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Leconomiste Maghrebin > Blog > Idées > Analyses > L’édito de Hédi Mechri : Tunisair, entre atterrissage en catastrophe et improbable décollage!
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L’édito de Hédi Mechri : Tunisair, entre atterrissage en catastrophe et improbable décollage!

Hédi Mechri
2026/10/24 at 9:26 PM
par Hédi Mechri 14 Min Lecture
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Tunisair, qui défraie actuellement la chronique, est un cas d’école gravé dans le marbre. Sa chute est plus brutale et plus rapide que ne le fut son indéniable ascension. Elle a été dès sa naissance, dans la foulée de la proclamation de l’Indépendance, la figure emblématique du pays. Elle rayonnait en dépit de la modicité de sa flotte comparée aux mastodontes mondiaux qui sillonnaient l’univers. Elle était tout à la fois une légende vivante, le symbole d’affirmation d’un sentiment national et la démonstration de notre volonté d’évoluer dans la cour des grands. Un vrai pari sur l’avenir qui a tenu toutes ses promesses, au point de tourner en dérision les thèses qui vantaient à l’époque les vertus des économies d’échelle et l’hégémonie de l’effet taille. Tunisair était l’illustration du « small is beautiful » dès lors qu’il y a un pilote dans l’avion.

Contents
Tunisair était l’illustration du « small is beautiful » dès lors qu’il y a un pilote dans l’avion … Au fil des ans, elle s’est structurée de telle sorte qu’elle pouvait se comparer aux majors sur tous les plans. La ponctualité dans les dessertes qui préparaient et anticipaient l’ouverture du pays sur le monde ne souffrait aucune défaillance.Bravant les obstacles, sûre et conquérante, elle était victime de son propre succès qui ne semblait pas avoir de limites. L’euphorie du moment était, à l’évidence, mauvaise conseillère, qui a nui à sa mobilité et à son agilité en forçant sur le recrutement de personnel sans qu’on y prenne garde…Ironie de l’histoire : la société, qui naguère affichait des résultats d’exploitation à faire pâlir d’envie les entreprises, a sombré au fond des abîmes. Elle n’était plus en capacité de payer ses fournisseurs et ses créanciers, au point qu’un grand nombre de ses avions étaient cloués au sol faute de maintenance. La direction se mure dans le silence et la tutelle est aux abonnés absents face à la grande indignation et colère des passagers qui ont eu le tort de choisir le pavillon public.Tunisair perd sa légitimité en continuant à nous voler notre temps, et l’espoir de celles et ceux qui se battent pour donner de la Tunisie l’image qui doit être la sienne après qu’elle a été fortement abîmée par celle-là même qui l’avait portée au sommet. La compagnie nationale n’était pas créée à cet effet. Cela ne faisait pas partie de son ADN. Alors changer ou périr, l’honneur du pays est à ce prix.Cet éditorial est paru dans e magazine L’Economiste maghrébin, numéro 956 du 21 octobre au 4 novembre 2026, sous le titre « Changer« .

 

Tunisair était l’illustration du « small is beautiful » dès lors qu’il y a un pilote dans l’avion … Au fil des ans, elle s’est structurée de telle sorte qu’elle pouvait se comparer aux majors sur tous les plans. La ponctualité dans les dessertes qui préparaient et anticipaient l’ouverture du pays sur le monde ne souffrait aucune défaillance.

 

La compagnie nationale a vu défiler des patrons de grande envergure qui ont porté haut et fort l’étendard des couleurs nationales. Elle rivalisait avec les meilleurs entre ciel et terre. Au fil des ans, elle s’est structurée de telle sorte qu’elle pouvait se comparer aux majors sur tous les plans. Et pour cause ! La ponctualité dans les dessertes qui préparaient et anticipaient l’ouverture du pays sur le monde ne souffrait aucune défaillance. Le département technique pour réparation et maintenance était crédité de tous les labels de qualité. Les services à bord faisaient l’objet d’une attention particulière tout à l’honneur de la compagnie. À terre, le handling, sans être un modèle du genre, était dans les normes, sans susciter ressentiments et reproches des passagers. C’était il y a… une éternité !

 

La compagnie a connu par le passé quelques hoquets, traversé des zones de turbulence pour en ressortir aussitôt plus déterminée à poursuivre son ascension. Elle avait un projet d’avenir digne de son passé, un plan de développement à l’égal de l’ambition du pays. Elle affichait haut et fort sa volonté d’aller chercher la croissance là où elle se trouve, en accompagnant notamment les acteurs économiques en quête de nouveaux marchés, celui du tourisme en tête. 

