L’Afrique, le Maroc et nous

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Comment séduire un marché africain exigeant et courtisé par tout le monde, quand la stra­tégie fait défaut et que l’on est sans argent ? Comment éviter de se faire distancer par un Maroc plus agressif que jamais et qui a fait son choix ? Une question de choix donc. Tout est là. Ceci de préciser, privilégier d’aller chez la Chancelière Angela Merkel, en pleine année électorale, a de quoi laisser perplexe.

Quand en plus, on sait que cette dernière est rudement prise à partie pour sa politique d’accueil des réfugiés et qu’elle risque sérieusement de perdre son fauteuil à l’issue de législatives qui s’annoncent incertaines, on reste dubitatif. Certains y ont vu du courage ; je ne sais pas si on peut appeler cela du courage. Et puis, qu’a fait la Chancelière, sinon tenter de refiler sans succès cette patate chaude appelée migrants illégaux.

La semaine dernière, Mme Merkel était parmi nous pour rejouer la même scène et on a même bien senti qu’il y avait dans ses propos un parfum de campagne électorale. Une atmosphère de surenchère qui n’enlève en rien au fait que l’Allemagne est un partenaire important et que la coopération avec ce pays est exemplaire à tout point de vue. En fait, le véritable problème est qu’à Tunis, on continue de privilégier la tradition de l’Europe d’abord, les autres ensuite, alors que l’Afrique, ce n’est plus demain, c’est aujourd’hui.

Comment peut-on se permettre de continuer à snober à ce point ce subsahara qui, à défaut de nous tendre les bras, est bien disposé à notre égard ? On promet de se rattraper, mais force est de constater que les décisions prises jusque- là, pèchent par un manque d’ambition : ouvrir une ambassade à Ouagadougou au Burkina Faso, et une autre à Nairobi au Kenya, c’est bien, mais trop peu. Et puis, qui dit qu’elles ne seront pas fermées à la première difficulté rencon­trée ? Les exemples de la fermeture de nos ambassades à Harare au Zimbabwe et de Libreville au Gabon sont encore vivaces pour lever les appréhensions.

Quant à l’Amérique-Asie, c’est une autre histoire. Quand je vois à quel rythme, nos amis marocains investissent les lieux (on ne compte plus les visites royales) en multipliant les effets d’accompagnement comme l’ouverture de lignes aériennes et de succursales bancaires, je reste admira­tif, mais le malaise est là : rien ne justifie cette tiédeur tunisienne alors que le Maroc affiche un volontarisme qui fait plaisir à voir.

Combien de fois, le Président de la République s’est-il rendu en Afrique en général et dans son versant subsaharien en particulier ? Il est vrai qu’en vertu de dispositions alambiquées prévues par une Constitution non moins alambiquée, le président règne mais ne gouverne pas…en apparence seulement. Pour autant, cela ne peut pas tout expliquer et tout le monde se rappelle ces mémorables tournées africaines du Pré­sident Bourguiba et les dividendes qu’elles ont permis d’engranger, et pas seulement en termes économiques.

Bourguiba avait une vision pour le continent et avec les moyens de bord de l’époque, il a mis en place une logistique qui a permis à la Tunisie de rayonner sur le continent et de servir d’exemple. Ce n’est plus hélas le cas aujourd’hui et le capital acquis durant les années qui ont suivi l’indépendance a été dilapidé par manque de réelle ambition, et le manque de moyens n’explique pas lui aussi tout.

Quand on ambitionne d’explorer de nouveaux débouchés et de décongestionner une économie au bord de l’asphyxie et qui a besoin d’un grand air, il faut, je crois, y mettre le prix. Sommes-nous en mesure de payer ce prix pour l’Afrique ?

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Publié le 18/03/2017 à 10:50

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