus parmi les inconnus. Après le 14 janvier 2011, ils ont fait leur entrée en scène et en force. L’étonnement de plus d’un ne se cachait pas alors. Personne ou presque n’avait pressenti ce conservatisme latent qui a éclaté au grand jour après la chute du régime policier de Ben Ali.

Reste que cette liberté retrouvée n’a pas été considérée à sa juste valeur. Les islamistes et les extrémistes de tous bords, dont certains avaient bénéficié de l’amnistie générale, en avaient profité pour justement étouffer cette liberté dans l’oeuf et imposer leur idéologie théologique réactionnaire. A chacun sa démarche et ses moyens allant de la conviction verbale à la terreur par les armes et le « tu marches ou tu crèves ». Leur union était déjà scellée par le projet de création d’un Etat islamiste basé sur la Chariaa. Le processus a été engagé et chacun y allait de sa propre démarche. Les mosquées ont été utilisées en tribunes de propagande et de mobilisation et parfois même en salle d’entraînement des arts martiaux. C’est qu’on se préparait déjà à l’usage de la force. D’autres, « des sportifs » entretenaient leur physique dans les montagnes ( !) Un grand rassemblement d’extrémistes a eu lieu à la Soukra, c’était le premier du genre des « barbus » d’Ansar Charia.

L’argent commençait à couler à flots pour créer des écoles coraniques, des crèches islamistes, des associations de charité, conditionnées en fait…et pour recruter parmi la pègre « repentie » à coups de centaines de dinars…Le ton montait et les agressions planifiées entraient en phase d’exécution. Les journalistes, les acteurs, les peintres…tabassés, humiliés, malmenés…Le silence approbateur, la connivence et la protection de certains hauts responsables politiques ne faisant qu’aiguiser les appétits extrémistes. Ce fut alors les assassinats politiques, l’attaque tolérée de l’ambassade américaine…A l’Assemblée  nationale constituante les islamistes bataillaient pour que la charia soit de mise dans la nouvelle Constitution, la femme devant être non pas l’égale de l’homme, mais son complément…Méthodologiquement on essayait de renforcer les rangs idéologiquement avec les extrémistes qui occupaient de plus en plus de terrain…L’apport de l’Intérieur  et de la Justice était d’un grand secours pour cette démarche d’ islamisation forcée. Appel en renfort a été aussi fait à des prédicateurs venus d’ailleurs pour prêcher « leur islam ». Accueillis au salon d’honneur de l’aéroport international de Tunis Carthage par des proches du président de la République, ils sont reçus aussi au Palais présidentiel. Le président provisoire d’alors s’est même permis le luxe de recevoir « les miliciens » se disant protecteurs de la révolution, publiquement militant pour la défense des idées islamistes du parti dominant…

Vidé de leurs cadres, les services de sécurité battaient de l’aile. Quatre-vingt magistrats ont été limogés, certains ayant même gagné leur cause auprès du tribunal administratif mais pas réintégrés…L’anarchie installée en Libye avait favorisé la contrebande. Des armes de guerre et de chasse commençaient à faire leur apparition ça et là.

En un mot, la situation pourrissait à vue d’œil malgré les cris d’alarme lancés par plus d’un. Le terrorisme était là, bien assis et commençait à s’enraciner. « Un épouvantail » répondaient alors certains gouvernants. Le parti islamiste commença à faire des pas en arrière après le désaccord constaté avec les extrémistes sur la démarche à adopter pour islamiser le pays. Le grand chef extrémiste djihadiste d’Ansar Charia, dit Abou Yadh, arrive comme par miracle à échapper à des centaines de policiers qui l’encerclaient à la mosquée El Fath à Tunis. Il rejoindra la Libye puis fera allégeance à l’organisation sanguinaire qu’est l’Etat islamique. Cependant ses lieutenants et ses adeptes sont restés parmi  nous et sont devenus de plus en plus actifs… Des groupes armés prennent le maquis et les assassinats terroristes de se multiplier dans les montagnes et ailleurs faisant jusqu’à présent des dizaines et des dizaines de morts et de blessés parmi les forces armées et de sécurité…

Aujourd’hui et contrairement à ce que certains laissent croire le terrorisme n’est pas seulement à la montagne où une centaine de jihadistes continuent à tuer malgré les attaques intenses et répétées de l’armée ces derniers temps, mais il est aussi et surtout en ville et pour preuve les nombreuses arrestations opérées par les forces de sécurité. Le malheur c’est que malgré les multiples arrestations, des extrémistes continuent à se mouvoir et à se manifester étonnamment au vu et au su de tout le monde dans certaines mosquées notamment. Des terroristes de retour de Syrie sont aussi parmi nous en toute quiétude. Certaines associations en liaison indirectement car opérant sous diverses couvertures continuent à exercer normalement….Sans parler des défenseurs des idées extrémistes et autres défenseurs de l’application de la chariaa qui ont pignon sur rue et qui rejettent purement et simplement la démocratie, les institutions républicaines et la Constitution…

Et ce n’est là qu’un mince reflet de ce qui s’est passé et de ce qui se passe aujourd’hui dans nos murs pour ce qui est de ce fléau qu’est le terrorisme. Donc lui déclarer la guerre n’exige pas uniquement une lutte armée, à intensifier d’ailleurs dans la mesure où il s’agit d’une question de vie ou de mort, mais aussi une approche globale visant à purger le pays de tous ces éléments tout aussi nocifs qui font le lit du terrorisme et qui le soutiennent dans l’exécution de ses lâches besognes.

Extirper le mal à la racine devrait être notre objectif à nous tous citoyens, forces armées et de sécurité, responsables politiques, société civile, enseignants, hommes de lettres, de culture et des arts, acteurs économiques de tous bords…Une mobilisation générale à toute épreuve est aujourd’hui indispensable car les terroristes sont bel et bien parmi nous et depuis bien longtemps, il faut s’en convaincre, d’autant plus que nous sommes tous, absolument tous concernés…

4 Commentaires

  1. j’apprécie beaucoup ce texte ainsi que sa conclusion. Soutenons tous les démocrates et femmes qui ont le courage d’agir encore positivement dans la société sans se livrer à des actes sanglants, obscurantistes et aveugles, qui plus est !

  2. Beaucoup d’admiration pour ceux et celles qui résistent à cette spirale guerrière au quotidien. Ne les abandonnons pas ! ne soyons pas aussi destructeurs ! Solidarité dans l’humanisme !

  3. Il nous faudrait aussi, nous atteler à désamorcer les milliers de bombes humaines, créées par des décennies de marginalisation, de dénigrement et de diabolisation. Un effort de sape, est aussi nécessaire, sur les fondements idéologiques, contre nature, qui poussent nos jeunes vers cette nébuleuse de criminels, mercenaires à la solde de certains intérêts occultes.

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