L’Égypte a rejeté la ratification par le Parlement libyen de l’Est d’un mémorandum d’entente maritime conclu en 2019 entre la Libye et la Turquie. Le Caire estime que cet accord porte atteinte à ses droits souverains en Méditerranée orientale.
Dans un communiqué publié mercredi 21 octobre, le ministère égyptien des Affaires étrangères a qualifié le mémorandum de « nul et non avenu », réaffirmant son opposition à toute mesure susceptible de remettre en cause les limites maritimes revendiquées par l’Égypte.
Les autorités égyptiennes considèrent que l’accord contrevient aux principes du droit international de la mer ainsi qu’aux dispositions de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, notamment celles relatives à la délimitation des zones économiques exclusives et des plateaux continentaux. Le Caire a également indiqué se réserver le droit de protéger ses intérêts et ses droits maritimes conformément au droit international.
Un revirement du Parlement libyen
La réaction égyptienne intervient au lendemain d’un vote unanime de la Chambre des représentants basée dans l’est de la Libye. Mardi, celle-ci a approuvé le mémorandum de délimitation maritime signé en novembre 2019 par la Turquie et le gouvernement libyen d’entente nationale alors dirigé par Fayez al-Sarraj, établi à Tripoli.
Cette décision marque un revirement important. Le Parlement de l’Est avait auparavant rejeté l’accord et adopté, en 2020, des résolutions hostiles aux ententes conclues avec Ankara, allant jusqu’à préconiser la rupture des relations politiques avec la Turquie.
A rappeler que la Libye demeure divisée entre des pouvoirs rivaux, malgré les efforts internationaux visant à stabiliser le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.
Une crise régionale aux enjeux énergétiques
L’accord de 2019 définit des zones de juridiction maritime entre la Turquie et la Libye en Méditerranée orientale, une région stratégique pour l’exploration des hydrocarbures et les revendications territoriales concurrentes. La Grèce, l’Égypte et Chypre contestent depuis plusieurs années ce mémorandum. Athènes estime notamment que la délimitation ne respecte pas les droits maritimes auxquels ses îles peuvent prétendre en vertu du droit international.
L’Union européenne a, elle aussi, maintenu son opposition à l’accord, estimant qu’il porte atteinte aux droits souverains de pays tiers et ne respecte pas le droit de la mer. La Turquie défend au contraire la légalité du mémorandum et affirme qu’il protège les intérêts des deux signataires. Ankara a minimisé les objections étrangères, faisant valoir que l’accord relève de décisions prises par deux États souverains.