L’Union européenne intensifie ses démarches auprès de la Chine pour tenter de rééquilibrer une relation commerciale de plus en plus asymétrique. En déplacement à Pékin, le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a rencontré le 8 octobre son homologue chinois, Wang Wentao. Et ce, dans le cadre de négociations qui doivent permettre d’obtenir des avancées concrètes avant le sommet européen des 15 et 16 octobre.
L’enjeu est considérable : selon les données européennes citées par Reuters et l’AFP, le déficit commercial de l’Union avec la Chine dépasse un milliard d’euros par jour. Bruxelles considère que cette situation fragilise plusieurs secteurs industriels européens et menace l’emploi. Alors que les importations chinoises progressent dans des domaines stratégiques.
À l’ouverture des discussions, M. Šefčovič a réaffirmé sa volonté de rééquilibrer ce qu’il qualifie de déficit « insoutenable ». Le responsable européen souhaite notamment améliorer l’accès des entreprises européennes au marché chinois, accroître les exportations de l’Union vers la Chine et sécuriser les approvisionnements en matières premières critiques.
La Commission européenne estime que la seule ouverture du marché chinois ne suffira pas. Elle souhaite également que Pékin accepte de limiter volontairement certaines exportations vers l’Europe, en particulier dans les secteurs où les importations progressent rapidement et accentuent la pression sur les producteurs européens.
Les automobiles figurent parmi les principaux points de friction. A cet égard, les chiffres rapportés par Reuters relèvent que les importations européennes de véhicules hybrides rechargeables en provenance de Chine ont augmenté de 86 % sur un an jusqu’en septembre; tandis que leurs prix ont reculé de 20 %. Les importations de véhicules électriques à batterie ont, de leur côté, progressé de 40 %. Ces évolutions interviennent malgré les droits de douane européens appliqués aux véhicules électriques fabriqués en Chine.
Les terres rares, un levier stratégique pour Pékin
Au-delà des automobiles, les négociations concernent les machines, les textiles, les métaux de base et les produits chimiques. En effet, les responsables européens s’inquiètent de la progression des importations dans plusieurs de ces catégories et des difficultés rencontrées par les entreprises européennes pour accéder au marché chinois.
La question des terres rares et d’autres minerais critiques constitue un autre dossier sensible. Ces matières premières sont indispensables à de nombreuses activités industrielles, notamment l’électronique, l’automobile, les équipements énergétiques et certains secteurs de la défense. Les restrictions chinoises à l’exportation introduites l’année précédente ont renforcé les inquiétudes européennes sur la sécurité des approvisionnements.
L’Union européenne réclame donc davantage de prévisibilité dans les procédures d’autorisation d’exportation. Mais sa marge de manœuvre reste limitée : une détérioration des relations pourrait inciter Pékin à durcir davantage ses conditions d’approvisionnement ou à compliquer l’accès des entreprises européennes à son marché.
La Chine rejette les mesures jugées protectionnistes
La Chine conteste la lecture européenne du déséquilibre commercial. Les autorités chinoises défendent une approche fondée sur le dialogue et la coopération et dénoncent les mesures qu’elles considèrent comme des tentatives de protectionnisme.
La Banque populaire de Chine a également rejeté les accusations selon lesquelles le pays maintiendrait artificiellement sa monnaie à un niveau faible afin de favoriser ses exportations. Pour les autorités chinoises, les difficultés de compétitivité de l’industrie européenne ne peuvent être imputées uniquement à la politique de change de Pékin.
Le rapport de force est délicat pour les deux parties. D’un côté, l’Union européenne entend protéger sa base industrielle et réduire ses dépendances stratégiques; mais elle reste tributaire de fournisseurs chinois pour plusieurs matières premières essentielles. De l’autre, la Chine dépend largement de ses exportations pour soutenir son économie intérieure, dont la demande demeure fragile.
Un compromis sectoriel plutôt qu’un accord global ?
Les discussions de Pékin doivent permettre de déterminer si les deux parties peuvent s’entendre sur des mesures ciblées. Les analystes restent prudents quant à la possibilité d’un accord général à brève échéance. Un compromis limité à certains secteurs pourrait néanmoins constituer une première étape.
La pression politique monte également en Europe. La France et l’Allemagne ont appelé à la mise en place d’un instrument permettant à l’UE de répondre rapidement à d’éventuelles mesures économiques coercitives. Pour Bruxelles, l’objectif immédiat est d’obtenir des engagements suffisamment précis pour ouvrir une nouvelle phase de négociation. Pour Pékin, il s’agit de préserver l’accès au marché européen sans accepter de restrictions susceptibles de remettre en cause son modèle exportateur.
À l’issue de ces échanges, la capacité des deux puissances à trouver des compromis sur les automobiles, les matières premières et l’accès aux marchés donnera une première indication sur le risque d’escalade commerciale. Faute d’avancées, l’Union européenne pourrait être tentée de renforcer ses instruments de défense commerciale, au risque de provoquer des mesures de rétorsion chinoises.