En appelant le gouvernement fédéral à « s’impliquer » dans le processus électoral et les républicains à « nationaliser l’organisation du vote », le président américain, Donald Trump, cherche en vérité à peser sur les élections de mi-mandat prévues pour le mois de novembre prochain. Une manœuvre inconstitutionnelle à haut risque.
On ne change pas les règles du jeu au milieu de la partie. Pourtant, à neuf mois des élections de mi-mandat qu’il admet volontiers pouvoir perdre malgré sa “grande“ politique économique, le président américain ne cache plus sa volonté de contrôler ce prochain scrutin décisif. Sachant que les midterms sont des élections des deux chambres du Congrès des États-Unis qui se tiennent au milieu du mandat quadriennal du président américain. Traditionnellement, ce scrutin, qui rythme la politique intérieure américaine, est très souvent défavorable au président en place. D’où la volonté affichée de Donald Trump de ne perdre à aucun prix le Chambre des représentants et le Sénat ; quitte à tordre le coup aux règles essentielles de la démocratie dont manifestement il n’en a cure.
Une proposition « outrageusement illégale »
Ainsi, dans une émission en balado diffusé au début de la semaine du 2 février, le 47e président des États-Unis a répété que le gouvernement fédéral devrait « s’impliquer » dans les élections de certains États et appelé les républicains à « nationaliser l’organisation du vote ». Une prérogative qui appartient pourtant aux États, selon la Constitution américaine.
Des propos aussitôt condamnés par le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer : « Donald Trump a-t-il besoin d’un exemplaire de la Constitution ? », a-t-il ironisé. Avant d’ajouter : « Ce qu’il dit est outrageusement illégal ».
Interrogé sur le sens de ses propos, le locataire de la Maison Blanche, qui n’a jamais reconnu sa défaite électorale de 2020, a répondu qu’il voulait des élections « honnêtes », estimant qu’il y a beaucoup de fraudes et d’irrégularités lors des élections américaines.
Et pour garantir des élections « honnêtes », selon son expression, Trump a soutenu que le gouvernement fédéral devrait se charger des élections fédérales, même si la Constitution prévoit qu’elles soient principalement régies par les États. L’organisation du scrutin est en outre administrée par les autorités locales vu que le gouvernement fédéral aux États-Unis est l’autorité centrale nationale qui partage le pouvoir avec les 50 États fédérés. Il gère la politique étrangère, la défense nationale, la monnaie et le commerce interétatique, tandis que les États conservent une autonomie sur la santé, l’éducation et la police locale.
« Si on y pense, un État agit comme un agent du gouvernement fédéral lors des élections. Je ne sais pas pourquoi le gouvernement fédéral ne s’en charge pas directement. Quand on voit certains de ces États, la façon horrible dont ils organisent leurs élections, c’est une honte », a ajouté le magnat de l’immobilier, qui continue de marteler, en dépit de l’absence de preuves, que de vastes fraudes l’ont privé de la présidence américaine, il y a un peu plus de cinq ans.
Contre-vérités
« Il y a des États qui sont tellement corrompus et ils comptent les votes. Il y a des États que j’ai remportés, mais où les résultats montrent que je n’ai pas gagné », a soutenu Donald Trump, poursuivant la litanie habituelle de se poser en vainqueur de la présidentielle de 2020.
De quels États s’agit-il ? Évidemment les États clés remportés par Joe Biden en 2020, soit la Géorgie, l’Arizona, le Nevada, le Michigan, le Wisconsin et la Pennsylvanie ; des métropoles gangrenées par une « corruption horrible », selon ses dires et qui, par hasard, ont voté pour les démocrates. Pourtant, plusieurs tribunaux avaient statué sur des dizaines de plaintes lancées par le camp républicain pour rejeter les allégations de fraudes massives.
Par ailleurs, le mois dernier (janvier), Donald Trump a déclaré dans une entrevue accordée au New York Times qu’il regrettait de ne pas avoir déployé la Garde nationale pour s’emparer de machines à voter après l’élection de 2020.
Amalgame
À noter que la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, avait pourtant atténué la portée de ses propos, affirmant que le président faisait simplement référence au projet de loi appelé Save Act. Le texte législatif, adopté par la Chambre des représentants l’an dernier, qui exige une preuve de citoyenneté américaine pour voter.
À ce propos, il y a lieu de rappeler qu’aux États-Unis, seuls les citoyens américains peuvent légalement voter aux élections fédérales. Pourtant, le milliardaire républicain accuse régulièrement les démocrates d’avoir utilisé les voix d’immigrés clandestins, de « laisser entrer » ou d’attirer des immigrés sans papiers pour qu’ils puissent ensuite voter et les faire gagner. Un discours destiné à stigmatiser l’immigration, présenter l’opposition comme frauduleuse ou corruptrice et ainsi à remettre en question la légitimité des résultats si son camp perdait.
« Si les républicains ne les expulsent pas (les immigrés clandestins, ndlr), on ne gagnera jamais une autre élection en tant que républicains . C’est fou comme ces gens sont amenés à voter… », a assuré le président américain.
Tout cela « fait partie d’une stratégie plus vaste pour, au minimum, jeter le doute sur les prochaines élections », commente Rick Hasen, professeur de droit à l’Université de Californie à Los Angeles.
« Dans le pire des cas, poursuit-il, cela signale que Donald Trump pourrait essayer d’utiliser le gouvernement fédéral pour s’ingérer réellement dans l’organisation des scrutins par les États en 2026 ». Implacable conclusion.