L’introduction prochaine d’Ayrade, première entreprise algérienne de l’économie numérique à rejoindre la Bourse d’Alger, illustre la volonté des autorités de dynamiser le marché financier par les startups et les entreprises technologiques. Toutefois, cette stratégie peine à masquer une réalité plus préoccupante : la place boursière algérienne demeure très éloignée des standards régionaux et risque de ne pas atteindre ses objectifs de croissance à moyen terme, analyse le site Maghreb Emergent.
Portée en 2024 par les introductions du Crédit Populaire d’Algérie (CPA) et de la Banque de Développement Local (BDL), la capitalisation de la Bourse d’Alger a atteint près de 5,8 milliards de dollars. Mais cette progression exceptionnelle n’a pas été suivie d’une dynamique durable, souligne la même source.
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Par conséquent, l’objectif officiel de 15 milliards de dollars de capitalisation à l’horizon 2030 apparaît aujourd’hui difficilement atteignable, faute de nouvelles introductions d’envergure.
En effet, le principal défi réside dans la taille des entreprises qui rejoignent actuellement le marché financier. Car, malgré une levée de fonds record pour le compartiment croissance, Ayrade ne représente qu’environ 7 millions de dollars de capitalisation supplémentaire. Et à ce rythme, fondé essentiellement sur de petites et moyennes entreprises, la progression du marché reste marginale, regrette Maghreb Emergent.
Deux cents ans…
D’ailleurs, selon certaines estimations, il faudrait plus de deux siècles à la Bourse d’Alger pour atteindre le niveau de capitalisation actuel de la Bourse de Tunis, évalué à environ 8,2 milliards de dollars.
La comparaison régionale souligne davantage ce retard. Alors que Casablanca a multiplié les introductions de grandes entreprises privées ces dernières années et que Tunis maintient un marché relativement actif avec plus de 80 sociétés cotées, Alger reste dépendante d’opérations ponctuelles et largement liées au secteur public.
La faute au manque de grands groupes privés
Cette situation s’explique également par l’absence des grands groupes privés nationaux. En fait, après le succès de l’introduction de Biopharm en 2016, aucun acteur majeur n’a suivi. Les incertitudes économiques et politiques des dernières années ont renforcé la préférence des entreprises pour l’autofinancement ou le crédit bancaire, malgré les incitations accordées à la cotation.
À ces difficultés s’ajoute un problème structurel d’illiquidité. Le marché secondaire demeure peu actif, avec un taux de rotation inférieur à 1 %, contre plus de 11 % à Tunis par exemple. Les échanges restent limités et les actions souscrites circulent peu, réduisant l’attractivité de la place financière pour les investisseurs comme pour les émetteurs.
Trente ans après sa création, la Bourse d’Alger reste ainsi confrontée à un défi majeur : dépasser la logique des petites introductions et attirer des entreprises de taille significative capables de lui donner une véritable dimension régionale.