Le colloque organisé les 13 et 14 avril 2026 à la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis a remis au centre du débat une question essentielle : que reste-t-il du droit international face aux crises qui embrasent le Moyen-Orient ?
À travers les échanges, deux voix majeures du monde académique ont confronté leurs analyses Mouna Kraiem Dridi, directrice du laboratoire de recherche en droit international, et Yasmine Ben Sabbeh, chercheuse spécialisée dans les relations Maghreb-Europe.
Pour Mouna Kraiem Dridi, la réflexion sur l’effectivité du droit international ne date pas d’hier. “Cela fait plus de vingt ans que nous discutons de cette tension entre le droit de la force et la force du droit”, rappelle-t-elle. Selon elle, le cadre normatif international existe bel et bien : les règles sont là, inscrites dans les traités, les conventions, la Charte des Nations Unies.
Ce qui pose problème, explique-t-elle, ce n’est pas la norme mais son application. “L’effectivité du droit international dépend du jeu des puissances, des intérêts géostratégiques, de la volonté politique. Ce sont ces rapports de force qui ralentissent ou accélèrent sa mise en œuvre.”
Face aux conflits actuels, notamment au Moyen-Orient, elle appelle à ne pas céder au scepticisme : “Les conflits ont toujours existé et le droit international a toujours tenté d’y répondre. Parfois il s’affaiblit, parfois il renaît, tel un sphinx. Ce qui importe, c’est qu’il continue d’exister et que nous le défendions, car sans lui, il ne reste que le règne de la force.”
Yasmine Ben Sabbeh : “Nos attentes sont légitimes, mais la réalité nous confronte à ses limites”
De son côté, Yasmine Ben Sabbeh met en avant une démarche dialectique entre les attentes portées par le droit international et les limites de son effectivité. Elle rappelle que ces attentes souveraineté des États, interdiction du recours à la force, maintien de la paix sont parfaitement légitimes car elles reposent sur les principes fondateurs de la Charte des Nations Unies.
Mais la réalité, dit-elle, se montre cruelle : les violations du droit international ne datent pas d’hier. “Ce n’est pas une rupture historique. Ce qui change, c’est la visibilité médiatique des violations, dans un monde où les crimes et les génocides sont diffusés en temps réel. C’est ce qui rend la situation plus choquante.”
Elle invite à dépasser cette opposition entre idéalisme juridique et réalisme politique. “C’est une fausse dichotomie. Il faut garder espoir, car sans le droit international, il ne reste que la loi du plus fort. Certes, il connaît des temps difficiles, mais il demeure notre unique cadre de légitimité et la seule alternative rationnelle à la violence.”
Une même conviction : défendre le droit pour sauver la légitimité des relations internationales. Les deux intervenantes convergent sur une idée commune : le droit international a ses limites intrinsèques, liées à la volonté politique des États. Pourtant, il reste la référence qui régule les relations entre nations.
“ Si tout cela se passe déjà en présence du droit international, imaginez ce que serait le monde sans lui”, fait remarquer Mouna Kraiem Dridi. “Il faut le défendre, même affaibli, parce que c’est notre seule garantie de légitimité”, renchérit Yasmine Ben Sabbeh.
Toutes deux concluent sur une note d’espoir : croire en une résilience du droit international. Car nous n’avons pas d’autre alternative », souligne Yasmine Ben Sabbeh. “Il faut garder foi dans la règle du droit et souhaiter de meilleurs jours à son application”, conclut Mouna Kraiem Dridi.
