Le gouvernement américain a annoncé, vendredi 9 octobre, des sanctions contre la Cour pénale internationale (CPI), et ce, quelques heures après que l’ancienne juge sud-africaine, Navi Pillay, a été récompensée du prix Nobel de la paix. Une simple coïncidence ?
De toute évidence, le président américain a du mal à accepter que le prix Nobel de la paix lui passe une fois encore sous le nez. Comme l’an dernier, Donald Trump – qui aura déclenché une guerre contre l’Iran et fait capturer le président du Venezuela, Nicolas Maduro, par les forces spéciales américaines, a une nouvelle fois assuré qu’il méritait la distinction « pour avoir réglé huit conflits », un chiffre largement fantaisiste – s’est indigné vendredi de n’avoir pas reçu le prix Nobel de la paix, en disant qu’il n’avait « jamais entendu parler » de la lauréate annoncée plus tôt dans la journée, en l’occurrence Navi Pillay.
« Les États-Unis, représentés par moi-même, votre président, auraient dû recevoir le prix Nobel de la paix, mais cela n’a pas été le cas », a dit le président américain pendant un meeting à Syracuse (nord-est des États-Unis). « C’est une tache indélébile sur la Norvège et les gens qui ont pris cette décision honteuse et embarrassante. Le prix Nobel de la paix a été discrédité à jamais par une poignée d’idéologues radicaux qui sont contre la démocratie et qui sont en réalité des ennemis de la civilisation », a-t-il ajouté.
En effet, à peine quelques heures de l’attribution du prix Nobel de la paix 2026 à Navi Pillay, figure emblématique de la lutte contre l’apartheid et juriste sud-africaine ayant présidé la commission d’enquête de l’Onu sur Gaza qui a conclu l’année dernière qu’Israël avait commis un génocide à travers le territoire palestinien occupé, les États-Unis viennent d’imposer des sanctions à la Cour pénale internationale. Et ce, dans un contexte de pression accrue de Donald Trump sur la Cour, après que celle-ci a émis en novembre 2024 des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour « des crimes de guerre à Gaza ».
« L’Histoire jugera ce moment »
En réponse, la Cour pénale internationale, créée en 2002 pour juger les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide, et qui compte 125 États membres à l’exception des États-Unis et d’Israël, a vivement rejeté les sanctions, les qualifiant « d’attaque contre l’État de droit et les fondements mêmes de l’ordre juridique international » et a averti que « l’Histoire jugera ce moment ».
Réaction immédiate de la part du Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Volker Türk, dans un communiqué : « Ces sanctions – les dernières en date d’une série de mesures de représailles contre la CPI et son personnel pour le travail qu’ils accomplissent chaque jour afin de faire progresser l’obligation de rendre des comptes pour les violations les plus graves des droits de l’homme – sont inacceptables ».
Pour sa part, l’Union européenne a déploré des sanctions « profondément regrettables », se disant « prête à prendre toutes les mesures nécessaires pour permettre à la Cour de poursuivre son travail », a indiqué la Commission dans un communiqué.
Enfin, les ministres des Affaires étrangères du Canada, du Danemark, de l’Allemagne, de la France, de l’Italie, du Japon, des Pays-Bas et du Royaume-Uni ont déclaré vendredi “rester unis“ derrière la CPI face aux sanctions américaines : « Nous, États parties soussignés au Statut de Rome de la Cour pénale internationale, réaffirmons notre soutien constant et indéfectible à l’indépendance, à l’impartialité et à l’intégrité de la CPI ».
À l’inverse, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a salué les sanctions, qualifiant la Cour de « péril mortel pour les démocraties respectueuses du droit ». « La CPI n’est pas un tribunal. C’est une entité politique », a-t-il dénoncé, lui-même visé depuis 2024 par un mandat d’arrêt de la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza.
Rubio : « Un tribunal voyou »
Washington justifie ces sanctions par sa volonté de « défendre la souveraineté américaine et ses citoyens contre la menace que représente la Cour pénale internationale », selon un communiqué publié par le département d’État. « Ils veulent plus de pouvoir et le veulent à nos dépens », a insisté le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qualifiant au passage la CPI de «tribunal voyou».
« Le président Trump ne permettra jamais à la Cour pénale internationale de poursuivre des Américains. C’est pourquoi, aujourd’hui, les États-Unis imposent des sanctions à la Cour pénale internationale. Soit la CPI met fin à ses menaces, soit nous mettrons fin à la CPI », a affirmé Rubio, appelant les alliés des États-Unis membres de la Cour à « la remettre à sa place. S’ils ne le font pas, les États-Unis poursuivront leur campagne visant à démanteler la CPI, brique par brique, jusqu’à ce que les Américains ne soient plus menacés ».
Prévues pour entrer en application dans 180 jours, à moins qu’un accord ne soit conclu d’ici là, ces sanctions entraîneront l’interdiction de toute transaction financière avec la CPI, afin de «la couper de ses ressources et réduire sa capacité à opérer», selon le secrétaire d’État.