Congrès suspendu, querelles de leadership, rupture entre Abir Moussi et Karim Krifa… Inutile de dire que le Parti destourien libre traverse une séquence particulièrement agitée, qui interroge voire soulève des questions sur sa cohésion interne et son avenir politique.
Le Parti destourien libre (PDL), naguère considéré comme ayant une assise politique solide, est confronté aujourd’hui à des turbulences qui mettent à l’épreuve son unité et son organisation. En effet, en l’espace de quelques jours, le parti s’est retrouvé au centre de plusieurs controverses : la suspension de son congrès national, les divergences autour d’un nouveau mandat pour sa présidente, Abir Moussi, et, plus récemment, la rupture publique entre cette dernière et l’avocat Karim Krifa – qui fait tâche d’huile.
Il s’agit là d’événements à même de donner à la crise une dimension dépassant les simples désaccords organisationnels. Derrière ces épisodes se dessine une interrogation fondamentale : est-ce que le PDL parviendra à préserver sa cohésion alors que son fonctionnement et sa direction sont de plus en plus contestés sur plusieurs fronts ? Rien n’est moins sûr.
Un congrès stoppé en pleine tourmente
Premier épisode marquant : le congrès national du PDL, baptisé « Congrès de la fidélité » et programmé les 3 et 4 octobre 2026, a été suspendu par une décision de la chambre des référés du Tribunal de première instance de Tunis, le 2 octobre. Cette décision est intervenue alors que le parti s’apprêtait à renouveler ses instances dirigeantes et qu’Abir Moussi entendait briguer un nouveau mandat à sa tête. La procédure judiciaire, engagée dans un contexte de divergences internes sur les conditions d’organisation du congrès, a ainsi interrompu un rendez-vous politique important pour l’avenir de la formation.
L’affaire révèle surtout que les désaccords au sein du PDL ont dépassé le cadre des discussions internes pour se déplacer sur le terrain judiciaire. Le renouvellement de la direction, qui devait permettre de clarifier les rapports de force, reste donc en suspens. Et pour combien de temps ? Personne n’est en mesure de répondre à cette question. Pardon, sauf peut-être les responsables au sein du parti destourien.
La candidature d’Abir Moussi au cœur des divergences
La question du leadership constitue l’un des principaux points de friction. En juillet dernier, rappelle-t-on, l’ancien député et cadre du parti, Majdi Boudhina, avait publiquement appelé Abir Moussi à renoncer à briguer un nouveau mandat, invoquant la nécessité de renouveler les responsables et de respecter le principe d’alternance.
Cette prise de position a mis en lumière un débat sur l’interprétation des statuts du PDL et sur la durée des mandats à sa présidence. Encore eux, les statuts du parti. En tout cas, le parti défend, pour sa part, la légitimité d’une nouvelle candidature de sa présidente. Selon son interprétation des dispositions statutaires, le décompte des mandats concernés commence avec le premier congrès électif, organisé en 2021. Cette lecture est contestée par ceux qui estiment qu’un nouveau mandat – qu’ils qualifient de “trop“ – soulèverait un problème de cohérence avec le principe de limitation des mandats.
Au-delà de la question statutaire, le débat oppose deux préoccupations/tendances : préserver la continuité autour d’une figure centrale de l’opposition et préparer le renouvellement des structures dirigeantes.
Majdi Boudhina : le débat sur le renouvellement s’invite sur la place publique
Hélas, la démarche de Majdi Boudhina a révélé les difficultés rencontrées par les voix discordantes au sein du parti. Après avoir défendu publiquement la nécessité d’un renouvellement du leadership, l’ancien député a annoncé son retrait du PDL, dans un climat marqué par de vives réactions de certains partisans d’Abir Moussi. Et son départ donne une illustration concrète des tensions suscitées par le débat sur l’avenir de la formation politique. Il pose aussi la question de la place accordée à la contestation interne et de la capacité du parti à gérer les divergences sans provoquer de nouvelles ruptures. « C’est le cas de tous les partis gouvernés de façon autoritaire », atteste un ancien cadre du PDL qui, ayant constaté les germes de cette dérive, avait fini par quitter le navire.
