Tunis – Maghreb : Les banques à la croisée des chemins

A l’occasion de la tenue aujourd’hui à Tunis de la 14e conférence des présidents des banques maghrébines, une conférence-débat s’est tenue sur le thème : « Les réformes bancaires à la lumière des mutations internationales et régionales ». De nombreuses personnalités du monde de la finance au Maghreb ont pris part à cette manifestation dont les travaux ont été ouverts par Hakim Ben Hammouda, ministre de l’Economie et des Finances, qui a mis l’accent dans son intervention sur l’importance des réformes engagées par la Tunisie dans ce secteur. Il a ajouté que l’appui des banques pour le développement de l’économie nationale est très important et que la concertation et le dialogue avec le secteur se font à travers des réunions mensuelles avec les responsables bancaires  en plus de l’échange quotidien de l’information.

Ces rapport entre le secteur bancaire et les pouvoirs publics sont caractérisés  par la transparence et l’indépendance et régis par l’intérêt économique du pays, a ajouté  le ministre pour qui la contribution du  système bancaire dans le développement du pays est très importante. Abordant la dimension maghrébine, le ministre a déclaré que l’intégration régionale reste en deçà des espérances.

La Tunisie, a ajouté le ministre, a entamé une réforme du système bancaire national, notamment une restructuration des trois banques publiques qui ont été soumises à un full audit. L’objectif est d’entamer une véritable réforme de tout le système bancaire par l’introduction notamment de nouvelles normes prudentielles pour en faire un véritable levier de l’économie. Il y a certes des difficultés mais la réforme est très importante pour l’avenir du pays.

Prenant ensuite la parole, Jean-Paul Betbèze, conseiller économique de Deloitte, a présenté les grands changements qui vont affecter le système financier international. L’intervenant, après avoir défini la vraie nature de la crise mondiale, a présenté le système financier mondial qu’il qualifie de bi-cycle  qui vont de pair : un cycle des affaires et un cycle des finances, ce dernier subissant des variations beaucoup plus importantes que le premier cycle.

Le nouveau paysage bancaire après la crise que le monde a traversée sera caractérisé par :

  • Un monde de surveillance accrue : l’intégration du système de surveillance des risques
  • Une politique macro-prudentielle et taille des banques
  • Un  monde de faible croissance, de faible inflation : la question des coûts
  • Un  monde de faible croissance, de faible inflation et d’abondantes liquidités :  : la question des fusions-acquisitions
  • Un  monde de révolution numérique : la question des paiements et des réseaux
  • Une  phase de régionalisation : les nouveaux axes stratégiques (rapport au dollar, rapport au droit, cadrage des nouvelles stratégies).

Mme Eileen Murray, représentante résidente de la Banque mondiale en Tunisie,  a quant à elle abordé dans son intervention les impacts des principales mutations financières internationales mettant l’accent, notamment, sur les normes Bâle III précisant selon une dernière enquête, qui n’a pas encore été publiée, qu’il est encore trop tôt pour mesurer les impacts des nouvelles normes sur le capital et la liquidité sur le financement des pays émergents ajoutant que la région MENA ( hors pays du Golfe) sera moins affectée que d’autres dans la mesure où les banques des pays développés ne représentent pas une part importante du financement de l’ économie. De même, l’application des nouveaux ratios de liquidité par les banques étrangères va diminuer la part dédiée aux PME et au trade finance.

La réforme du système bancaire tunisien a été présentée par Nadia Gamha, Directrice générale de la supervision bancaire.

Abordant les spécificités de ce secteur, Mme  Gamha a déclaré qu’il se caractérise par :

  • des entités de taille moyenne voire de petite taille (aucune banque  n’accapare plus  de 14% du total actif bancaire),
  • un fort ancrage sur le marché local avec un total actif qui représente presque une fois le PIB et un taux de bancarisation appréciable  comparé aux pays similaires (soit  une agence pour 7000 habitants et un compte bancaire pour deux  habitants),
  • et une forte présence de l’Etat qui  est présent dans la structure du capital de 12 banques  résidentes  et qui détient la majorité du capital  de 3 grandes banques  qui accaparent 35% de l’actif bancaire.

L’objectif stratégique recherché par la réforme du secteur est de restructurer les banques, notamment publiques, afin de favoriser l’émergence d’institutions bancaires solides  disposant des capacités financières et opérationnelles nécessaires pour répondre adéquatement aux  besoins croissants de financement de l’économie  et accompagner les opérateurs économiques dans leur expansion  régionale et  internationale.

Cette réforme tourne autour de quatre axes, à savoir :

Axe 1 : Mise en place d’une approche multidimensionnelle pour la résolution de la problématique des créances classées.

Axe 2 : Renforcement des modes de gouvernance et des dispositifs de contrôle interne au sein des banques.

Axe 3 : Refonte du cadre légal et réglementaire de la profession bancaire dans l’optique de converger vers les normes internationales et de  renforcer les conditions de la surveillance bancaire  afin  de  favoriser  les meilleures conditions  de  stabilité bancaire

Axe 4: Restructuration  du secteur bancaire en commençant par les 3 grandes banques publiques.

Présentant le programme stratégique visant la restructuration des 3 grandes banques publiques, Mme Gamha a déclaré qu’il s’insère dans le cadre des nouvelles orientations stratégiques, telles que décidées par l’Etat en avril 2014, en matière de financement de l’économie et qui s’articulent autour de 3 principes directeurs :

  • Recentrer le rôle de l’Etat sur la réalisation de sa mission principale de soutien aux secteurs stratégiques et prioritaires (Infrastructure, Agriculture, Habitat social, PME et micro-finance).
  • Rationaliser le nombre et le poids des banques à participation publique dans le secteur bancaire.
  • Développer les fondements d’un partenariat public privé  réussi.

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