Le harcèlement et les moqueries ont dépassé toutes les limites. Personne ne devrait subir une telle pression face à une situation aussi intolérable. Il est temps de mettre fin aux moqueries et au harcèlement visant les mères qui attendent devant les écoles primaires.
Ce qui semblait, au départ, être une plaisanterie innocente s’est progressivement transformé en une véritable campagne de moquerie et de harcèlement. Les victimes sont, cette fois-ci, les mères d’élèves.
Dans un coup de gueule publié sur sa page Facebook officielle, Hanen Essid Manai, conseillère générale en information et en orientation scolaire et universitaire au ministère de l’Éducation, dénonce ces pratiques.
Elle rappelle que tout a commencé par des publications sarcastiques, avant de se transformer en vidéos diffusées sur TikTok et Facebook, mêlant sarcasme et méchanceté. Les commentaires ciblent notamment les « robes à motifs « , les « ongles écaillés » et autres…
Ce que ces harceleurs ignorent, c’est que les femmes qu’ils ridiculisent sont souvent des travailleuses fatiguées, voire épuisées. Si elles avaient le choix, elles ne se présenteraient pas ainsi devant l’école, et encore moins n’y resteraient aussi longtemps.
Chaque mère représente cette Tunisienne issue de la classe laborieuse ou de cette classe moyenne qui ne l’est plus et qui a progressivement basculé dans la précarité.
Avant de se rendre à l’école, cette mère prépare les vêtements de son enfant, son petit-déjeuner et, parfois, le déjeuner de toute la famille. Elle se lève à l’aube afin que son enfant et son mari trouvent un repas prêt à leur retour. Ensuite, elle se précipite pour accompagner son enfant à l’école à l’heure. Dans cette course quotidienne, elle oublie souvent de prendre soin d’elle-même.
La solution la plus simple consiste alors à enfiler une robe noire « cache-misère », qui dissimule sa tenue de maison, ou une robe à motifs qu’elle porte aussi bien chez elle qu’à l’extérieur. Cette robe, souvent bon marché, peut coûter moins de 20 dinars. Or, cette somme pourrait servir à acheter plusieurs vêtements d’occasion pour ses enfants ou à aider la famille à tenir jusqu’au prochain repas.
Et si, par malheur, l’enseignant ou l’enseignante est absent(e) ? Faudrait-il laisser l’enfant rentrer seul ? Chacun peut imaginer les dangers auxquels il serait exposé dans la rue, ainsi que les risques de violence, de harcèlement ou de comportements dangereux auxquels il pourrait être confronté sans la présence d’un adulte.
Cette mère aimerait rentrer chez elle, mais elle est obligée de rester devant l’école pour s’assurer que son enfant entre bien en classe.
Il n’est donc pas rare de voir un groupe de femmes attendre pendant une heure devant l’établissement. Elles ne le font pas parce qu’elles s’ennuient, mais parce que leurs enfants, entrés à huit heures, peuvent parfois sortir à neuf heures, après une seule heure de cours. Une heure ne suffit pas pour rentrer chez soi, accomplir les tâches nécessaires et revenir chercher son enfant.
Il est ainsi fréquent de voir de nombreuses femmes, ainsi que quelques hommes, attendre devant les écoles pour récupérer leurs enfants. La mère qui a passé la matinée à courir entre la préparation du petit-déjeuner, le ménage et les autres tâches domestiques n’a pas toujours le temps de se changer, de se maquiller ou de prendre soin d’elle-même. Elle porte parfois un foulard à 7 dinars et une robe à 15 dinars, puis se mêle à la foule devant l’école en attendant son enfant.
Il est donc grand temps que les « créateurs de contenu » qui se moquent de ces travailleuses aient honte de leurs pratiques et cessent de les utiliser comme matière première pour obtenir des likes et des interactions.
La mère qui se tient devant l’école est une femme qui lutte et résiste à des conditions matérielles et sociales difficiles pour offrir un avenir meilleur à ses enfants. Elle mérite le respect et non le mépris.
Derrière chaque robe ordinaire, chaque attente interminable devant une école, il y a une mère qui se bat pour ses enfants. La filmer, la ridiculiser et transformer sa précarité en contenu destiné à récolter des likes ne relève pas de l’humour, mais d’un véritable mépris social. Ces femmes ne méritent ni moqueries ni harcèlement : elles méritent respect, dignité et reconnaissance.