La chambre des référés du Tribunal de première instance de Tunis a ordonné, vendredi 2 octobre 2026, l’arrêt des travaux du congrès national du Parti destourien libre (PDL), prévu les 3 et 4 octobre. Cette décision intervient à quelques heures seulement de l’ouverture officielle du rendez-vous partisan, dans un contexte déjà tendu pour le parti dont la présidente, Abir Moussi, purge une peine de prison depuis octobre 2023.
La juridiction a examiné une requête en référé déposée par une membre du parti, identifiée par certains cadres du PDL, membre du bureau politique, afin d’obtenir la suspension du congrès. Selon son avocat, l’organisation de ce rendez-vous ne respecterait pas les procédures statutaires applicables à ce type de réunion interne. La défense du PDL avait demandé le report de l’examen de l’affaire, mais la chambre des référés a rendu sa décision dans la soirée du 2 octobre, ordonnant la suspension des travaux du congrès.
Dans une vidéo publiée le 2 octobre, Abdessalem Chekir, analyste politique proche du parti, a vivement critiqué cette initiative, la qualifiant de » trahison » et de « cadeau offert aux ennemis du PDL » . Il affirme que la requérante, présentée comme une proche d’Abir Moussi, cherche à annuler les travaux d’un congrès préparé depuis des mois à travers les structures du parti. Abdessalem Chouguir évoque également l’action d’un « groupe » soupçonné d’agir depuis l’étranger pour » déstabiliser, diviser et affaiblir » le PDL.
Il indique qu’il pourrait révéler prochainement davantage d’éléments sur les personnes et les mécanismes supposés derrière cette manœuvre, sans en apporter pour l’instant de preuves publiques.
Le congrès devait notamment permettre le renouvellement des instances dirigeantes du PDL et confirmer la candidature d’Abir Moussi à la présidence du parti, déjà validée par le bureau politique le 23 septembre sur la base d’un unique dossier déposé par son avocat. Ce rendez-vous revêt une forte dimension symbolique : son ouverture coïncide avec le troisième anniversaire de l’arrestation d’Abir Moussi, le 3 octobre 2023. La décision de la chambre des référés place le PDL dans une nouvelle épreuve judiciaire, alors que sa présidente est incarcérée depuis plus de deux ans et condamnée, en mars 2026, à dix ans de réclusion dans l’une des affaires la visant.
Si l’ordonnance de référé suspend les travaux du congrès dans l’immédiat, elle n’épuise pas le contentieux sur le fond, qui pourrait être examiné ultérieurement par le tribunal. Pour le PDL, l’enjeu dépasse la seule question procédurale : il s’agit de maintenir l’unité du parti, de préserver sa capacité de mobilisation et de confirmer, malgré l’incarcération de Abir Moussi.
L’histoire des partis politiques en dit long sur ce moment de crise. Si la pluralité et la concurrence entre formations sont souvent présentées comme le signe d’une vie démocratique, elles n’exonèrent pas leurs acteurs d’une exigence d’éthique minimale. Car un parti, avant d’être une machine électorale ou un rapport de forces, est aussi un projet collectif qui suppose loyauté, respect des règles internes et sens des responsabilités.
Lorsque les conflits se règlent devant la justice, c’est toute la vie partisane qui s’en trouve affaiblie. À terme, ce n’est pas seulement la crise interne qui est en cause, mais la capacité même des partis à mûrir et à se réformer.