La Russie, géant pétrolier frappé par des pénuries de carburant, se retrouve contrainte d’importer de l’essence du Maroc. C’est en tout cas ce que révèle RFI. Une première pour Moscou, qui a reçu en juillet une cargaison de 30 000 tonnes d’essence Al-92 en provenance de Tanger. Une situation pour le moins paradoxale pour un pays riche en hydrocarbures, mais dont les raffineries sont régulièrement ciblées par des drones ukrainiens.
La cargaison, transportée par un navire sous pavillon panaméen jusqu’au port de Mourmansk, rapporte la même source, aurait été fournie par le groupe russe Lukoil, selon Reuters. Cette importation s’ajoute aux approvisionnements en provenance de Biélorussie, du Kazakhstan et de l’Inde, décidés par Moscou pour tenter de stabiliser un marché intérieur sous tension.
Ces pénuries constituent l’un des effets indirects de la guerre en Ukraine. Les frappes contre les infrastructures énergétiques russes ont réduit les capacités de raffinage, poussant le Kremlin à limiter la consommation et à chercher du carburant à l’étranger.
Le choix du Maroc est également révélateur des limites des sanctions occidentales. Partenaire stratégique de Washington, Rabat continue de commercer avec Moscou, malgré les sanctions américaines contre la Russie. Pour le spécialiste des relations internationales Sébastien Boussois, cette transaction ne devrait pas provoquer de réaction américaine majeure : la coopération stratégique entre Washington et Rabat pèserait davantage que l’importation de quelques dizaines de milliers de tonnes d’essence.
Pour Moscou, l’ironie est toutefois difficile à masquer : le premier importateur mondial de brut et l’un des grands producteurs d’hydrocarbures doit désormais se tourner vers un pays qui n’est pas producteur de pétrole pour faire rouler ses voitures.