La crise du logement revient au premier plan en Espagne. Des centaines de manifestants ont installé des tentes sur la Puertadel Sol, à Madrid, après une mobilisation contre l’expulsion d’une femme de 87 ans. Loyers en forte hausse, pénurie de logements abordables et progression des prix à l’achat alimentent la contestation.
La crise du logement prend une nouvelle dimension en Espagne. Plusieurs centaines de manifestants ont installé depuis samedi 26 septembre des tentes sur la Puertadel Sol, au cœur de Madrid, après une manifestation consacrée aux expulsions et à la hausse des loyers. La mobilisation a été déclenchée par l’expulsion de Maricarmen Abascal, 87 ans, qui occupait son logement madrilène depuis environ 70 ans. Son évacuation, intervenue au milieu de la semaine,, après l’intervention de la police, a provoqué une forte émotion et fait de son cas un symbole des difficultés rencontrées par les locataires espagnols.
Selon le syndicat des locataires, le logement avait été racheté par une société immobilière qui avait ensuite augmenté le loyer de 275 %, jusqu’à 2 650 euros par mois. Le cas illustre les tensions croissantes dans les grandes villes espagnoles, où l’offre de logements accessibles ne suit plus l’évolution des prix.
Des loyers presque doublés en dix ans
La pression immobilière s’est fortement accentuée ces dernières années. Selon le portail Idealista, le prix moyen des locations en Espagne atteignait 15,1 euros par mètre carré en août, soit près du double du niveau observé dix ans plus tôt. À l’achat, le prix moyen s’établissait à 2 355 euros par mètre carré, en hausse de plus de 50 % sur la même période, selon les données officielles citées par l’AFP.
Madrid figure parmi les marchés les plus tendus. La capitale cumule une forte demande, une activité touristique importante et une offre limitée de logements sociaux. Les locations touristiques de courte durée ainsi que l’activité de certains fonds immobiliers sont régulièrement mises en cause par les organisations de défense des locataires…
Le gouvernement prépare un « décret Maricarmen »
Le Premier ministre Pedro Sánchez a annoncé que son gouvernement travaillait à un nouveau dispositif destiné à répondre à l’urgence du logement. Il a indiqué que le Conseil des ministres devait examiner mardi un projet de décret-loi, baptisé dans le débat public « décret Maricarmen », en référence à l’octogénaire devenue le symbole de la mobilisation. Le gouvernement ne dispose toutefois pas d’une majorité parlementaire stable. Un précédent projet de loi consacré au logement avait été rejeté plus tôt cette année, ce qui pourrait compliquer l’adoption des nouvelles mesures.
La crise intervient par ailleurs à l’approche des élections municipales et régionales prévues en 2027, puis des élections législatives. Le logement s’impose ainsi progressivement comme l’un des principaux sujets économiques et sociaux du débat espagnol.