Cheveux rose vif, voix traversée d’électricité, une salle comble qui ne la lâche pas. À peine descendue de scène, Mina Achir, chanteuse de Midnight Pin, se confie sur la nuit, sur la Palestine, et sur la liberté de ne rien devoir prouver.
Guichets fermés aux Journées musicales de Carthage et voici que le groupe tunisien Midnight Pin poursuit son exploration d’un rock alternatif qui mêle les langues et les influences. Sa vocaliste, Mina Achir, Algérienne installée à Tunis, revient pour l’Économiste Maghrébin sur la naissance de la formation, sur Geno-Suite, sur ses inspirations et sur ses projets.
Bien qu’épuisée, elle accepte de répondre alors que des dizaines de fans l’entourent encore, réclamant selfies et échanges. Quelques instants plus tôt, sur scène, elle semblait en parfaite symbiose avec le public, se livrant sans retenue. Haut noir sans manches, bijoux discrets, carré long à la frange épaisse : une allure sobre dont le rose vif des cheveux fait toute l’expressivité, à l’image de l’univers du groupe.
C’est le 6 octobre, au Théâtre de l’Opéra de la Cité de la culture à Tunis, que Midnight Pin a présenté son répertoire. L’aventure remonte à 2014, quand la chanteuse et auteure-compositrice-interprète a fondé le groupe avec le guitariste Seïf. D’abord cantonnée aux reprises, la formation s’est peu à peu tournée vers la composition originale. Cette étape a soudé ses membres et leur a permis de porter un message à travers leurs propres morceaux. Un premier album est sorti en 2023, affirmant une identité qui mêle l’arabe et l’anglais. Ce mélange est né naturellement. Seïf écrivait en arabe, littéraire ou en derja, tandis que Mina Achir écrivait en anglais. En confrontant leurs textes, ils ont constaté qu’ils abordaient des thèmes proches depuis des angles complémentaires : la langue comptait moins que le message.
Le nom du groupe prolonge cette démarche. Il naît d’un rapport intime à la nuit et à la musique, perçue comme un moyen d’évasion. Minuit marque aussi un passage entre la nuit et le jour, un commencement comme une fin, une boucle qui reflète la façon dont le groupe conçoit sa musique, sans se laisser enfermer dans un style. Il passe ainsi de la bossa nova au R&B et à d’autres registres, et chaque chanson est pour Mina Achir l’occasion de se redécouvrir.
Geno-Suite, écrire face à ce qui bouleverse
Cette envie de dire ce qui touche les membres du groupe prend un relief particulier dans Geno-Suite, mini-album de quatre titres profondément marqué par ce qui se passe en Palestine. Mina Achir confie avoir été si affectée qu’elle ne pouvait se taire : les quatre chansons sont nées de cette douleur. Elle ne s’inscrit pourtant dans aucune posture de contestation. Face à l’injustice ou au massacre, elle réagit d’abord en être humain, et l’écriture lui sert à traduire ce qu’elle ressent. Elle refuse d’ailleurs que les artistes de la scène alternative soient forcément contestataires, révolutionnaires ou engagés dans une lecture intellectuelle du monde. À ses yeux, l’alternative n’est pas une obligation idéologique car chacun reste libre de décider ce que sa musique laisse transparaître.
Son oreille s’est formée dans l’enfance, au rythme des goûts de son père, avec Pink Floyd parmi ses premières références, aux côtés d’artistes de la pop et du rock. David Bowie et Jeff Buckley l’ont marquée, tandis que plusieurs groupes rock ont façonné son goût pour les distorsions, l’énergie et les textures sonores. Elle apprécie aussi Gorillaz pour sa façon de créer. Cette richesse irrigue Midnight Pin, pensé comme une création vivante, capable d’évoluer sans se perdre.
Vers un public plus large
Le groupe prépare de nouvelles chansons, dont l’une, au titre évoquant « le néant », a été jouée lors du concert. D’autres festivals tunisiens sont envisagés. Midnight Pin aimerait surtout conquérir un public plus large et, pourquoi pas, se produire à l’étranger pour représenter l’Afrique du Nord.
Mina Achir revendique avec fierté ce statut de groupe nord-africain attaché à ses racines et à son héritage, tout en assumant une musique contemporaine et ouverte. Pour elle, l’enjeu n’est pas de choisir mais de faire dialoguer : les racines et l’ouverture, l’arabe et l’anglais, le rock et ses voisins, l’intime et le monde.

