Le prix du mouton a tenu la vedette en cet Aïd Al Adha 2026. Choses vues et entendues à la veille du 27 mai dans deux communes de la banlieue sud de Tunis. Où le et les bêlements se font un peu rares. Comme, cela sent moins le foin et le crottin.
C’est, selon cet employé de la ville de Radès, dans la banlieue sud de Tunis, et qui traverse quotidiennement trois quartiers de cette ville pour se rendre à son travail, « un signe qui ne trompe pas ». En cette année 2026, les bêlements se font un peu rares. Comme, cela sent moins le foin et le crottin. « Preuve évidente que les achats de moutons ne se sont pas faits au rythme habituel ». Et notre interlocuteur d’affirmer, haut de son 1,80 mètre, que la cause principale est relative aux prix pratiqués. « Excessifs », selon lui. Et notre homme de raconter cette histoire, dénichée sur les réseaux sociaux. Celle d’un citoyen venu avec une voiture de luxe, louée à la journée, pour transporter un mouton acquis « pour 2 000 dinars ». En fait « à tout seigneur, tout honneur », lance-t-il, sans se départir d’un rire moqueur.
Dans le café où travaille Mohamed, les commentaires sur la cherté du prix du mouton sont devenus un sujet de prédilection. Et comme toujours, chacun vient avec son récit et son commentaire. Notamment au sujet de ces « gacharas », spéculateurs, qui ont été, à en croire Mounir, un habitué du café, « la vedette de cet Aïd ». Ils essaiment, selon lui, partout. Y compris dans les ventes organisées pour lutter contre la spéculation.
« Un citoyen avec une voiture de luxe, louée à la journée, pour transporter un mouton acquis « pour 2000 dinars ». En fait « à tout seigneur, tut honneur ».
Malgré toute la vigilance
Comme les ventes de moutons au kilogramme, qui se sont tenues le 18 mai 2026 à Radès. « Les gacharas se sont mêlés à la fête, comme on dit, pour acheter, à leur tour, des agneaux ». Et évidemment, selon la version des faits de Mounir, « ils l’ont fait, malgré toute la vigilance des uns et des autres, en dépêchant certains de leurs sbires. De peur de pouvoir être reconnus ». En fait, comme dit un proverbe tunisien bien connu : « celui qui vole prend toujours le dessus sur celui qui le dénonce ! », commente-t-il. « Ces points de vente auront, malgré tout, réussi à fournir des moutons à des prix raisonnables. Ils ont aussi réussi à montrer que les spéculateurs se sont bien rempli les poches. Des prix entre 300 et 400 dinars de moins comparés à ceux pratiqués par les spéculateurs », conclue-t-il.
Pas pressé, chemise blanche et jean, Ali, un habitant de la commune voisine d’Ezzahra, n’a pas prévu d’acheter de mouton. Il se suffit de deux kilos de viande. « Des côtelettes d’agneau et quelques merguez », précise-t-il. « Mes deux fils sont maintenant mariés et sont de ce fait assez grands pour se débrouiller tout seuls », commente-t-il. « Et puis avec mon cholestérol et mon hypertension artérielle, il faut faire attention », dit-il.
« Faire mon barbecue tranquille »
Dans la même boucherie du marché où il est venu s’approvisionner, on entend pratiquement le même son de cloche : hormis le prix, on avance moult arguments pour expliquer pourquoi il n’y a pas eu d’achat de mouton. Ezzeddine, la cinquantaine, dynamique et cheveux en broussailles sous une casquette rouge, ne fait pas le sacrifice depuis qu’il habite un appartement à Boumhail El Basatine, une commune qui jouxte Ezzahra. « Ce n’est plus possible. Il y a des désagréments : où loger le mouton, où l’égorger ou encore le suspendre et couper la viande ? Je préfère venir ici et acheter de la viande et, ensuite, faire mon barbecue tranquille », tonne-t-il.
Retour à la case départ. On a beau chasser le coût du mouton, il revient au galop. Dans une autre boucherie d’Ezzahra, Nourreddine nous explique qu’au rythme où va le prix du mouton, son achat va dans quelques années être en rapport avec un certain statut social. « Comprenez que son achat ne sera possible que pour les plus riches », sourit-il. Avant d’affirmer que cela sera vrai « à moins d’être un « frimeur » – et il y en a un « paquet » – qui achète, malgré tout, un mouton au prix fort pour l’exposer aux yeux des passants, assis devant sa villa, une chicha dans la main. Eclat de rire dans l’entourage de Nourreddine. Un moyen, peut-être, de donner raison à leur ami !
« A moins d’être un « frimeur » -et il y en a un « paquet »- qui achète, malgré tout, un mouton au prix fort pour l’exposer aux yeux des passants, assis devant sa villa une chicha dans la main ».