 

Bravant les obstacles, sûre et conquérante, elle était victime de son propre succès qui ne semblait pas avoir de limites. L’euphorie du moment était, à l’évidence, mauvaise conseillère, qui a nui à sa mobilité et à son agilité en forçant sur le recrutement de personnel sans qu’on y prenne garde en raison de l’éclat de ses états financiers et des opportunités de développement.

 

Bravant les obstacles, sûre et conquérante, elle était victime de son propre succès qui ne semblait pas avoir de limites. L’euphorie du moment était, à l’évidence, mauvaise conseillère, qui a nui à sa mobilité et à son agilité en forçant sur le recrutement de personnel sans qu’on y prenne garde…

 

L’onde de choc de la révolution de décembre 2010-janvier 2011 fut le point de bascule, effaçant d’un coup tous les efforts et tentatives de stabilisation et de restructuration. Tunisair était livrée à elle-même et dut subir une déferlante revendicative d’une puissance inouïe. Qui l’a plongée dans le rouge vif, dans la zone de tous les dangers. Depuis, la compagnie ne s’est jamais remise de ce traumatisme qui l’a clouée au sol. L’apocalypse now : une armada de salariés pour une flotte réduite à moins d’une dizaine d’appareils. Une hypertrophie d’effectif par avion comparé aux normes mondiales. De quoi faire couler le Titanic. Le staff managérial n’a plus la main sur l’entreprise, partie à la dérive sans que les nouveaux maîtres de la scène politique, à l’incompétence avérée et assumée, s’en soucient ou  s’en alarment.

 

Depuis, c’est la descente aux enfers. La compagnie n’a plus la force pour décoller de nouveau, écrasée sous le poids du sureffectif, des déficits et de l’endettement. La pandémie de Covid-19, qui a mis en 2021-2022 l’économie sous cloche, n’a fait que précipiter son déclin.

Ironie de l’histoire : la société, qui naguère affichait des résultats d’exploitation à faire pâlir d’envie les entreprises, a sombré au fond des abîmes. Elle n’était plus en capacité de payer ses fournisseurs et ses créanciers, au point qu’un grand nombre de ses avions étaient cloués au sol faute de maintenance. Tunisair était à l’agonie, étranglée par les déficits et privée de liquidités, abîmée par des prestations de services peu dignes d’une compagnie de son rang, du moins celui qui était de sien.

 

Ironie de l’histoire : la société, qui naguère affichait des résultats d’exploitation à faire pâlir d’envie les entreprises, a sombré au fond des abîmes. Elle n’était plus en capacité de payer ses fournisseurs et ses créanciers, au point qu’un grand nombre de ses avions étaient cloués au sol faute de maintenance.

 

Figure de proue et fierté nationale dans un passé pas très lointain, Tunisair traîne au plus bas du tableau du classement mondial. Elle est devenue la risée de tout le monde et la honte du pays, qui s’offusque et s’indigne de ses déboires. Elle est tombée dans un état comateux, de mort cérébrale, entraînant dans sa chute l’activité touristique tout en écornant l’image du pays, qui ne se porte pas mieux du reste. 

Chronique d’une mort annoncée. Il n’y avait pourtant aucune fatalité à l’échec. Mais c’était sans compter l’arrogance, l’irresponsabilité et l’hégémonie des syndicats ouvriers qui se sont arrogé le pouvoir de décision face au détachement et à l’éclipse de l’État, devenu le champ clos de luttes politiques pour le pouvoir. À l’évidence, l’État est de retour, laissant les syndicats sans voix, sans que cela provoque un choc salutaire et le redressement de l’entreprise qui n’en finit pas de s’interroger sur sa propre destinée. Ni privatisation partielle ou totale ni restructuration sous la houlette de l’État, qui remettra la compagnie sur une nouvelle orbite, une nouvelle trajectoire de croissance. Au lieu de quoi, l’inaction domine et s’érige en règle de conduite. La détérioration se lit dans les statistiques : le mal s’aggrave et le coût du redressement est de plus en plus inaccessible.

