À l’heure où le bâtiment traverse une zone de fortes turbulences, entre crise immobilière, recul des investissements et accélération technologique, le Paris Builders Show 2026 veut s’imposer comme un événement de facilitateur de rencontres autant que de projection. Nouveau nom, nouvelles catégories et montée en puissance de l’innovation, le directeur de Paris Builders Show Jean-Philippe Guillon détaille les évolutions de cette édition qui reste toujours porteuse de solutions. Interview:
Quelle spécificité caractérise l’édition 2026 du Paris Builders Show par rapport au Mondial du Bâtiment 2024, il y a deux ans ?
Jean-Philippe Guillon : D’abord, vous venez de le dire, cela s’appelle désormais Paris Builders Show et non plus Mondial du Bâtiment. C’est une évolution importante, sur laquelle nous reviendrons pour expliquer ce qui la motive. Le deuxième grand marqueur, c’est l’intégration du forum RenoDays, dédié à la rénovation du bâtiment, qui était jusqu’ici organisé en alternance avec l’ancien Mondial du Bâtiment, aux côtés de Batimat, Interclima et Idéobain.
Autre nouveauté plus visible : les évolutions liées à la disponibilité des halls et aux travaux à la Porte de Versailles. Les halls 2 et 3, où se tenaient Idéobain et Interclima, sont en travaux. Nous avons donc récupéré les trois étages du hall 7, ce qui nous a conduit à repenser l’organisation générale de l’événement.
Enfin, entre 2024 et 2026, le marché s’est fortement dégradé, et la filière souffre. C’est une réalité que nous ne pouvons pas ignorer. Nous sommes dans une situation européenne très compliquée, que ce soit dans la construction, l’immobilier, le coût des matériaux, la capacité d’investissement des ménages ou encore le niveau d’endettement des différents pays. Malgré cela, nous restons un événement européen, même si notre zone d’influence est très méditerranéenne, puisqu’elle va de la France au Portugal, jusqu’à la Turquie, en passant par les pays du Maghreb, où les projets existent et la dynamique de développement est bonne.
En outre, il y a aussi une évolution générationnelle : certains partent à la retraite, mais ils ne sont pas remplacés. Il y a donc un vrai problème de main-d’œuvre et de compétences. Et c’est aussi ce qui rend notre responsabilité encore plus forte. Les salons comme le nôtre sont là pour soutenir et accompagner une filière. Nous sommes souvent décrits comme des facilitateurs de rencontres. Notre objectif est de participer à la relance si nécessaire et au développement dans le meilleur des cas. C’est toute l’ambition de 2026 par rapport à 2024.
Quelle est la thématique de cette édition ?
Comme à chaque édition, nous avons une grande thématique. En 2024, c’était “changer de perspective”. Cette année, c’est “le bâtiment en mouvement”.
Pourquoi ce choix ?
Parce que nous considérons que l’essentiel existe déjà, qu’il n’est plus forcément nécessaire de réinventer la roue, mais qu’il va falloir faire des choix. Des choix qui iront dans le sens de l’histoire, des enjeux environnementaux, sociétaux et de compétitivité.
Nous allons accompagner cette dynamique par du contenu, avec plus de 100 conférences supplémentaires par rapport à l’édition précédente. Nous avons aussi 20% de dossiers d’innovation en plus pour notre concours, par rapport à 2024.
Il y a également un volet important autour de la protection solaire, ce qui constitue une autre spécificité de cette édition. Pourquoi avoir créé une catégorie dédiée à la protection solaire ?
Tout à fait. Quand nous avons intégré Equipbaie à Batimat en 2024, Equipbaie était auparavant un salon autonome, organisé en alternance. Les acteurs de la menuiserie, et notamment ceux de la protection solaire, n’étaient plus en capacité de porter chaque année un grand événement. L’industrie évolue, et les moyens de communication sont aujourd’hui répartis entre le physique et le digital. Il était donc nécessaire de faire grandir ce segment au sein de Batimat. Cela représente un rôle supplémentaire par rapport à avant.
Dans le concours des Awards, il y a tellement d’acteurs dans l’univers Equipbaie qu’une seule catégorie devenait disproportionnée par rapport aux autres. Il fallait donc en créer deux. Nous avons choisi de scinder les solutions entre, d’un côté, la protection solaire, les vérandas et les produits associés, et de l’autre, la menuiserie plus classique, le verre, la fenêtre, et l’ensemble des solutions liées.
Par ailleurs, les candidatures innovantes sont de plus en plus nombreuses dans la protection solaire, en raison des besoins d’adaptation liés au confort d’été, au réchauffement climatique et à la protection UV. C’est l’un des secteurs les plus dynamiques et les plus innovants, parce que la demande est bien là et qu’elle ne cessera pas de croître.
Quelles sont les nouveautés en matière d’innovations et de volume de candidatures par rapport à 2024 ?
Nous avons reçu 278 dossiers pour les Awards, soit plus de 20% de croissance par rapport à 2024. Ce n’est pas anodin. Nous sommes passés, grosso modo, d’environ 220 à presque 280 dossiers. C’est une bonne nouvelle, et même un signal rassurant, car une filière qui souffre s’en sort par l’innovation. Le fait d’avoir davantage d’innovations présentées est donc de bon augure pour la suite.
Les catégories ont un peu évolué, c’est vrai, mais nous avons surtout cherché à coller à la réalité des segments et à la cohérence du nombre de dossiers déposés par secteur. Nous gardons toujours des catégories liées aux grands univers du bâtiment : gros œuvre, menuiserie, tech, décarbonation, génie climatique, génie climatique tertiaire, salle de bains, etc. Cela représente toujours une dizaine de catégories.
Qu’est-ce qui a évolué dans la nature même des innovations ?
La typologie des innovations a changé. Pendant longtemps, il s’agissait surtout d’innovations produits. Aujourd’hui, nous continuons à voir beaucoup de matériaux, puisque nous restons un événement du matériau et du matériel, mais nous observons aussi de plus en plus de solutions digitales et d’offres de services dans des segments où nous n’en avions pas forcément l’habitude auparavant.
Cela montre aussi une évolution de la société : on passe de l’utilisation à l’utilité, du produit vers sa finalité. Ce n’est pas propre à notre secteur, on le voit aussi dans l’automobile. Aujourd’hui, on achète davantage un service qu’un bien strictement matériel.
C’est donc une évolution de la consommation, qui se reflète dans ce que nous sommes capables d’offrir en matière d’innovation.
Comment cette évolution se traduit-elle aujourd’hui du point de vue du consommateur ou du client ?
La logique de calcul des coûts a elle aussi profondément évolué. Aujourd’hui, on ne peut plus faire l’impasse sur des critères comme l’impact environnemental, la circularité, les modalités d’acheminement, les coûts de production ou encore le prix des matières premières. Et la liste est loin d’être exhaustive, sans même parler de l’outil productif lui-même.
Par ailleurs, l’industrialisation de la construction, avec le développement du hors-site, vient désormais compléter ou accompagner la fabrication sur site. Cela traduit une transformation globale du secteur. Nous la retrouvons dans les dossiers déposés, dans les solutions proposées, et probablement aussi dans les récompenses attribuées, car notre perception de ce qui est réellement utile a elle aussi évolué.