Face aux fortes températures que connaît le pays, on assiste depuis le début de l’été à des coupures d’électricité intermittentes qui touchent quasiment toutes les régions. La question qui se pose est la suivante : dispose-t-on d’un plan ou d’une solution à court terme pour limiter les dégâts et les incidents causés ? Quelle lecture peut-on en faire ?
Nous avons contacté Sadok Besbes, président du Groupement professionnel des Énergies Renouvelables (GPER) à Conect Tunisie, qui revient sur le délestage en Tunisie et insiste sur l’importance de faire du stockage résidentiel une priorité nationale.
Dans une déclaration exclusive à L’Economiste Maghrébin, Sadok Besbes estime que les épisodes de délestage que connaît actuellement la Tunisie constituent un signal d’alerte. “Ils nous rappellent que notre système électrique doit évoluer pour répondre à une demande croissante tout en intégrant davantage les énergies renouvelables. Cette situation ne doit pas être perçue uniquement comme une contrainte, mais comme une opportunité d’accélérer la transition énergétique” , précise-t-il.
“ À mes yeux, l’une des réponses les plus efficaces consiste à développer l’autoproduction photovoltaïque associée au stockage par batteries. Je me réjouis des récentes déclarations du directeur général de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), qui a confirmé la volonté d’autoriser l’installation de batteries dans les systèmes photovoltaïques résidentiels. Cette orientation représente une avancée majeure et répond à une attente de longue date des professionnels du secteur”, ajoute-t-il.
Pour lui, le stockage constitue aujourd’hui le maillon indispensable de la transition énergétique. Il permet aux ménages et aux entreprises de produire leur propre électricité, de stocker l’énergie produite pendant la journée et de l’utiliser lorsque le réseau est fortement sollicité ou en cas de coupure. “Cette approche améliore l’autonomie énergétique des consommateurs tout en apportant un soutien concret au réseau national. Le stockage ne doit pas être considéré comme un simple équipement de confort : il s’agit d’une véritable infrastructure énergétique distribuée. Des milliers de batteries installées chez les consommateurs peuvent contribuer à réduire les pointes de consommation, limiter les risques de délestage et renforcer la stabilité du réseau électrique”.
Il rappelle que le potentiel est immense. Avec plus de quatre millions de logements, la Tunisie dispose d’un formidable gisement de stockage décentralisé. “ Si seulement une partie des habitations était équipée de batteries associées à des installations photovoltaïques, notre pays bénéficierait d’une capacité de stockage de plusieurs gigawattheures, capable de renforcer significativement la résilience du système électrique” , souligne-t-il.
Pour concrétiser cette vision, plusieurs mesures doivent être engagées sans attendre. La première consiste à accélérer la mise en place d’un cadre réglementaire et technique permettant le déploiement des batteries résidentielles, en étroite collaboration entre l’ANME et la STEG.
La deuxième mesure est d’ordre fiscal. A cet effet, il précise: “Il est indispensable de supprimer ou, à défaut, de réduire fortement les droits de douane appliqués aux batteries destinées aux systèmes d’énergies renouvelables. Il est également nécessaire de revoir la fiscalité applicable aux panneaux photovoltaïques afin de rendre ces investissements plus accessibles aux citoyens, aux entreprises et aux collectivités.”
Enfin, “il est essentiel de mettre en place des mécanismes de financement adaptés pour faciliter l’acquisition de systèmes photovoltaïques avec stockage, notamment pour les ménages”, poursuit-il.
Selon Sadok Besbes, la transition énergétique n’est plus uniquement un objectif environnemental : elle est devenue une question de sécurité énergétique, de compétitivité économique et de souveraineté nationale. “Chaque installation photovoltaïque équipée d’une batterie représente une contribution concrète à un réseau plus résilient et à une Tunisie plus indépendante sur le plan énergétique”.
En tant que président du Groupement professionnel des Énergies Renouvelables, Sadok Besbes réaffirme la pleine disponibilité du GPER à collaborer avec les pouvoirs publics, l’ANME, la STEG et l’ensemble des acteurs concernés afin de transformer cette vision en réalité. “La crise actuelle nous impose d’agir rapidement. Nous avons les compétences, les technologies et les entreprises capables d’accompagner cette évolution. Il nous appartient désormais de créer les conditions qui permettront son déploiement à grande échelle.”, conclut-il.