Le médicament générique fabriqué en Tunisie peut offrir un avantage de prix significatif par rapport au médicament original, notamment lors de son lancement. Selon Kamel Idir, président de l’Association tunisienne des médicaments génériques (ATMG), l’écart peut atteindre 30 % à 40 %. Mais cet avantage tend à se réduire au fil du temps, notamment en raison du gel de certains prix.
Dans une déclaration à la Radio Nationale, vendredi 25 septembre 2026, Kamel Idir, également expert auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est revenu sur la situation de l’industrie pharmaceutique tunisienne et sur la place des médicaments génériques, à l’occasion de la Journée mondiale des pharmaciens.
Il a rappelé que la Tunisie dispose aujourd’hui d’une quarantaine d’usines pharmaceutiques, issues d’un secteur qui s’est développé depuis les années 1980 dans le respect de normes réglementaires internationales. Une partie de la production est destinée à l’export, pour un montant d’environ 355 millions de dinars, vers notamment le Maghreb, plusieurs pays arabes et africains ainsi que l’Europe.
Le générique, un avantage de prix au lancement
Kamel Idir a expliqué que le médicament générique fabriqué en Tunisie est généralement 30 % à 40 % moins cher que le médicament original lors de son lancement. Cet écart constitue, selon lui, l’un des principaux intérêts du générique, puisqu’il permet de réduire le coût du traitement tout en répondant aux exigences réglementaires en vigueur.
Il a toutefois souligné que cet avantage peut progressivement disparaître. Le maintien de certains prix pendant plusieurs années peut, selon lui, réduire l’écart entre le médicament générique et le produit importé, voire conduire dans certains cas à une situation où le médicament fabriqué localement devient plus cher.
Le président de l’ATMG appelle ainsi à davantage de souplesse dans la politique de fixation des prix afin de préserver la compétitivité de la production nationale et de permettre aux industriels de poursuivre leurs investissements.
La production nationale au cœur de l’autonomie pharmaceutique
Au-delà de la question des prix, Kamel Idir estime que le développement du générique est directement lié au renforcement de la production nationale.
Il a indiqué qu’une rencontre récente avec le ministre de la Santé avait permis de présenter plusieurs propositions visant à soutenir davantage l’industrie pharmaceutique tunisienne. Selon lui, la Tunisie dispose déjà d’une base industrielle suffisamment importante pour renforcer son autonomie en matière de médicaments.
Kamel Idir considère que des « décisions courageuses » et davantage de confiance dans les capacités nationales permettraient au pays de progresser vers une plus grande autosuffisance pharmaceutique.
Cette ambition est d’autant plus importante, selon lui, que les tensions internationales peuvent fragiliser les chaînes d’approvisionnement. Il a notamment évoqué le risque que certains pays producteurs privilégient leurs propres besoins en période de crise, au détriment des marchés dépendants des importations.
Une industrie locale encore dépendante des importations
L’augmentation de la production tunisienne ne signifie toutefois pas une autonomie complète. Kamel Idir a souligné que l’industrie pharmaceutique reste dépendante de l’étranger pour une partie des matières premières, des composants et des technologies nécessaires à la fabrication des médicaments.
Un rapport de BMI, filiale de Fitch Solutions, cité par Business News en mai 2026, estimait à 61 % la part de valeur ajoutée étrangère dans la consommation pharmaceutique tunisienne.
Pour Kamel Idir, le défi consiste donc à développer davantage la production locale tout en réduisant progressivement les dépendances extérieures qui subsistent dans la chaîne pharmaceutique.
Génériques : renforcer la confiance des patients
Le président de l’ATMG a également insisté sur la nécessité de renforcer la confiance des patients dans les médicaments génériques.
Il a rappelé que ces médicaments sont soumis aux exigences réglementaires et doivent notamment répondre aux critères de bioéquivalence avec le médicament de référence. Le cadre réglementaire tunisien prévoit d’ailleurs des études de bioéquivalence dans le processus d’autorisation des médicaments génériques.
Kamel Idir a également évoqué un projet que la Tunisie devrait présenter lors de l’Assemblée mondiale de la Santé en mai 2027 afin de renforcer l’utilisation des dénominations scientifiques des médicaments auprès des professionnels de santé.
L’objectif serait notamment de permettre aux pharmaciens de présenter aux patients les différents équivalents disponibles et de les informer sur leurs différences de prix.
Ainsi, pour Kamel Idir, le développement du médicament générique constitue à la fois un enjeu de pouvoir d’achat, de production nationale et d’autonomie pharmaceutique. Mais pour préserver son avantage de prix dans la durée, la production locale doit pouvoir évoluer dans un environnement permettant aux industriels de maintenir leur compétitivité et leurs investissements.