Tunisie : La foire aux présidents

Les présidents (candidats) : combien sont-ils au juste ? Probablement plus d’une dizaine, peut-être une vingtaine.  Un nombre très peu important au point qu’exceptionnellement  il est retenu par le Tunisien.  Que peuvent-ils offrir à la Tunisie ? Sûrement peu de choses eu égard au cursus de la majorité d’entre eux, à  leur capacité à gouverner et, surtout, de  se mouvoir dans des prérogatives limitées. Pourtant, ils y vont tous. Quelques- uns avec des certitudes, d’autres avec  quelques  rêves et la plupart  avec  beaucoup d’utopies.

Sincèrement, pour une bonne partie d’entre eux, nous restons  sidérés, la bouche grande ouverte,  devant le fait qu’ils arrivent  à penser qu’ils ont la capacité d’occuper les fonctions requises par  la magistrature suprême. Sidérés, la bouche grande ouverte du fait qu’ils aient, pour leur grande majorité, pensé, un seul instant,  qu’ils peuvent gouverner un Etat, occuper son plus haut rang administratif et politique  et s’imposer comme  premier représentant de ce Peuple  gouverné jadis par  Moncef et Lamine Bey et  Bourguiba.  Certes, il y a l’actuel président temporaire, qui s’en ira prochainement, pour justifier le pourquoi. Mais sincèrement qui voudrait ressembler au futur ex-Président d’une présidence provisoire  calamiteuse ? Ils oublient au passage que le Président Provisoire a été très peu de fois dans la peau du président, préférant, ou subissant, son rôle d’activiste des Droits de l’Homme se trompant de la sorte sur le rôle qu’il était censé tenir.

La lecture de la liste des candidats à la présidentielle est époustouflante de candeur, de personnages se réveillant,  au lendemain de  la désertion  de Ben Ali, en se découvrant des dons de guide, de penseur, de…commis de l’Etat. Combien, parmi eux,  ont occupé un poste de responsable dans l’administration ou les affaires ? Combien parmi eux savent-ils à quoi ressemble gouverner un Etat et parfois même être à la tête d’ un …simple service dans l’administration ? La lecture de la liste nous fait découvrir des personnages plein d’ego, confondant, pour certains,  magistrature et magistrature suprême,  sentiment  « harakiriste »   et vision apocalyptique de la société tunisienne se permettant au passage de « douter »  de l’existence même des terroristes,  leader  de partis à densité humaine ressemblant énormément à celle du grand erg oriental, une suffisance culturelle qui en dit long sur leur capacité à intégrer de nouvelles données,  amnésique à souhait de la configuration universelle du prototype d’un Chef d’Etat, gravissant, une à une,  les marches de la responsabilité .  La liste qui nous est proposée  rassemble, dans sa grande majorité,  les QI les plus insignifiants de notre société.  Alors, le titre ô ! combien pertinent et synthétique de l’article de notre collègue Khalil Zamit, paru cette semaine sur l’Economiste Maghrébin,  et fustigeant  amèrement  cette descente aux enfers de la qualité des candidats  : «  Après le Bey, le Président à vie et maintenant n’importe qui » traduisant le sentiment de l’homme de la rue, de l’intellectuel et des…commis de l’Etat, à tous les niveaux  hiérarchiques de l’administration. Pour beaucoup de nos candidats, il leur est même difficile de soutenir avec succès une candidature à un poste de… chef de service alors que leur mégalomanie, doublée de leur utopie, les renvoie  sur les cimes de la gouvernance de la nation !

Jamais une élection, peut-être de par le monde, n’a réuni autant de profils aussi singuliers. Alors, nous  serons, nous le sommes déjà, très pressés de voir leurs  commentaires à l’issue du premier tour pour observer l’effet d’une  chute du haut d’une utopie.

 

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