La 60ème édition du Festival International de Hammamet a levé son rideau, portée par une création signée Wafa Taboubi, intitulée « Les Fugueuses ».
Six comédiens, dont cinq femmes, composent la distribution de ce spectacle bâti autour d’une thématique commune : celle de l’attente. Le dispositif scénique impose un lieu unique, une sorte de station où se croisent des personnages étrangers les uns aux autres, tous suspendus à un événement qui ne se produit jamais. Face à cette immobilité stérile, chacun choisit finalement de bouger plutôt que de subir le vide. Les chemins empruntés divergent, mais l’aspiration reste identique : gagner un horizon plus apaisé, une existence plus digne, un quotidien débarrassé de ses complications.
À travers ce parcours scénique, l’autrice met en scène une fuite en avant qui tient autant de l’introspection que de la conquête d’un espace neuf, capable d’accueillir une vie entière. Changer de trajectoire pour espérer changer de sort : voilà le fil conducteur assumé par les personnages.
La scène a réuni Fatma Ben Saïdane, Mounira Zakraoui, Lobna Noomen, Mohamed Bouzid, Oumaima Bahri et Sabrine Omar, six interprètes aux profils volontairement contrastés. Présentée en dialecte tunisien, la pièce se déploie sur 90 minutes. Elle est produite par Fabula Production, en coproduction avec le Théâtre National Tunisien.
Le spectacle ne cherche pas à trancher mais à interroger. Que devient une existence privée de ses repères ? Comment envisager un départ vers l’inconnu ? Comment continuer d’être soi lorsqu’un retour en arrière n’est plus envisageable, lorsque le déracinement s’impose ? Ces questionnements irriguent une œuvre qui sonde le délitement du quotidien, la vacuité de certains instants et cette attente diffuse d’un « après » toujours hors de portée.
Wafa Taboubi signe l’intégralité du projet : texte, mise en scène, dramaturgie et scénographie. Le mouvement des corps et l’occupation de l’espace constituent l’ossature même du récit, porté par une création musicale de Hani Ben El Hamadi qui accompagne cette progression vers l’inconnu.