Une plainte pénale pour « traite d’êtres humains » a été déposée mercredi 22 avril 2026 auprès du parquet de Paris contre les plateformes de livraison Uber Eats et Deliveroo. Une initiative inédite à l’échelle mondiale, portée par quatre organisations représentant des livreurs, dont la Maison des livreurs, CoopCycle et plusieurs collectifs de défense des travailleurs.
Au cœur de cette action judiciaire : les conditions de travail jugées particulièrement dégradées dans le secteur de la livraison à vélo. Les plaignants dénoncent un système reposant sur le recrutement de travailleurs en situation de grande précarité, souvent étrangers, parfois sans papiers, contraints d’accepter des rémunérations très faibles et des rythmes de travail intensifs.
Selon une étude de Médecins du Monde publiée le 30 mars 2026, les livreurs travaillent en moyenne 63 heures par semaine, la grande majorité exerçant six à sept jours sur sept, pour un revenu avoisinant 5,83 euros brut de l’heure, soit environ 1 480 euros mensuels. Une part importante d’entre eux ne bénéficie d’aucune couverture santé et beaucoup se trouvent en situation administrative irrégulière.
Pour l’avocat des plaignants, Me Thibault Laforcade, ces éléments pourraient relever juridiquement de la traite d’êtres humains, dans la mesure où ils traduisent une exploitation fondée sur la vulnérabilité économique et sociale des travailleurs. La qualification pénale repose notamment sur l’idée que les plateformes ne peuvent ignorer cette dépendance structurelle.
Au-delà de la plainte pénale, une procédure civile vise également Uber Eats pour discrimination, notamment en raison du fonctionnement opaque de ses algorithmes. Les associations dénoncent un système de gestion automatisée qui attribue les courses, fixe les rémunérations ou suspend les comptes sans transparence ni recours effectif, plaçant les livreurs dans une situation de dépendance totale.
Les deux entreprises contestent fermement ces déclarations. Deliveroo rejette toute assimilation à une situation d’exploitation, tandis qu’Uber Eats qualifie la plainte d’« infondée ».
Cette affaire marque une nouvelle étape dans la remise en cause du modèle économique des plateformes numériques, déjà critiqué pour sa précarisation du travail. En qualifiant potentiellement ces pratiques de « traite d’êtres humains », les plaignants cherchent à faire évoluer profondément le cadre juridique encadrant l’économie dite « ubérisée ».