En 1987, Donald Trump, qui n’était alors qu’un homme d’affaires, fut interviewé par une chaine américaine. Il se montra déjà furieux contre l’Iran et totalement déconnecté de la réalité : « La prochaine fois que l’Iran attaque notre pays, il faut mettre la main sur son pétrole et le garder. Ce pays (l’Amérique) a trop souffert des attaques iraniennes. »
En 1987, l’Iran était encore en guerre avec l’Irak que Saddam Hussein déclencha en 1980, juste un an après la révolution khomeyniste qui renversa le régime du Chah. La journaliste qui l’interviewait n’eut pas le réflexe professionnel pour lui demander comment un pays épuisé et exsangue après sept an de guerre pouvait-il attaquer la puissance américaine ?…
Cela fait donc près de quarante ans que, dans son monde imaginaire, Trump entretient son obsession réelle du pétrole iranien en particulier et moyen-oriental en général. Il va sans dire qu’il n’est pas le seul président à en être affecté. Tous ses prédécesseurs, depuis Richard Nixon au moins, l’étaient.
Henry Kissinger et le pétrole saoudien
Cette obsession a pris un aspect juridique le 8 juin 1974, jour de la signature du fameux accord américano-saoudien par le Secrétaire d’Etat Henry Kissinger et le prince Fahd, quelques mois après le choc pétrolier de 1973. Cet accord stipule qu’en contrepartie de la protection américaine du Royaume, celui-ci s’engage à vendre son pétrole exclusivement en dollar et à réinvestir une partie de ces pétrodollars dans les bons de Trésor et l’économie des Etats-Unis.
Près d’un quart de siècle plus tard, cette même obsession a pris un aspect agressif et hideux avec l’histoire fallacieuse de George W. Bush sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein. Tout le monde savait qu’il n’en est rien. Pourtant le mensonge s’imposa jusqu’au bout comme alibi pour l’appropriation par la force du pétrole irakien.
Vingt-trois ans plus tard, tous les revenus du pétrole irakien sont toujours versés dans les caisses du Trésor américain. Depuis, les gouvernements successifs irakiens n’ont guère le choix que d’attendre le bon vouloir du Trésor américain de leur transférer de quoi payer les fonctionnaires et gérer les affaires de l’Etat. On imagine les leviers de contrôle et de pressions politiques sur l’Irak que cette absurdité confère à Washington…
La paire Cheney-Rumsfeld et le pétrole irakien
Evidemment dans l’esprit de Bush, de son adjoint Cheney et de son secrétaire à la Défense Rumsfeld, après l’accueil à bras ouverts et avec des fleurs des troupes d’occupation par le peuple irakien, ils s’occuperont de l’Iran et mettront la main sur ses grandes réserves pétrolières.
La résistance irakienne qui a transformé « la ballade militaire » américaine en mésaventure sanglante et meurtrière, a non seulement sauvé l’Iran, mais l’a renforcé en lui donnant le temps de préparer sa défense. Car au vu de l’obsession pathologique américaine du pétrole, d’une part, et de la haine enragée d’Israël contre la République islamique qui l’a privé du Chah, son précieux allié, d’autre part, les Iraniens étaient convaincus qu’ils seront attaqués un jour ou l’autre.
Et ce jour arriva en deux étapes. La première, le 12 juin 2025. Une attaque-surprise israélo-américaine destinée à renverser le régime et le remplacer par un autre qui s’accommoderait avec les agresseurs. La réaction de l’Iran avec ses missiles et ses drones dévastateurs a surpris les agresseurs. Au rythme des dévastations qu’infligeait l’Iran à Israël, Tel-Aviv et Haifa auraient subi le sort de Gaza, si Netanyahu n’intervenait pas pour prier Trump de déclarer un cessez-le-feu.
Trump et le pétrole vénézuélien et iranien…
La deuxième étape intervint le 28 février 2026. Quelques semaines plus tôt, dans la nuit du 2 au 3 janvier, Trump réussit au Venezuela une opération qui relève plus de la pratique d’un groupe mafieux que de la politique digne d’une grande puissance. Il tira de son lit le président légitime du Venezuela, Nicolas Maduro et sa femme et les ramena aux Etats-Unis pour y être « jugés ».
La vice-présidente, Delcy Rodriguez, menacée de subir le même sort si elle ne s’accommode pas avec les exigences américaines, finit par se plier en validant toutes les demandes de Trump.
De nombreux analystes sont d’avis que « la performance » de Trump contre le régime de Maduro l’a fortement encouragé à revenir à la charge contre l’Iran, convaincu qu’il était de pouvoir dupliquer dans ce pays en trois jours ce qu’il a réussi au Venezuela en une nuit…
Six mois plus tard, Trump se débat toujours dans le piège qu’il s’est tendu lui-même avec l’aide de son ami Netanyahu. Il ne demande plus rien à l’Iran qu’une seule et unique chose : revenir à l’état d’avant-guerre, c’est-à-dire au 27 février 2026 quand 130 navires et pétroliers traversaient quotidiennement le détroit d’Hormuz.
… le » détroit d’Amérique » alias détroit d’Ormuz
Quarante ans après avoir préconisé, en tant que simple citoyen-entrepreneur, l’appropriation par son pays du pétrole iranien, Trump, devenu président, a tenté de le faire. Le résultat est dévastateur pour lui personnellement, pour son pays et pour l’économie mondiale.
Mais Trump n’est pas homme à accepter la défaite. Il la nie en se réfugiant dans son monde imaginaire, répétant inlassablement que lui, Trump, a détruit toutes les capacités militaires de l’Iran, que le détroit d’Ormuz qui s’appelle désormais « détroit d’Amérique » est ouvert, et que des dizaines de millions de barils transitent sous protection américain !
Alors que le monde va à vau-l’eau à cause de son incompétence et de son ineptie, Trump s’amuse à renommer des rivières et des détroits et publier un classement des 47 présidents américains, lui évidemment à la première place avant Abraham Lincoln et George Washington, et à la dernière place Barack Obama et Joe Biden…