Trump, Jérusalem et l’argent de Sheldon Adelson

Trump Fire and Fury L'Economiste Maghrébin

Donald Trump n’a pas pu empêcher la publication du livre de Michael Wolff «Fire and Fury» (le feu et la fureur) dont les révélations très dommageables pour la réputation du président américain continuent d’alimenter discussions et plaisanteries sur les réseaux sociaux et dans les salons washingtoniens. Le livre accrédite l’idée en vogue dans la capitale américaine que «la Maison-Blanche est gérée par un idiot entouré de clowns».

Le titre du livre renvoie au tweet célèbre de Trump par lequel il a menacé son homologue et adversaire Kim Jung-Un de déverser le feu et la fureur sur la Corée du nord. Entre-temps, Trump a mis en ligne un tweet carrément cocasse qui fait la joie des réseaux sociaux: «My nuclear button is much bigger and powerful than his » (mon bouton nucléaire est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien). C’est dire le niveau du président de la plus grande puissance du monde.

Ce qui nous intéresse dans le livre de Michael Wolf, c’est la révélation faite sur la manière dont a été conçue la politique moyen-orientale de Trump, et en particulier sa décision sur Jérusalem  qui continue de faire des vagues. Wolff rapporte d’intéressantes révélations faites par le conseiller de Trump, Steve Bannon, à l’ex-patron de Fox News, Roger Ailes, au cours d’un dîner le 3 janvier 2017:

«La première chose que nous aurons à faire, c’est de transférer notre ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. Netanyahu et Sheldon Adelson (le milliardaire juif américain) sont au courant.» Concernant la résolution de la question palestinienne, Steve Bannon fit part à l’ancien patron de Fox News de cette trouvaille géniale: «Nous travaillons sur l’idée de remettre la Cisjordanie sous souveraineté jordanienne et Gaza sous souveraineté égyptienne», comme ce fut le cas avant la guerre de 1967. Evidemment la Cisjordanie dont parle Steve Bannon n’est pas celle d’avant 1967, mais celle d’aujourd’hui qui a perdu des milliers d’hectares de sa superficie au profit des centaines de milliers de colons qui s’y sont établis de force.

D’autres révélations sur un autre registre nous éclairent sur le personnage qui se trouve derrière ces idées lumineuses. Wolff écrit dans son livre que Trump, pendant la campagne électorale, était si sceptique de sa victoire que, bien que milliardaire, il refusait d’investir son propre argent dans sa propre campagne électorale. Sur les 50 millions de dollars que demandait son directeur de campagne, Trump ne déboursa que 10 millions avec la claire instruction de lui rendre cette somme dans sa totalité dès que son directeur trouve d’autres sources de financement de la campagne. Et de fait, l’homme des casinos américains, Sheldon Adelson,  donna un chèque de 25 millions de dollars pour aider à financer la campagne de Trump.

Sheldon Adelson est connu pour être le sioniste le plus à droite non seulement aux Etats-Unis, mais aussi en Israël. Il se sert de son immense fortune pour orienter la politique américaine dans le sens souhaité par les faucons de la classe politique israélienne. Il avait essayé de convaincre d’autres présidents américains de transférer l’ambassade à Jérusalem. En vain. Il avait cru arriver à ses fins avec George W. Bush, mais celui-ci lui aurait répondu: «Je soutiens Israël, mais je ne peux pas être plus catholique que le pape». Visiblement, le chèque de 25 millions de dollars a aidé Trump à être plus catholique que le pape en accédant enfin à la demande que formulaient Sheldon Adelson et Benyamin Netanyahu à chaque président.

Le livre de Michael Wolff jette une lumière crue sur le niveau lamentable et la réputation sulfureuse de Trump. Il informe également le lecteur sur la chute brutale du niveau intellectuel et politique de ceux qui dirigent l’Amérique aujourd’hui et du danger sérieux qu’ils représentent pour la paix dans le monde.

Quand Trump se vante, tel un gamin gâté, que son bouton nucléaire est plus gros que celui de Kim Jung Un, ou quand la pauvre Nikki Haley, la représentante américaine à l’ONU, se fait remettre à sa place par le représentant russe lors de la discussion par le Conseil de sécurité des événements de l’Iran, c’est toute l’Amérique qui est humiliée, ridiculisée.

Si, par exemple, l’Amérique était représentée à l’ONU par une personne compétente, elle n’aurait jamais pris le risque d’imposer au Conseil de sécurité de discuter d’événements qui relèvent de la politique intérieure d’un Etat membre et qui, contrairement aux prétentions de la représentante américaine, ne menacent la sécurité de personne. Nikki Haley devrait se mordre les doigts d’avoir imposé ce débat hors sujet après avoir entendu la réponse de l’ambassadeur russe à laquelle elle ne s’attendait pas: «Si l’on suit votre logique Madame, le Conseil de sécurité aurait dû se pencher sur les violences qui ont éclaté à New York suite au mouvement ‘’Occupy Wall Street’’, et sur la répression par la police américaine des troubles de Ferguson dans l’Etat du Missouri.»

L’ambassadeur russe a été gentil et n’a pas voulu embarrasser plus encore cette pauvre Haley. Car, il aurait pu lui rappeler aussi que le Conseil de sécurité ne s’était pas penché sur les cités américaines en flammes après l’assassinat de Martin Luther King il y a 50 ans, ni sur les pires révoltes qu’a connues l’Amérique au XXe siècle et qui avaient endeuillé la ville de Los Angeles en 1992.

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Publié le 11/01/2018 à 11:48

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