En Tunisie, le recours aux services financiers numériques reste très limité chez les femmes dans sept gouvernorats. Selon une étude de l’Observatoire de l’inclusion financière de la Banque centrale de Tunisie (BCT), réalisée en collaboration avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 98 % des femmes interrogées utilisent encore les espèces pour leurs transactions, tandis que seules 0,3 % disposent d’un portefeuille électronique.
Menée auprès d’un échantillon de 2 057 jeunes et femmes, cette étude porte sur les gouvernorats de Tataouine, Kébili, Médenine, Gabès, Tozeur et Gafsa, ainsi que celui de Kairouan. Elle met en évidence les obstacles qui freinent l’inclusion financière des femmes, dont le taux de recours aux services bancaires tombe à 18 % dans ces régions.
Intervenant mercredi auprès de l’agence Tunis Afrique Presse (TAP), Raja Dahman, directrice générale de l’Observatoire de l’inclusion financière, a expliqué que cette étude vise à dresser un état des lieux de l’inclusion financière des femmes et des jeunes et à identifier les difficultés qui limitent leur accès aux services disponibles.
La dépendance financière et le manque de confiance freinent l’accès aux banques
Les résultats font ressortir plusieurs obstacles, notamment la dépendance financière des femmes à l’égard du chef de famille, leur faible autonomie financière, le manque de confiance envers le secteur bancaire et l’insuffisance des revenus. Ces facteurs limitent notamment leur capacité à ouvrir un compte bancaire et à gagner en indépendance financière.
Les difficultés concernent également la compréhension des services proposés. Certaines femmes éprouvent des difficultés à saisir les termes employés par les agents bancaires, qu’elles jugent complexes et peu accessibles. Cette situation peut les dissuader de se rendre dans les agences pour demander des informations ou se renseigner sur les offres disponibles.
Par ailleurs, 32 % des femmes interrogées estiment que les institutions financières ne communiquent pas suffisamment d’informations sur leurs produits, leurs services et leurs avantages. Elles privilégient notamment les campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux pour mieux comprendre les offres et apprendre à les utiliser.
L’étude révèle également que la Poste tunisienne bénéficie du niveau de confiance le plus élevé auprès des participantes, devant les banques commerciales et les compagnies d’assurance. Selon Raja Dahman, ce constat doit être pris en compte dans l’élaboration des actions de sensibilisation.
Une caravane pour rapprocher les femmes des services financiers
Pour répondre à ces difficultés, l’Observatoire a lancé, début octobre, une caravane consacrée à la culture financière, en partenariat avec l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) et le PNUD.
L’initiative a déjà concerné les gouvernorats de Médenine, de Kébili, notamment la ville de Douz, et de Gabès. Les prochaines étapes doivent couvrir Gafsa, Tataouine, Tozeur et Kairouan.
La caravane cible les femmes des régions concernées, en particulier les entrepreneures et les porteuses de projets. Elle vise à les sensibiliser à l’importance de l’inclusion financière et à leur faire connaître les services et produits disponibles pour mieux gérer leurs activités.
Le programme prévoit des rencontres directes avec des représentants des banques, de la Poste tunisienne, des institutions de microfinance et des établissements de paiement. Ces échanges permettent aux participantes de poser leurs questions, d’exprimer leurs besoins et de s’informer sur les conditions d’accès aux services financiers.
L’Observatoire entend ainsi développer une stratégie de communication et de sensibilisation adaptée aux besoins des femmes, afin de faciliter leur accès aux services financiers et de lever les obstacles à leur inclusion.
Un programme national pour renforcer la culture financière
Créé en vertu de la loi n° 35 de 2016 portant modification de la loi organique relative à la Banque centrale de Tunisie, l’Observatoire est chargé de suivre et d’évaluer l’accès aux services financiers, d’en surveiller la qualité et de collecter des données quantitatives et qualitatives.
En 2018, il a réalisé une enquête nationale auprès de 1 000 petites et moyennes entreprises et d’environ 6 250 ménages. Cette enquête a notamment mis en évidence un faible niveau de culture financière. Ses résultats ont contribué à l’élaboration d’une stratégie nationale d’inclusion financière, suivie de la mise en place d’un programme national d’éducation financière.
Ce programme cible cinq catégories : les enfants et les jeunes, les femmes, les salariés des secteurs public et privé, les très petites, petites et moyennes entreprises, ainsi que les personnes en situation de handicap.
Depuis 2023, l’Observatoire a multiplié les initiatives de sensibilisation dans les collectivités locales, les établissements scolaires et universitaires, ainsi que dans le cadre de la Semaine mondiale de l’éducation financière. Il a également développé des projets avec plusieurs partenaires, dont la GIZ, le PNUD, l’Agence française de développement et l’organisation Cospe, en mettant l’accent sur l’inclusion financière des femmes et des jeunes.
L’accès aux services financiers des personnes handicapées également en question
L’Observatoire s’intéresse également aux difficultés rencontrées par les personnes en situation de handicap. Une étude réalisée en 2026, en partenariat avec des organisations spécialisées, a relevé plusieurs obstacles, notamment ceux liés à l’accessibilité des infrastructures des institutions financières.
Parmi les recommandations figurent l’amélioration de l’accès aux agences et aux services bancaires, ainsi que la mise à disposition de conseillers clientèle maîtrisant la langue des signes, afin de faciliter les échanges avec les personnes sourdes ou malentendantes.
L’Observatoire a également adressé des correspondances à plusieurs organismes du secteur, dont le médiateur bancaire et financier, la Fédération tunisienne des sociétés d’assurances, le Comité général des assurances et l’autorité de contrôle de la microfinance. L’objectif est d’œuvrer à l’élaboration de textes réglementaires incitant les institutions financières à améliorer la qualité des services proposés aux personnes en situation de handicap.
Des actions de sensibilisation ont aussi été organisées en faveur des personnes aveugles. L’Observatoire prévoit de poursuivre ses initiatives auprès des femmes, des jeunes, des entrepreneurs et des porteurs de projets, ainsi que ses formations et campagnes annuelles pour renforcer la culture financière et faciliter l’accès aux services disponibles.