Dans une analyse publiée sur sa page Facebook, l’expert en économie Ridha Chkoundali s’est interrogé sur les véritables implications du relèvement du coefficient de réserves obligatoires décidé par la Banque centrale de Tunisie. Selon lui, cette mesure, qui porte ce coefficient de 1% à 3% à compter du 1er novembre 2026, ne relève pas d’un simple ajustement technique : elle pourrait réduire la capacité des banques à financer l’investissement, fragiliser les PME et entrer en contradiction avec la politique de l’État en faveur des prêts d’honneur.
Après avoir maintenu son taux directeur autour de 7 %, la Banque centrale de Tunisie a publié, le vendredi 9 octobre 2026, la circulaire n° 2026-11 relative à la mise en œuvre de la politique monétaire. Celle-ci prévoit le triplement du coefficient de réserves obligatoires, qui passe de 1 % à 3 %. Ridha Chkoundali estime que cette décision soulève des questions essentielles sur les objectifs de la politique monétaire, ses effets sur le crédit bancaire et sa cohérence avec les choix économiques et sociaux de l’État.
Les réserves obligatoires correspondent à la part des dépôts que les banques doivent conserver auprès de la Banque centrale. Leur relèvement contraint donc les établissements bancaires à immobiliser davantage de liquidités.
À titre d’exemple, pour un milliard de dinars de dépôts assujettis, le montant à constituer auprès de la Banque centrale passe de 10 millions à 30 millions de dinars, soit 20 millions de dinars supplémentaires. Cette contrainte ne signifie pas automatiquement une baisse équivalente des crédits, mais elle peut réduire la marge de manœuvre des banques dans leur politique de financement.
Une réponse inadaptée à une inflation par les coûts
Ridha Chkoundali estime que la Banque centrale semble vouloir utiliser cet instrument pour contenir les pressions inflationnistes évoquées dans son dernier communiqué, en s’inspirant de l’approche adoptée par les grandes banques centrales, notamment la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne.
Or, souligne-t-il, la Banque centrale reconnaît elle-même que les risques d’inflation proviennent principalement de la hausse des coûts de production, de l’énergie et des matières premières, et non d’une surchauffe de la demande. Dans ce contexte, estime l’économiste, restreindre la liquidité bancaire ne permettra pas de lutter efficacement contre l’inflation.
Au contraire, cette politique risque de freiner l’octroi de crédits, de ralentir l’investissement privé et d’affaiblir la croissance économique, alors même que l’économie tunisienne a besoin de financements pour relancer la production et l’emploi.
Une contradiction avec les prêts d’honneur
Ridha Chkoundali relève également une apparente contradiction entre la décision de la Banque centrale et la politique de l’État consistant à promouvoir les prêts d’honneur sans intérêt.
D’un côté, l’État cherche à faciliter l’accès au financement des particuliers et des porteurs de projets afin de soutenir l’initiative économique. De l’autre, le relèvement des réserves obligatoires peut accroître la pression sur la liquidité des banques et réduire les ressources disponibles pour financer les autres activités productives.
Il reconnaî toutefois que les prêts d’honneur sont financés, selon le mécanisme annoncé, par des provisions liées aux bénéfices antérieurs des banques, tandis que les réserves obligatoires sont calculées sur les dépôts assujettis. Les ressources ne sont donc pas nécessairement les mêmes.
Mais, pour Ridha Chkoundali, cette distinction comptable ne supprime pas le risque de tension. Une banque tenue de financer des prêts sans intérêt, tout en immobilisant une part plus importante de ses ressources auprès de la Banque centrale, pourrait voir ses capacités de gestion de liquidité et d’allocation de crédit davantage limitées.
Les PME en première ligne
L’économiste met en garde contre les conséquences de ce resserrement sur les petites et moyennes entreprises. La combinaison d’une liquidité plus contrainte, des obligations de financement liées aux prêts d’honneur et d’une possible orientation des ressources vers le financement public pourrait intensifier la concurrence pour les fonds disponibles.
Dans ce scénario, les PME risquent d’avoir plus de difficultés à accéder au crédit d’investissement. Les conditions de financement pourraient également devenir plus coûteuses ou plus restrictives, si les banques décident de durcir leurs critères d’octroi ou de réorienter leurs ressources vers des emplois jugés moins risqués.
Pour Ridha Chkoundali, la politique de soutien à l’initiative économique à travers les prêts d’honneur risque alors de perdre une partie de son efficacité, en raison d’une politique monétaire plus restrictive.