La Tunisie a lancé, les 5 et 6 novembre 2026 à Tunis, une consultation nationale autour de l’initiative « Tunisia Green Industrialization Hub ». Portée par l’ONUDI en partenariat avec l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), et soutenue par l’Agence italienne de coopération pour le développement, elle vise à accélérer la décarbonation de l’industrie tunisienne tout en renforçant sa compétitivité.
L’objectif est clair : aider les entreprises à produire davantage, avec moins d’énergie et moins d’émissions. La décarbonation n’est plus seulement un enjeu environnemental. Elle devient une condition d’accès aux marchés internationaux, de préservation de la compétitivité et de sécurisation de l’avenir industriel du pays.
L’initiative repose sur quatre axes : le développement de politiques industrielles et de feuilles de route de décarbonation ; le renforcement des capacités techniques et administratives ; le transfert de technologies propres et la création de projets finançables ; ainsi que la mobilisation de financements pour soutenir les investissements industriels.

Il ne s’agit donc pas seulement de produire des recommandations. L’enjeu est de transformer ces orientations en projets concrets, mesurables et capables d’améliorer réellement l’efficacité énergétique et la performance des entreprises.
Le ciment en première ligne
Une attention particulière a été accordée aux secteurs les plus émetteurs, notamment l’industrie du ciment. Cette filière représente environ 67% des émissions du secteur des procédés industriels et de l’utilisation des produits en Tunisie, selon les données de 2021 citées lors de la consultation.
La décarbonation du ciment exige des investissements importants, des technologies plus efficientes, une meilleure maîtrise de l’énergie et un recours accru aux énergies renouvelables. C’est un défi majeur, mais aussi une opportunité pour moderniser une industrie stratégique et réduire son exposition aux exigences environnementales européennes.
Un accompagnement pour les PME
Le directeur général de l’ANME, Nafaâ Baccari, a insisté sur la nécessité de relier l’expertise technique, les besoins réels des entreprises, les technologies disponibles et les mécanismes de financement. L’ANME entend accompagner les industriels, en particulier les PME, dans leurs projets d’efficacité énergétique et de transition verte.
Ce soutien est essentiel. Les petites et moyennes entreprises disposent souvent de ressources limitées pour financer seules la modernisation de leurs équipements et de leurs process de production. L’accès à l’expertise, aux technologies et aux financements adaptés peut donc faire la différence entre une intention de transition et une transformation effective.
Une ambition africaine
L’initiative dépasse le cadre national. La Tunisie souhaite faire de son expérience un modèle transposable dans d’autres pays africains, à travers l’échange d’expertises, le transfert de technologies propres et le développement de coopérations industrielles.
Le pays cherche également à renforcer son positionnement comme pont entre l’Afrique et l’espace méditerranéen. La coopération avec l’Italie, illustrée par la présence de l’ambassadeur Alessandro Prunas, vise à soutenir l’innovation industrielle, l’efficacité énergétique et l’investissement durable.
De la parole à l’action
Le secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique, Wael Chouchane, a présenté la décarbonation industrielle comme un choix stratégique pour l’économie tunisienne. Elle doit permettre de moderniser le tissu productif, de renforcer la compétitivité des entreprises et de consolider la souveraineté économique du pays.
Le véritable défi commence maintenant : passer de la consultation à l’action. La réussite dépendra de la capacité des pouvoirs publics, des industriels, des partenaires financiers et des organisations internationales à mobiliser les financements, déployer les technologies nécessaires et accompagner concrètement les entreprises.