Les élections du 27 octobre s’annoncent comme un véritable référendum pour ou contre Benyamin Netanyahou. Tandis que la minorité arabe espère peser de tout son poids sur l’issue du scrutin.
Le vote des Arabes israéliens pourra-t-il peser sur les résultats des prochaines élections législatives israéliennes? Et ce, alors que le pays a actuellement le gouvernement le plus à droite de son histoire et que Donald Trump a publiquement pris position en faveur de son ami Benyamin Netanyahou, le boucher de Gaza. Dans un message adressé dimanche 18 octobre aux « grands citoyens d’Israël », Trump a qualifié le Premier ministre israélien de « grand dirigeant en temps de guerre » et de « essentiel dans la lutte contre la République islamique d’Iran ».
Incertitudes
La question est légitime, d’autant plus que dans la perspective de ces élections les plus cruciales pour l’avenir de l’Etat hébreu, tout semble indiquer que la course entre la coalition de l’extrême droite et les partis ultra-religieux menée par Benyamin Netanyahou et le « bloc du changement » dirigé par l’ancien chef d’état-major, Gadi Eisenkot, est très serrée. Sauf que, d’après les derniers sondages et en raison de la complexité du système électoral israélien, aucun des deux camps n’est aujourd’hui en capacité de gouverner seul. Sachant que selon les plus récents sondages, 10 % des électeurs sont encore indécis à une semaine du vote.
Pour quelles raisons ? C’est que la Knesset, le Parlement israélien, compte 120 sièges, or il faut en gagner 61 pour arracher la majorité. Le hic c’est qu’aujourd’hui aucun parti ne peut atteindre seul ce seuil. Dans ce scrutin à la proportionnelle, les partis sont donc contraints de former des alliances. Probablement avec les partis arabes. Lesquels, à l’approche des législatives du 27 octobre, pourraient obtenir entre 12 et 15 sièges à la Knesset selon les récentes projections. « La plupart des sondages montrent en fait qu’il y a une sorte d’impasse entre le bloc de Benyamin Netanyahu et le bloc anti-Netanyahu », explique Yael Shomer, professeure de sciences politiques à l’université de Tel-Aviv.
« On ne sait pas quel sera le taux de participation global. Cela pourrait avoir une incidence sur la capacité des petits partis à franchir le seuil électoral. Nous ne savons pas non plus quel sera le taux de participation au sein de la population arabe en Israël. Et cela pourrait également avoir une incidence sur la répartition des sièges à la Knesset. Il y a donc beaucoup d’incertitudes, beaucoup d’inconnues » poursuit l’universitaire.
Les Arabes d’Israël, faiseurs de roi ?
En effet, les Arabes israéliens, appelés également “Palestiniens de 1948“ et considérés par certains comme des traîtres à la nation ou la Cinquième colonne, représentent plus de 20 % de la population du pays. S’ils se mobilisaient, les partis arabes pourraient faire pencher la balance du côté du candidat le plus modéré, lors des élections législatives du 27 octobre.
Reste à savoir si cette minorité arabe est convaincue que, dans les conditions actuelles, voter en vaut la chandelle. « Ce jeu n’est pas vraiment pour nous. Je ne crois pas que les élections soient utiles pour nous, la minorité arabe. Nous faisons partie du décor. C’est pour montrer que ce pays est, entre guillemets, la seule démocratie du Moyen-Orient. Qui pourrait être le meilleur remplaçant de Netanyahou ? Lieberman ? Bennett ? Ils ont le même objectif, mais pas la même stratégie pour l’atteindre. C’est juste un masque différent. Est-ce que je peux vous dire que j’ai de l’espoir ? Non, je ne crois pas », confie avec amertume le patron d’un café-librairie bien connu de la vieille ville de Jérusalem.
Appel à la mobilisation
A l’inverse, Ahmad Tibi, un dirigeant de Ta’al – un parti islamiste modéré qui défend la création d’un État palestinien et exige surtout que la police, aujourd’hui dirigée par le suprémaciste Itamar Ben-Gvir, effectue son travail et mette fin à l’explosion de la criminalité dans les régions arabes – appelle à un vote arabe massif lors des prochaines législatives : « Sortez et participez à cette élection cruciale ! C’est l’élection la plus importante et la plus dangereuse de notre histoire. Nous voulons mettre à la porte ce gouvernement fasciste, raciste et criminel. Si la participation de la communauté arabe est forte, Netanyahou, Ben-Gvir et Smotrich seront renvoyés ». Et de conclure : « Nous sommes les faiseurs de rois ».
« L’avenir de la démocratie israélienne est aujourd’hui entre les mains de la minorité arabe », analyse le journaliste et historien israélien Marius Schattner. Les Arabes israéliens, descendant de Palestiniens restés sur leur terre lors de la création de l’État hébreu en 1948, sont quelque 20 % de la population. Lors des élections précédentes à peine un sur deux d’entre eux avait voté. Cette fois ils se mobilisent. La Liste unifiée et La liste arabe unie, en lice pour l’élection grâce au feu vert de la Cour Suprême devraient obtenir une douzaine de sièges. Les deux mouvements ne cachent pas vouloir à tout prix se débarrasser de Netanyahou.
Chasser ou maintenir au pouvoir l’homme qui aura présidé aux destinées de l’Etat sioniste depuis près de deux décennies ? Tel est l’enjeu véritable de ces élections les plus cruciales pour l’avenir de l’Etat hébreu ; sachant que jamais dans l’histoire de ce pays, des élections n’ont été aussi importantes, autant polarisées et aussi incertaines. Jamais non plus leur résultat n’aura autant de résonances régionales et internationales.