Une partie de la majorité s’est révoltée contre Giorgia Meloni, désormais très contestée, y compris par son propre camp. De quoi enclencher une crise politique majeure en Italie ?
Séisme politique à Rome. La droite italienne s’est réveillée sous le choc ce mercredi 15 juillet. Dans leurs éditions, plusieurs quotidiens conservateurs n’ont pas ménagé leurs mots, dénonçant tour à tour une « haute trahison », une « chasse aux traîtres », une « majorité qui se fissure », voire un gouvernement devenu minoritaire « à cause des femmes ».
Défection
À l’origine de cette tempête politique, le projet de réforme électorale baptisé « Stabilicum » par la coalition de droite et d’extrême droite, mais ironiquement rebaptisé « Melonellum » par l’opposition. Cette dernière accuse la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, d’avoir élaboré une loi électorale « taillée sur mesure » pour sécuriser sa réélection en 2027 tout en renforçant son emprise sur les institutions.
Sauf que le plus embarrassant pour la cheffe du gouvernement est toutefois venu de son propre camp : contre toute attente, c’est une fronde interne à la majorité qui a finalement fait capoter cette réforme : au moins une trentaine de députés de droite ont fait défection, enterrant l’amendement à une voix près, et révélant au grand jour les fractures d’une coalition que Giorgia Meloni s’efforçait jusqu’ici de présenter comme soudée.
Pourtant, les principaux partenaires de la coalition de Meloni, la Ligue et Forza Italia, avaient déclaré qu’ils soutiendraient la mesure, mais celle-ci a été rejetée par 188 voix contre 187, indiquant ainsi une défection au sein de la majorité au pouvoir.
Ce revers parlementaire s’inscrit dans une série de difficultés pour le gouvernement Meloni. En mars 2026, la coalition de droite avait déjà essuyé une défaite cuisante lors d’un référendum sur la réforme de la justice.
Pour les observateurs politiques, les prochains mois seront déterminants pour évaluer si le gouvernement parvient à ressouder sa coalition ou si les défections se multiplient à l’approche des échéances électorales de 2027. D’autant plus que l’Italie, troisième économie de la zone euro, traverse une période de tensions politiques accrues. La stabilité gouvernementale de Meloni, arrivée au pouvoir en octobre 2022, est désormais questionnée.
Un revers historique
En effet, la Chambre des députés a infligé mardi 14 juillet un premier revers à la majorité, juste avant les élections générales prévues l’année prochaine. Et ce, en rejetant, à bulletin secret, un aspect clé de la réforme des règles de vote portée par Fratelli d’Italia, le parti de Giorgia Meloni. Ce texte prévoyait de réintroduire le vote préférentiel dans les circonscriptions plurinominales, un dispositif vivement critiqué par l’opposition, qui y voit une remise en cause du principe de parité entre les femmes et les hommes.
Sachant qu’aujourd’hui, le système électoral italien repose sur un modèle mixte : une partie des parlementaires est élue au scrutin uninominal majoritaire à un tour, l’autre à la représentation proportionnelle, aussi bien à la Chambre des députés qu’au Sénat. La réforme envisagée marquerait un changement de cap en instaurant un scrutin intégralement proportionnel, assorti d’une prime majoritaire accordant un bonus de sièges dans les deux chambres à la coalition dépassant le seuil de 40 % des suffra.
Faut-il rappeler à ce propos que le gouvernement Meloni, le deuxième plus durable de l’histoire de la République italienne, est issu de la loi électorale de 2017, un système hybride associant scrutin majoritaire uninominal à un tour et représentation proportionnelle. Or, aux yeux de ses détracteurs, modifier ce texte n’a guère de justification. « Le véritable enjeu réside dans la prime majoritaire. Si une coalition franchit le seuil de 42 % des suffrages, elle bénéficierait de 70 sièges supplémentaires à la Chambre des députés et de 35 au Sénat. Cette réforme traduit avant tout la volonté de Giorgia Meloni de concentrer les pouvoirs entre ses mains ». C’est ce que déplore le porte-parole du mouvement citoyen Participation Active, une coalition d’organisations de la société civile engagée dans la défense des droits électoraux.
Appel à la démission
Rappelons enfin que Giorgia Meloni a promis, mercredi 15 juillet, de maintenir sa réforme électorale en dépit des défections au sein de sa coalition, au lendemain d’un revers parlementaire qui a vu sa propre coalition la rejeter lors d’un vote secret.
Pour sa part, l’opposition qui y voit un signe de fragilité de la majorité à moins d’un an des élections générales, a immédiatement salué le résultat du vote.
Pour les partis de gauche et du centre qui accusent la Première ministre de tenter de modifier les règles électorales à son avantage pour se maintenir au pouvoir, cette défaite démontre que Meloni ne contrôle plus totalement sa majorité parlementaire ; certains ont même appelé à sa démission. Mais c’est mal connaître la pugnacité de la Dame de fer italienne !