À l’occasion de la 9e édition du Forum de l’IACE, consacrée à la géopolitique énergétique, Nidhal Ouerfelli, ancien ministre et expert en transition énergétique au CEA, a dressé un tableau alarmant du paysage énergétique mondial. Il a notamment souligné la vulnérabilité des approvisionnements liée à leur concentration autour du détroit d’Ormuz.

L’expert n’a pas manqué de souligner que l’année 2026 est marquée par le plus grand choc d’offre de l’histoire énergétique. Pour en expliquer l’ampleur, il a rappelé qu’un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL) transite par le détroit d’Ormuz. Ensuite, il a mis en avant la concentration des capacités de réserve de l’OPEP en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Koweït, soulignant ainsi le poids stratégique de cette région dans l’équilibre énergétique mondial.
Alors quid de l’ énergie dans le bassin méditerranéen à l’horizon 2050 ?
Pour Nidhal Ouerfelli, l’objectif à l’horizon 2050 consiste à tripler la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique de la Méditerranée, avec une progression un peu plus marquée sur la rive sud que sur la rive nord. Et concernant la rive sud, le gaz reste présent dans le mix énergétique. Le stockage devrait jouer un rôle essentiel, car on ne peut pas s’appuyer sur une production électrique intermittente et variable sans disposer de capacités de gaz, de stockage et de pilotabilité en secours. Il faudrait donc une capacité de stockage d’électricité d’environ 10%. Tout cela nécessite à l’échelle de la Méditerranée, selon lui, des investissements très importants. La mise en place de ce scénario (horizon 2050) requiert, selon le scénario plus bas, 3 700 milliards d’euros, tandis que les scénarios de l’Observatoire méditerranéen de l’énergie évoquent jusqu’à 6 800 milliards d’euros d’investissements nécessaires pour atteindre cet objectif. C’est également un défi majeur.
D’ où la question : qu’est-ce qui nous conduit à cette transition énergétique, ou plutôt à cette nécessité de transition ? “Elle nous renvoie à une autre difficulté. L’objectif initial était de sortir du pétrole et du gaz, notamment pour éviter les conflits et les tensions géopolitiques liés à ces énergies. Or, on se retrouve aujourd’hui dans une configuration différente. Ce schéma de l’AIE, publié en septembre dernier, montre les besoins énergétiques liés au transport et à la production. J’en ai retenu deux exemples. Pour répondre à cet objectif, la construction d’un véhicule électrique nécessite aujourd’hui, en moyenne, environ dix fois plus de ressources critiques et de métaux rares ou nouveaux matériaux ».
Il poursuit l’explication: « De même, en ce qui concerne les besoins en matières premières, exprimés en kilogrammes par mégawatt de capacité : pour une centrale à gaz, on se situe autour d’une centaine de kilos ; pour le pétrole et le nucléaire, un peu plus ; tandis que pour construire un parc éolien, il faut environ 5 000 kilos, soit 5 tonnes par mégawatt. Pour l’éolien, les besoins en matières premières sont donc environ quatre à six fois supérieurs, notamment en lithium, en manganèse, en cuivre, en cobalt et autres métaux”.Cette réflexion sur la transition énergétique, avec la sortie progressive du pétrole, du charbon et du gaz au profit des énergies renouvelables et bas carbone, fait apparaître un autre constat : les ressources existent à l’échelle mondiale, mais les capacités de raffinage de ces minerais et matériaux critiques se concentrent essentiellement dans un seul pays, la Chine. Et d’ajouter : “Nous passons donc d’une dépendance géopolitique liée à la production et au transport des énergies fossiles à une nouvelle forme de dépendance, celle liée cette fois aux capacités de raffinage des matériaux indispensables à la production d’énergie et d’électricité. Il y a ainsi une nouvelle centralisation, de nature différente, autour d’un pays qui domine aujourd’hui le raffinage de ces matériaux critiques”.