Tunisie : L’ETAP est-elle vraiment une compagnie pétrolière ?

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Exaspérés et se sentant humiliés matériellement et moralement, des cadres de l’Entreprise Tunisienne des Activités Pétrolières (ETAP) ont protesté devant l’Assemblée Nationale Constituante jeudi dernier, le 27 juin 2014. Membres du «Syndicat des cadres techniques» dépendant de la centrale syndicale «Union des travailleurs tunisiens», les protestataires sont pour la plupart des ingénieurs diplômés de l’Université tunisienne, dans les filières de géophysique pétrolière. Leur colère exprimée devant les hautes barrières de l’ANC, devenue depuis octobre 2011 un point de convergence de toutes les protestations (sit-ins, marches, grèves, grèves de la faim, bouches cousues, et tentatives de suicide), faisait suite à plusieurs jours de grève  motivée par plusieurs revendications.

Des ingénieurs « déçus et marginalisés »

Le «Syndicat des cadres techniques» a engagé, depuis sa création en 2012, plusieurs pourparlers et entretiens avec la direction générale de l’ETAP. Mais selon Salwa Bey, la secrétaire générale de la structure syndicale, le PDG de l’entreprise aurait refusé de signer les PV des réunions  prétextant des instructions venues d’en haut – du ministre de l’Industrie de l’Energie et des Mines a ainsi insinué la jeune cadre de l’ETAP. « Nous sommes allés voir le ministre, mais il nous a dit ne pas être au courant », a indiquéSalwa Bey, sur les ondes de la Radio Shems FM.

Un mois  auparavant, vers la fin du mois de mai 2014, Kamel Bennaceur a pourtant été gratifié par les syndicalistes de la fédération nationale du pétrole et des produits chimiques, l’autre syndicat, plus ancien, du secteur des hydrocarbures, relevant de l’Union générale du travail de Tunisie (UGTT). Les ingénieurs protestataires demandaient ainsi un traitement égal de toutes les structures syndicales, et une reconnaissance tant morale que matérielle qu’ils ne trouvaient pas auprès du gouvernement ni chez la direction générale de leur entreprise.

Pourtant, devant les députés de l’Assemblée Nationale Constituante, Kamel Bennaceur, et Mohamed Akrout, le PDG de l’ETAP, ont semblé comprendre le désarroi des cadres de l’entreprise étatique. Auditionnés vendredi, le 13 juin 2014,  par la commission parlementaire de l’énergie et des secteurs de production au sujet du prolongement des permis de Baguel et de El Franigue de la société française Perenco, les responsables du ministère de l’Industrie ont évoqué le statut lamentable de l’ETAP.

«Dans certains pays, un soudeur est trois fois mieux payé qu’un ingénieur de l’ETAP », a noté le ministre Kamel Bennaceur.

« Ce n’est pas une loi de pétrole « 

Mais c’est le PDG de l’ETAP qui s’est le plus attardé sur le diagnostic de cette « entreprise d’ingénieurs », lui qui peine souvent à retenir ses collaborateurs. Et pour cause, le système de gestion des ressources humaines et la rémunération selon le système de la fonction publique. Un ingénieur principal de l’ETAP, touchant à peine 1400 dinars de salaire, est difficile à retenir quand il trouve mieux ailleurs. «  Si je l’empêche de partir, c’est la démission, ou l’abandon de poste. », a fait savoir le PDG avant d’insister : «  C’est un système à changer si l’on veut que l’ETAP devienne un opérateur ! ». Car pour Mohamed Akrout, la loi qui régit l’ETAP est la même qui régit « l’office des céréales et l’office des huiles ». « Cette loi de l’ETAP ne peut pas être une loi qui régit l’exploration pétrolière », a-t-il conclu.

L’ETAP est une entreprise publique à caractère non administratif, créée par la Loi 72-22 du 10 mars 1972 dans le but de permettre à l’Etat d’accroître son contrôle et sa participation active et directe dans les différentes activités de l’industrie pétrolière. Mais selon son PDG, l’entreprise a été interdite de participer aux activités d’exploration de 1974 à 2008 ; une interdiction qui a fait perdre à l’ETAP et à ses ingénieurs des années entières d’expertise technique et de savoir-faire dans des activités comme  l’étude de la composition des terrains, la sismique marine et la sismique 2D et 3D.

L’autre entrave qui a empêché l’émergence de l’ETAP en tant qu’entreprise pétrolière compétente et moderne est son système financier. Les revenus de l’ETAP sont presque entièrement reversés dans les caisses de l’Etat et elle n’en retient que 400 ou 500 mille dinars pour son fonds social.

« Ainsi 542 millions de dinars ont été injectés dans le budget de 2014. », a estimé le PDG, le rapport financier de l’année 2013 n’étant toujours pas bouclé. « L’Etat doit revoir ce système de prélèvement de bénéfices, car dans l’état actuel des choses l’ETAP est incapable de participer aux activités d’exploration avec ses associés », a insisté Mohamed Akrout qui propose de retenir annuellement à l’ETAP des sommes de 10 millions de dinars qui, cumulées, deviendraient « un trésor de guerre de l’entreprise ». Ce trésor de guerre pourrait aider l’ETAP à valoriser le potentiel de ses ingénieurs et de son personnel et de tenir tête aux associés étrangers.

C’est donc un changement radical (juridique, financier et gestion de personnel) auquel a appelé Mohamed Akrout devant les députés de l’ANC et devant le ministre de l’Industrie. Ce changement s’inscrit dans la ligne des revendications des quelque 800 cadres et employés de l’ETAP qui aspirent, par ailleurs,  à une refonte totale et à l’assainissement du secteur des hydrocarbures.

Tout le monde est unanime sur la nécessité d’un changement mais personne ne semble apte à le réaliser.

3 Commentaires

  1. L’Etap est devenue une vache à lait par les différents gouvernants pour boucler le budget de l’Etat. Elle est une société de négoce de pétrole plus que d’exploration et d’exploitation, On laisse ces deux activités aux compagnies étrangères qui sont arrivées ainsi à monopoliser notre pétrole et à nous le vendre au cours mondial.

  2. C’est dommage et la situation est pire pour la Tunisie en ce moment.

    Un nouveau changement dans la nouvelle constitution stipule que tous ler permis
    d’exploration petroliere doivent etre approuvees par l’Assemblee Nationale Constituante. Ce nounveau changement a ralenti un grand nombre de projets d’exploration en Tunisie en ce moment car les ministeres concernes sont encore en train d’elaborer des procedures pour la
    mise en oeuvre de ce nouveau protocole.

    Si les companies n’explorent pas, le petrole reste dans le sous-sol, personne ne gagne.

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