Colère et manifestations inédites en Albanie suite à un projet de tourisme de luxe porté par Ivanka, la fille du président américain, sur une île d’Albanie, une réserve protégée, dont les flamands roses sont devenus l’emblème.
Décidément, là où les Trump passent, ils ne laissent dans leur sillage que désordre, désolation et gabegie. Ainsi, marchant sur les pas de son illustre paternel qui caressait l’idée folle de transformer la bande de Gaza en « Riviera du Moyen-Orient », Ivanka Trump a, à son tour, suscité la polémique en jetant son dévolu sur la réserve naturelle de Vjosa-Narta, en Albanie, avec l’idée d’y développer un vaste complexe hôtelier.
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Parfum de corruption
Mais le projet s’est heurté à une forte mobilisation populaire : depuis le samedi 6 juin, des milliers de manifestants se réunissent chaque soir dans les rues de Tirana pour défendre cet espace protégé. Un mouvement que certains surnomment déjà la « révolte des flamants roses » et qui s’insurge contre la politique d’un gouvernement qui vend ses terres.
Par ailleurs, Edi Rama, le Premier ministre albanais, est accusé de corruption. Aurait-il accordé un traitement de faveur à la famille Trump ? Ce dernier défend ce projet comme une étape importante dans la transformation du pays. L’Albanie aspirant à devenir une destination touristique de référence et ainsi tourner la page de son passé lié à l’URSS.
Pour sa part, le parquet spécialisé en matière de lutte contre la corruption et le crime organisé d’Albanie a ouvert des enquêtes sur l’origine des fonds utilisés pour acheter les titres de propriété des terrains concernés par le projet ainsi que sur la manière dont le cadre légal a été modifié pour permettre la signature de contrats sans appel d’offres.
Un coup de cœur coûteux
Tout serait parti d’un coup de cœur lors d’une croisière en Méditerranée. « Nous étions sur le bateau d’un ami et nous nous sommes arrêtés pour nager. En fait, c’est comme ça qu’on l’a découverte et on est resté captivé », racontait récemment la fille de Donald Trump.
Or ce qui aurait pu rester un simple souvenir de vacances s’est transformé en un projet à plusieurs millions de dollars. Ainsi, avec son mari Jared Kushner, elle lance alors les démarches pour concrétiser ce projet, qui reçoit le feu vert des autorités albanaises fin 2024. Objectif : faire émerger sur cette île préservée une immense station balnéaire composée de cinq hôtels de luxe de 1000 chambres avec à la clé un investissement pharaonique de 5 milliards de dollars. Le hic c’est que le chantier se dresse sur les lagunes de Zvërnec et de l’île de Sazan ; deux sites à la biodiversité protégée.
Une catastrophe écologique
En effet, le projet s’implante au delta du fleuve Vjosë, en Albanie, réputé pour être le dernier fleuve sauvage d’Europe et lieu refuge des oiseaux migrateurs. La lagune de Nartë, où compte s’implanter le complexe hôtelier, abrite une rare colonie de pélicans frisés et des espèces menacées comme la grenouille d’eau albanaise et des tortues caouannes; ainsi que des oiseaux migrateurs, dont des flamants roses qui sont devenus l’emblème de la contestation populaire à l’échelle nationale.
« Le problème ne concerne pas seulement la transparence de ce processus, mais aussi le fait que tout cela s’est déroulé au mépris total de l’importance environnementale de cette zone », explique Denisa Kasa, militante de l’association albanaise de protection de l’environnement.
« Le chantier pourrait durer de 10 à 15 ans avec des dizaines, voire des centaines d’engins, et énormément d’ouvriers. En d’autres termes, la nature ne sera absolument pas préservée ». C’est ce qu’affirme notamment un militant écologique. Le symbole de ce soulèvement, ce sont les flamants roses, car le projet menacerait une zone où ils trouvent refuge.
La rue se rebiffe
Sauf qu’entre-temps, le sujet est devenu explosif. Samedi dernier, la tension est montée d’un cran, lorsqu’une altercation a éclaté entre des habitants de la région et des agents privés, chargés de sécuriser le début des travaux. L’image d’un manifestant traîné sur plusieurs mètres a fait le tour du pays. Depuis, la contestation rassemble chaque jour des foules immenses dans les rues de la capitale. Certains brandissaient des drapeaux albanais rouges, d’autres arboraient des flamants roses gonflables ou découpés dans du papier, symbole de cet écosystème menacé. Avec le mot d’ordre d’exiger l’arrêt immédiat des travaux et l’abandon pur et simple de ce projet cher au couple Trump.
Morale de l’histoire : le scandale aura pris une dimension nationale; d’écologiste, le mouvement est devenu politique.