 

Privée d’oxygène et en mal de respiration, la compagnie n’est même plus en mode de survie dans un marché qui lui offre pourtant la possibilité de développement. Et ce n’est pas le moindre de nos paradoxes quand on sait que des prétendants de réputation mondiale multipliaient les signaux, pour une prise de participation stratégique conséquente dans le capital de la compagnie. Tunisair fut privée des moyens et des leviers financiers de son développement. On lui a coupé les ailes et éloigné l’idée de faire de la Tunisie, au regard de son positionnement géostratégique, un hub mondial dans la galaxie du transport aérien.

 

D’autres voies de redressement sont possibles et même souhaitables sous l’égide de l’État si tant est qu’il en ait les moyens, l’envie, la volonté, l’ambition et les compétences pour entreprendre une opération de sauvetage d’envergure. Dans les faits, hélas, on ne voit nulle trace d’audace, d’imagination, de projection dans le futur, et moins encore d’une vision à long terme qui puisse conforter un tel scénario. À croire que c’est même l’immobilisme ambiant, le climat délétère, les hésitations permanentes, le ni-ni, ni privatisation ni renflouement public, et l’absence d’une ligne de partage du management de la  compagnie qui l’ont poussée vers le bas. 

 

La direction se mure dans le silence et la tutelle est aux abonnés absents face à la grande indignation et colère des passagers qui ont eu le tort de choisir le pavillon public.

 

 

La tutelle s’est emparée du pouvoir de décision. Elle ne peut à elle seule conduire le changement, fût-ce avec l’improbable implication du staff managérial du reste aux responsabilités limitées. Elle serait mieux inspirée de fixer un cap et d’en confier la direction à des dirigeants dont c’est le métier. Ils savent conduire en toute indépendance, sans aucune forme d’interférence, le changement et mener les transformations qui redonnent vie et dynamisme à une entreprise en péril. Rien de plus qu’un pacte de confiance, un contrat-programme et une obligation de moyens et de résultat.

 

En attendant, le mal empire. Et plus grave encore, les résignations coupables, les manquements les plus scandaleux et les fautes les plus condamnables finissent par se banaliser. En l’an XVI de la révolution, Tunisair normalise avec la médiocrité, l’indifférence, le mépris de la clientèle et des citoyens-contribuables. Elle renie les valeurs qui furent les siennes et qui l’ont portée, en leur temps, sur les fonts baptismaux.

Face à ce qui semble inévitable, le personnel se résigne. Il ne peut rien invoquer qui puisse justifier des retards de plusieurs heures, ou des annulations subites de plusieurs vols. La direction se mure dans le silence et la tutelle est aux abonnés absents face à la grande indignation et colère des passagers qui ont eu le tort de choisir le pavillon public. Ni excuses ni indemnisations. Et rien en perspective qui puisse calmer l’indignation et la colère des passagers soumis à une terrible violence.

 

À qui la faute ? Qui doit endosser la responsabilité d’un tel désordre qui coûte cher à la collectivité ? Celui qui dirige sans vraiment diriger ou l’instance qui supervise, contrôle et assume ? L’enjeu est énorme : au-delà des pertes financières, de l’indignation et de la réprobation des passagers, de la dégradation de l’image du pays dans le monde, c’est notre soft power et notre souveraineté qui sont dans la balance. Tunisair, c’est si triste de le dire, donne à penser qu’elle n’a plus la maîtrise de ses vols sans que cela déclenche des mesures d’urgence. On achève bien les chevaux. 

 

Tunisair perd sa légitimité en continuant à nous voler notre temps, et l’espoir de celles et ceux qui se battent pour donner de la Tunisie l’image qui doit être la sienne après qu’elle a été fortement abîmée par celle-là même qui l’avait portée au sommet. La compagnie nationale n’était pas créée à cet effet. Cela ne faisait pas partie de son ADN. Alors changer ou périr, l’honneur du pays est à ce prix.

 

En économie comme ailleurs, il arrive un moment où il faut couper les branches mortes pour ne pas contaminer le reste. Tunisair perd sa légitimité en continuant à nous voler notre temps, et l’espoir de celles et ceux qui se battent pour donner de la Tunisie l’image qui doit être la sienne après qu’elle a été fortement abîmée par celle-là même qui l’avait portée au sommet. La compagnie nationale n’était pas créée à cet effet. Cela ne faisait pas partie de son ADN. Alors changer ou périr, l’honneur du pays est à ce prix.

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Cet éditorial est paru dans e magazine L’Economiste maghrébin, numéro 956 du 21 octobre au 4 novembre 2026, sous le titre « Changer« .

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MARQUÉE: Tunisair
Hédi Mechri 25 octobre 2026
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