Près de deux heures durant, le Théâtre de plein air de Hammamet n’a fait qu’un avec les notes du oudiste innovateur tunisien. Le concert, donné le 12 juillet 2026, a permis à Dhafer Youssef de dévoiler en exclusivité les couleurs de « Shiraz », son dernier album.
Cette soirée revêtait une portée particulière : il s’agissait du premier retour de l’artiste sur la scène du Festival international de Hammamet depuis 2015, année où il y avait présenté « Birds Requiem ». Onze ans séparent donc ces deux rendez-vous, un délai qui illustre à quel point les apparitions de Dhafer Youssef sur les scènes tunisiennes demeurent rares : sa dernière prestation notable dans le pays, hors Hammamet, remonte au Festival international de Dougga, où il s’était produit en clôture d’édition, 2023.
Le titre de ce nouvel opus n’est pas anodin : il emprunte le prénom de son épouse, la réalisatrice Shiraz Fradi, tout en renvoyant également à la cité iranienne éponyme, dont le passé millénaire et la richesse patrimoniale continuent de fasciner. Ce double clin d’œil donne le ton d’un répertoire résolument plus intime, où l’artiste explore des textures sonores inattendues, loin des sentiers déjà tracés par ses précédents travaux.
Sur scène, Dhafer Youssef n’était pas seul à porter cette proposition musicale. Il s’était entouré d’un collectif de haut vol : Daniel Garcia Diego au piano, Mario Rom à la trompette, Swaéli Mbappé à la basse électrique, Tao Ehrlich à la batterie, ainsi que Nguyên Lê, en charge de la guitare électrique et du design sonore. Cette formation a permis de donner corps à des morceaux comme « Eyeblink and Eternity » (interprété en deux mouvements), « Rose Fragrance », « The Epistle of Love » (décliné en trois parties), « Zakir Bhai Eternal Longing » (en deux volets), sans oublier « Milestones » et « Shajan ».
Au-delà de la prouesse technique, la soirée du 12 juillet 2026 a dépassé le cadre du simple concert pour se muer en une véritable expérience mystique, un voyage musical à part entière, où la capacité de l’artiste à créer une communion quasi hypnotique avec son public a marqué les esprits. Naviguant entre jazz, blues, musique classique et inflexions orientales, sa musique agit comme un vecteur de dialogue entre les cultures, ouvrant un espace où se mêlent influences et sensibilités diverses. Le lieu, sa dimension naturelle et l’énergie du moment ont contribué à installer une atmosphère apaisée, presque méditative, chez les spectateurs.
Fidèle à une œuvre traversée par des thèmes universels (la vie, la paix, l’amour), Dhafer Youssef a une nouvelle fois démontré, à travers cette performance, sa maîtrise du oud et sa capacité à construire des compositions qui touchent autant qu’elles interrogent, sans jamais se laisser réduire à une simple grille de lecture.