Ceci étant, cet épisode ne suffit pas à établir l’existence d’« une opposition organisée ou majoritaire à Abir Moussi, mais témoigne néanmoins d’un désaccord public sur la manière de préparer l’avenir du PDL ».
Abir Moussi et Karim Krifa : une rupture qui ajoute à la crise
Sauf que cela commence à faire trop, surtout avec le dernier épisode en date concernant Karim Krifa, avocat et membre du PDL. En effet, le 9 octobre, Abir Moussi lui a demandé de « se retirer » de son comité de défense et de cesser d’intervenir dans les dossiers judiciaires et les procédures engagées en son nom, en Tunisie comme à l’étranger.
Depuis son lieu de détention, la présidente du parti lui a reproché une conduite qu’elle estime contraire à ses intérêts et à ses droits. Elle a également demandé le retrait de son nom et de sa photographie des documents et supports liés au comité de défense.
Comme l’on pouvait s’y attendre, l’intéressé, en l’occurrence Karim Krifa, le temps sans doute de réflexion, a réagi trois jours après, le 12 octobre en indiquant qu’il ne souhaitait pas entrer dans un échange d’accusations, tout en se réservant la possibilité d’engager des procédures judiciaires contre les personnes qu’il estimerait responsables de la diffusion d’allégations à son encontre.
Cette confrontation publique entre deux personnalités longtemps associées au PDL ajoute une nouvelle dimension aux tensions actuelles. Elle concerne désormais non seulement l’organisation et la direction du parti, mais aussi les relations entre ses responsables et les modalités de défense de sa présidente.
À ce stade, les accusations formulées par les protagonistes doivent être considérées comme leurs propres déclarations et non comme des faits judiciairement établis. Certains ne manquent pas de dire que la maison “PDL“ a entamé un dangereux processus de décomposition.
Un parti confronté à la question de son avenir
Ainsi, on remarquera que ces différents épisodes ont un point commun : ils interviennent dans un contexte où Abir Moussi, détenue depuis trois ans (octobre 2023), demeure la figure centrale du PDL. Son rôle politique et symbolique constitue un facteur de rassemblement pour ses soutiens. Mais sa détention pose également des questions pratiques sur le fonctionnement du parti, la prise de décision et la préparation de son avenir.
Alors trois questions existentielles : comment maintenir une organisation politique opérationnelle dans ces circonstances ?; comment arbitrer les différends statutaires ?; et comment préserver l’unité lorsque des divergences sur la direction débouchent sur des départs, des procédures judiciaires et des ruptures publiques ? Si ces interrogations ne permettent pas, à elles seules, de conclure à une implosion du PDL, elles montrent toutefois que la formation traverse une période délicate, durant laquelle sa capacité à gérer ses désaccords sera déterminante.
Une crise de personnes, de règles ou de stratégie ?
Réduire la situation à une querelle entre individus semble sans doute insuffisant. Les événements récents font apparaître plusieurs niveaux de tension : une divergence sur l’interprétation des statuts, un débat sur la limitation des mandats, une procédure ayant empêché la tenue du congrès et une rupture entre Abir Moussi et Karim Krifa.
À ces questions organisationnelles s’ajoute un enjeu politique plus large : la capacité du PDL à maintenir sa visibilité et son influence tout en assurant la continuité de ses activités.
La suspension du congrès laisse la question de la direction sans règlement par cette voie élective. Les départs et les désaccords publics fragilisent l’image d’unité du parti, tandis que la rupture avec Karim Krifa ouvre un nouveau front de confrontation, comme le soulignent certains analystes politiques de la place.
La véritable question est désormais de savoir si le PDL pourra transformer cette séquence de tensions en une occasion de clarification interne, ou si les divergences continueront à s’accumuler au détriment de sa cohésion et de sa capacité d’action.
Une chose est certaine : la maison « PDL » traverse une zone de turbulences. Reste à savoir si ses responsables parviendront à renouer le dialogue, à clarifier les règles de fonctionnement et à définir une perspective commune pour la suite.
Synthèse réalisée à l’aide de l’IA.