Tunisie : la liberté d’expression toujours menacée

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Aujourd’hui, au moment même où des journalistes couvrant le procès de jeunes Thalois ayant participé aux événements de la révolution subissaient des violences et des menaces de la part des policiers, dans la salle et les halls du Tribunal de première instance de Kasserine, une journée d’étude se déroulait à Tunis, pour essayer de comprendre le phénomène des agressions exercées à l’encontre des journalistes.

Car encore une fois, la communauté des journalistes et des défenseurs de la liberté d’expression – en l’occurrence l’Organisation internationale Article 19, le syndicat des journalistes, l’Observatoire tunisien de l’indépendance de la magistrature et du réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme -, se trouve déconcertée, voire impuissante, devant un paradoxe qui la dépasse. Pourquoi, trois années après la révolution, et en dépit d’un large espace de liberté, les attaques à l’encontre des journalistes n’ont fait qu’augmenter ?

Le penchant des trois pouvoirs et notamment l’Exécutif à dominer le journalisme, désormais constitutionnalisé, pourrait expliquer la mauvaise situation des journalistes. Mais pour le journaliste et activiste Fahem Boukaddous, il s’agit plutôt d’un « acharnement systématique et prémédité » de la part des autorités.

Cette « violence systématique »,  le journaliste l’a illustrée par tous « les assauts » menés par les gouvernements successifs contre les médias et les journalistes. Les nominations gouvernementales des dirigeants des médias publics en janvier 2012, les déclarations intimidantes récurrentes des politiciens, toutes couleurs politiques confondues, les menaces de privatisation de la télévision nationale, les exemples et les faits historiques n’ont pas manqué à Fahem Boukaddous qui est également fondateur du Centre de Tunis pour la Liberté de la presse (CTLP), et qui a eu recours aux chiffres et aux statistiques.

Rien qu’entre octobre 2012 et septembre 2013, 325 journalistes ont subi des exactions tous azimuts, de la part des policiers, des milices et de citoyens partisans des partis politiques. Entre 19 menaces de mort, 74 violences physiques et quelque 13 emprisonnements non fondés, les abus contre la liberté d’expression variaient mais se concordaient tous, selon le fondateur du CTLP, sur un même objectif : intimider le journaliste et l’empêcher d’exercer son métier.

Déplorant ces attaques systématiques, Fahem Boukaddous a surtout dénoncé la prévalence de l’impunité, l’autre corollaire plutôt déprimant de ce cette période transitoire qui devrait en principe aboutir à l’établissement de l’Etat de droit et des libertés.

Le laxisme du pouvoir politique et parfois même sa complicité, le corporatisme et la violence de plusieurs agents du corps sécuritaire, et l’agressivité de certains citoyens sont tous des vents qui nourrissent la spirale de l’impunité. Mais selon l’avocat Koutheir Bouallag, c’est la porosité et l’incohérence de système législatif qui favorise les dépassements et l’ineffectivité des lois. Pour lui, le décret-loi 41 relatif au droit d’accès à l’information et les décrets-lois 115 et 116 sont certes des textes législatifs pertinents, mais ce ne sont que des « îlots », des « cosmétiques » à un système à refondre et à rebâtir.

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