Le Tunisia Global Forum revient pour une 3e édition placée sous le signe de l’intelligence artificielle, un enjeu devenu central dans les transformations économiques, sociales et technologiques.
Lors de son allocution, l’ambassadrice de France en Tunisie, Anne Guéguen a d’abord souligné que nous vivons depuis plusieurs années dans une accélération qui donne souvent le vertige. Elle a expliqué que les promesses portées par l’intelligence artificielle suscitent, d’un côté, l’espoir d’un bonheur inédit et d’une prospérité nouvelle, tandis que, de l’autre, elles alimentent des discours alarmistes sur la substitution, voire l’élimination, de l’être humain par la machine.
Elle a rappelé qu’historiquement, toutes les innovations techniques et technologiques ont suscité des peurs, tout en constituant de puissants facteurs d’émancipation. Mais, selon elle, l’IA va plus loin que les technologies précédentes, car elle touche désormais à des activités relevant de la création intellectuelle et scientifique des humains.
Elle a ensuite indiqué que les effets positifs attendus sont considérables dans de nombreux domaines, mais que les craintes le sont tout autant. Elle a cité notamment le développement d’armes autonomes, la manipulation de l’information et des consciences, les discriminations, les atteintes au développement des enfants, ainsi que les conséquences d’une industrie très consommatrice en énergie et en eau.
Pour elle, l’enjeu central est donc clair : il faut savoir comment mettre l’intelligence artificielle au service du bien commun. Elle a posé la question de savoir comment cette intelligence en devenir peut aider à bâtir l’avenir, tout en préservant un monde habitable, la liberté et la souveraineté des sociétés.
Anne Guéguen a rappelé qu’il y a plus d’un million de Tunisiens et de Tunisiennes en France, dont les trois quarts sont franco-tunisiens, ce qui illustre, selon elle, la force et le potentiel de cette diaspora.
Sur le plan économique, elle a dit que l’un des quatre secteurs moteurs des investissements mondiaux est aujourd’hui l’IA. Elle a expliqué que pour des pays comme la Tunisie, d’identifier les segments dans lesquels ils disposent d’avantages comparatifs, puis de développer leurs capacités industrielles, leurs infrastructures, leurs compétences et leur cadre réglementaire. Elle a ajouté qu’il faut renforcer les capacités locales pour que les investissements directs étrangers produisent des effets durables en matière de développement.
En d’autres termes, elle a souligné qu’il faut favoriser les transferts de technologie, la formation des ressources humaines, le développement des entreprises locales et une meilleure insertion dans les chaînes de valeur. Elle a estimé que la Tunisie peut tirer parti des évolutions actuelles pour se positionner sur l’IA et sur le numérique, mais aussi, de manière corollaire et indispensable, sur les énergies renouvelables.
Anne Guéguen a ensuite détaillé les actions concrètes de la France pour promouvoir cette vision d’un écosystème méditerranéen de confiance autour de l’IA. Elle a cité deux projets principaux : Initiative France-Méditerranée pour l’Intelligence Artificielle, appelé SILA, et le Forum méditerranéen de l’intelligence artificielle.
Elle a présenté SILA comme une initiative franco-méditerranéenne dédiée à l’IA, financée par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères et mise en œuvre par Expertise France, en partenariat avec des acteurs de cinq pays du sud de la Méditerranée : la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, l’Égypte et le Liban. Elle a expliqué que ce projet vise à faire émerger une troisième voie méditerranéenne en matière d’IA, fondée sur des solutions plus souveraines, plus inclusives, plus durables et ancrées dans les réalités locales.
Elle a précisé que ce projet repose sur quatre piliers. Le premier consiste à renforcer les structures d’appui à l’entrepreneuriat en Tunisie afin qu’elles puissent mieux identifier, accompagner et accélérer les start-ups spécialisées en IA. Le deuxième vise à accompagner le passage à l’échelle et l’industrialisation des start-ups à fort potentiel grâce à des parcours personnalisés. Le troisième ambitionne de favoriser la co-construction de partenariats stratégiques et le leadership régional à travers un réseau méditerranéen d’experts en IA et le Forum méditerranéen. Le quatrième concerne la production d’un rapport stratégique de référence, co-dirigé par Cédric Villani et Lamia Azizi, destiné à porter une vision régionale partagée de l’IA.
Elle a ensuite présenté le Forum méditerranéen de l’intelligence artificielle, lancé à Marseille en 2024 et devenu un rendez-vous annuel. Elle a rappelé que sa deuxième édition s’est tenue à Tunis en novembre dernier, avec plus de 3 700 participants. Selon elle, cette édition a permis de franchir trois étapes importantes : le lancement du projet SILA, le soutien à l’émergence d’une stratégie nationale d’IA en Tunisie, avec l’annonce d’une future stratégie nationale, ainsi que le développement et le déploiement d’hôpitaux numériques.
Elle a également insisté sur un troisième point structurant : le renforcement de la dynamique en faveur d’un véhicule méditerranéen d’investissement. Elle a expliqué que cela est essentiel, car ces projets nécessitent des financements importants pour accompagner le développement des infrastructures critiques, des capacités de calcul, des centres de données et des futurs champions régionaux de l’IA.
Elle a annoncé que l’édition 2026 du forum se tiendra à Marseille à l’automne, et a dit espérer que de nombreux participants y prendront part. Elle a précisé que le programme comprendra notamment la présentation du rapport stratégique de Cédric Villani et de Lamia Azizi, mais aussi une assemblée citoyenne de la diaspora consacrée aux enjeux éthiques et démocratiques de l’IA. Elle a ajouté que les recommandations de cette assemblée viendront nourrir les conclusions du forum.
Elle a également mentionné un prix de la recherche, organisé en partenariat avec l’IRD, Anima Network et L’Agence, ainsi qu’un forum business.
Avant de conclure, Anne Guéguen a tenu à évoquer le secteur par excellence dans lequel l’IA peut être mise au service de l’humain : la santé. Elle a expliqué que la Tunisie et la France ont déjà engagé un important travail commun dans ce domaine.
Elle a d’abord cité la création du premier club IA de Business France dans le monde, destiné à créer des synergies entre le secteur public et le secteur privé autour des usages de l’IA dans la santé. Elle a ensuite indiqué que la France travaille actuellement avec le ministère tunisien de la Santé à une feuille de route stratégique pour la mise en place de programmes structurants sur les données de santé et leur traitement.
Enfin, elle a précisé que, grâce à des financements de l’Agence française de développement, un projet iSanté est en cours de développement. Ce projet permettra la digitalisation des données de santé afin de faciliter leur traitement à distance et, à terme, d’utiliser les outils d’IA pour améliorer le diagnostic et le traitement des patients à distance.
En conclusion, elle a reconnu que bâtir en Méditerranée une IA de confiance constitue un défi, mais elle s’est dite convaincue que ce défi peut être relevé collectivement. Elle a souligné que la région dispose d’atouts considérables : une jeunesse qualifiée, des chercheurs et des entrepreneurs reconnus à l’international, une diaspora engagée, des ressources naturelles favorables au développement d’infrastructures numériques durables, et une position stratégique au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient.
Elle a enfin salué l’ATUGE, qui rassemble des talents tunisiens formés dans les plus grandes écoles et engagés dans le développement économique de leur pays, comme l’illustration de cette richesse.