« On n’a jamais engagé en Tunisie un débat sérieux et responsable concernant le gaz de schiste »

Rachid Ben Dali, président-directeur général de la Société tunisienne de l’Electricité et du Gaz (Steg)  a été l’invité de l’Economiste Maghrébin (Magazine) pour parler du déficit de la Steg, le déficit énergétique, le gaz de schiste, la facture de la Steg, la production et la vente de l’électricité en Tunisie et bien d’autres sujets relatifs à l’énergie en Tunisie. Entretien…

L’Economiste Maghrébin : On a, d’un côté les citoyens, qui se plaignent des tarifs jugés exorbitants appliqués par la Steg, de l’autre la Steg, qui estime que ses tarifs sont beaucoup plus bas que ses coûts réels. D’où vient ce malentendu ? Serait-ce à cause d’un déficit de communication de la Steg ? Comment devrions-nous adapter notre mode de consommation pour atténuer quelque peu la facture ?

Rachid Ben Dali : On a beau expliquer à nos clients tous les défis auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés, à travers un débat national qui a porté sur toutes les questions relatives à la Steg et à l’énergie, malheureusement, l’intérêt que porte le Tunisien à l’énergie est réduit à la seule facture. Et encore faut-il qu’il la comprenne. Ce sont des petits gestes de rien du tout, que tout un chacun peut faire, qui pourront atténuer considérablement la facture. Encore une fois, c’est la culture énergétique qui manque et là, comme vous le dites si bien, il y a un grand déficit de communication. On n’arrive pas à se faire comprendre et encore moins à vulgariser auprès du public la question énergétique.

La situation actuelle ne doit pas perdurer. On ne peut continuer à importer indéfiniment de l’énergie, avec de lourdes factures. Le gaz de schiste peut-il constituer l’alternative ?

Malheureusement, on n’a jamais engagé en Tunisie un débat sérieux et responsable concernant le gaz de schiste. Ce sont généralement des politiciens qui sont invités à exprimer leurs opinions, et qui sont souvent hostiles à cette question. Contrairement au gaz naturel conventionnel qui est retenu dans une roche perméable permettant une exploitation facile, le gaz de schiste est piégé dans les porosités d’une roche imperméable appelée roche mère.

L’extraction du gaz de schiste, particulièrement difficile, nécessite le recours systématique aux techniques combinées du forage dirigé et de la fracturation hydraulique à grands volumes, pour l’expulser de la roche-mère vers les roches-réservoirs. Toutefois, les normes internationales donnent un coefficient de récupération qui ne dépasse pas en moyenne les 30%.

Les Américains, les premiers dans le monde à avoir utilisé ce gaz, nous ont confirmé la présence du gaz de schiste dans le bassin de Ghadamès. On parle d’une réserve de 500 milliards de m3, qui pourrait couvrir la consommation nationale durant 80 ans.

On est donc à un moment où l’on doit décider de l’orientation à suivre, sachant que les sources conventionnelles sont en déclin : le solaire est insuffisant parce qu’intermittent ; continuer à importer le gaz naturel liquéfié (GNL) pèserait lourd sur nos équilibres financiers et investir dans le charbon revient à supporter un degré élevé de pollution.

A partir de toutes ces hypothèses, il faut choisir celle qui nous convient le plus. L’année prochaine, la Steg va se lancer dans les études de tous ces scénarios : le charbon, le GNL, le schiste… Pour ce dernier, il faut avant tout être sûr de sa présence, des quantités disponibles et de la possibilité de l’extraire tout en préservant l’environnement. Toutes ces études doivent être lancées, et on devra leur accorder toute l’importance nécessaire, parce qu’au vu de leurs résultats, on engagera la stratégie à suivre. Cette stratégie mobilisera des coûts colossaux et sera en plus irréversible. Nous sommes donc à un carrefour de choix très important et aucune erreur ne sera permise. Un spectre d’études assez large prendra donc place, à l’échelle macro et micro-économique, mais aussi sur le plan technique, pour bâtir les fondements de notre futur énergétique.

Il semblerait que le montant des impayés de la Steg s’élève à plus de 700 MD. Qu’avez-vous envisagé pour recouvrer les redevances ? Iriez-vous jusqu’à priver les récalcitrants de courant électrique, même en plein hiver ?

L’Etat a couvert 50% de ce montant, dans le cadre de l’assainissement des sociétés en difficulté. 700 millions de dinars sur un chiffre d’affaires de 3500 millions de dinars, c’est 15%. Un montant difficilement gérable, moyennant le recours aux banques. Depuis que je suis en poste à la Steg, nous avons sensibilisé tout le monde, nous avons tendu la main à tout le monde, nous n’avons refusé aucun échelonnement de dette. Les derniers mois, pour pouvoir avoir une trésorerie au moins nulle, la Steg a été obligée de procéder à des coupures d’électricité et de gaz pour tous ceux qui n’ont manifesté aucune intention de s’engager dans une démarche de payement.

 

N. B : (Lire la version intégrale de l’interview dans notre numéro Spécial Classement des entreprises tunisiennes (édition 2015) disponible prochainement dans les kiosques). 

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