Le récent forum sur la coopération Chine-Afrique (FOCAC) a confirmé cette caractéristique du nouvel ordre mondial : le renforcement des liens entre la puissance mondiale asiatique et les pays du continent du XXIe siècle. Dans un contexte marqué par la rivalité croissante avec l’Occident, la Chine perçoit l’Afrique comme un espace stratégique dans la construction d’une alliance avec les pays du Sud. Toutefois, après des années d’investissements politiques et économiques, les relations sino-africaines évoluent en vue dans l’intérêt des différentes parties.
Le renforcement du poids économique mondial de la Chine
Jusqu’au début des années 1980, l’économie chinoise représentait un poids marginal dans l’économie internationale ; elle constitue désormais la deuxième puissance économique mondiale (en termes de PIB en dollars courants). Une ascension internationale de la Chine est relativement récente. Le « grand bond » et la « réforme économique et d’ouverture » lancés par Deng Xiaoping en 1978 (deux ans après la mort de la figure tutélaire de Mao) se sont prolongés par une stratégie de développement qui repose dans un premier temps sur les capitaux et les investissements d’entreprises occidentales attirées par l’« atelier/usine du monde » à la main-d’œuvre bon marché.
A partir du milieu des années 1990, le PCC a commencé à miser sur le soutien à l’internationalisation des entreprises nationales et sur le progrès scientifique et technologique. L’adhésion à l’OMC en 2001 a accéléré et intensifié ce mouvement. La Chine a pleinement profité des avantages de la mondialisation, avec une expansion considérable de ses capacités de production et d’exportation.
Bénéficiant d’une très forte dynamique de croissance, la Chine a connu un rattrapage spectaculaire dans une période très courte. Elle s’est imposée comme l’une des principales forces motrices de l’économie mondiale (le pays a enregistré une croissance annuelle de son PIB à presque deux chiffres entre 1980 et 2016). Une puissance économique utilisée comme levier de renforcement de la diplomatie chinoise et étendre son influence (aides, mais aussi sanctions) y compris en Afrique.
Le renforcement des relations Chine-Afrique
Si les relations contemporaines sino-africaines étaient déjà prégnantes durant la décolonisation, l’ampleur et la nature de l’engagement chinois sur le continent relèvent d’une logique nouvelle. Alors que cet engagement était animé par une solidarité tiers-mondiste et par une volonté d’exportation des préceptes maoïstes, la démarche s’est relativement « désidéologisée » : elle repose désormais sur des objectifs économiques (l’aide au développement se conjugue avec une série d’accords bilatéraux d’échanges commerciaux et des investissements massifs, y compris pour la construction de ces infrastructures) et stratégiques (accès aux ressources énergétiques et agricoles). La Chine émerge au début des années 2000 comme un acteur majeur en Afrique.
Premier partenaire commercial de l’Afrique et, à ce titre, l’un de ses principaux bailleurs de fonds, l’empire du Milieu s’impose sur le continent à travers aussi son mégaprojet « Belt and Road Initiative » (BRI), ou « nouvelles routes de la soie ». Des investissements qui s’accompagnent de coopérations renforcées dans des domaines autres qu’économiques.
En sus des prêts accordés, les entreprises chinoises ont mené à bien au moins un tiers des projets d’infrastructures sur le continent au cours des deux dernières décennies.
Sur le plan sécuritaire et militaire, outre la première base chinoise hors de son territoire (à Djibouti), la Chine s’est engagée dans la formation de militaires et policiers de pays africains.
Pékin développe aussi de nombreux instruments de soft power sur le continent africain : médias, ouverture d’instituts, d’« écoles du leadership », etc.
Les coopérations et partenariats économiques cherchent désormais à rééquilibrer. D’un côté, les pays africains souhaitent bénéficier, à travers leurs relations avec la Chine, d’une industrialisation accélérée, de transferts de technologie et de créations d’emplois plus massifs. De l’autre, après des années d’investissements massifs (y compris sous forme de prêts) dans les infrastructures, Pékin a décidé d’opter pour plus de modération : Pékin veut éviter le piège des dettes insolvables de certains pays africains. Les considérations des uns et des autres sont légitimes et ne sauraient remettre en cause leur rapprochement, élément structurel du nouvel ordre mondial.