La région Moyen-Orient et Afrique du Nord verra sa production de déchets passer de 129 millions de tonnes par an actuellement à 255 millions de tonnes d’ici 2050, selon le rapport « Problème mondial, solutions locales » de Greenpeace MENA. Le document alerte sur l’ampleur de la pollution plastique et met en avant les initiatives citoyennes face aux carences étatiques.
Le rapport se concentre sur cinq pays (Égypte, Liban, Arabie saoudite, Maroc et Tunisie) et souligne l’action d’organisations locales engagées contre la pollution plastique, notamment marine. En Tunisie, les chiffres sont préoccupants. Le pays produit 2,5 millions de tonnes de déchets par an, dont environ 188.000 tonnes de plastique. Chaque année, près de 80.000 tonnes de plastique polluent les côtes tunisiennes, dont 17.000 tonnes se retrouvent directement en mer. Cette pollution affecte lourdement la biodiversité marine : des résidus plastiques ont été retrouvés dans 80 % des animaux échoués ou autopsiés sur les plages tunisiennes, particulièrement les tortues marines.
Des lois inefficaces et des acteurs locaux mobilisés
Malgré l’adoption de décrets interdisant les sacs plastiques à usage unique en 2016 puis 2020, leur application reste largement défaillante. Les sacs prohibés demeurent omniprésents sur les marchés, illustrant les failles dans l’exécution de la législation.
L’ONG « Notre Grand Bleu » (NGB), fondée en 2012 par des plongeurs, pêcheurs et chercheurs, s’est imposée comme acteur clé de la protection marine en Tunisie. L’organisation combine recherche scientifique et savoirs empiriques des pêcheurs locaux. Elle milite notamment contre le « plastique fantôme », appelant à l’interdiction des engins de pêche en plastique. Selon ses estimations, quelque 100.000 pièges à poulpes en plastique sont perdus chaque année dans le golfe de Monastir, continuant de piéger la faune marine. L’association développe également des projets d’économie circulaire en collaboration avec des artisans transformant les engins de pêche récupérés en objets décoratifs, et mène des actions de sensibilisation auprès de la jeunesse, avec plus de 100 jeunes membres formés à la plongée et à l’éducation environnementale.
Les « Berbechas », héros invisibles du recyclage
Le rapport salue le rôle des chiffonniers, appelés « Berbechas », qualifiés de « héros invisibles » du recyclage. Ces collecteurs informels récupèrent environ 80 % des déchets recyclables du pays. Bien que l’Agence nationale de gestion des déchets (ANGed) supervise le secteur, le taux de recyclage officiel ne dépasse pas 4 %, laissant le système largement dépendant de ces travailleurs non reconnus et dépourvus de protection sociale.
À l’échelle régionale, le rapport rappelle que la mer Méditerranée est devenue l’une des plus polluées au monde. Bien qu’elle ne représente que 1 % des eaux mondiales, elle concentre 7 % des microplastiques de la planète. Les pertes économiques liées à la dégradation des écosystèmes marins sont estimées entre 500 milliards et 2.500 milliards de dollars par an.
Les risques sanitaires sont également pointés du doigt. Les individus peuvent ingérer jusqu’à 68.000 microparticules de plastique par jour via l’air intérieur, une exposition associée à des inflammations chroniques et à des atteintes à la santé reproductive, conclut Greenpeace MENA.
Lire aussi
Traité mondial sur la pollution plastique : pas de consensus à Genève
Le Burkina interdit le plastique dans les institutions publiques