Un Conseil ministériel consacré au projet de budget 2027 s’est tenu mercredi 19 août au Palais du gouvernement à La Kasbah. Le compte rendu officiel, publié sur la page Facebook de la présidence du gouvernement, est soigné, rassurant, presque serein.
La croissance atteint 2,4 % au premier semestre 2026, portée par les céréales, l’huile d’olive, le tourisme et les industries mécaniques et électriques. Le chômage recule légèrement, de 15,3 % à 14,9 %. L’inflation est « maîtrisée ». Les réserves en devises sont « satisfaisantes ». Le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, salue la « résilience » de l’économie nationale. Tout va bien, donc.
Sauf que ces chiffres méritent d’être lus avec prudence. Une croissance de 2,4 % dans un pays où le chômage dépasse encore 15 % et où la pression démographique reste forte, c’est insuffisant. Une baisse du chômage de 0,4 point en un an, c’est cosmétique. Et une croissance tirée par l’agriculture et le tourisme – deux secteurs structurellement volatils, tributaires de la météo pour l’un et de la conjoncture internationale pour l’autre – c’est une croissance fragile, pas une transformation économique.
Les priorités affichées pour le budget 2027 sont connues : amélioration du climat des affaires, relance de l’investissement, souveraineté alimentaire et hydrique, transition énergétique et numérique, intelligence artificielle. Des mots qui figurent, presque mot pour mot, dans les budgets précédents. La question n’est pas de savoir si ces orientations sont pertinentes – elles le sont. Elle est de savoir pourquoi elles ne se traduisent pas encore en résultats tangibles pour les citoyens.
La réforme des entreprises publiques, évoquée une nouvelle fois, illustre parfaitement cette impasse. Ce chantier est inscrit à l’agenda depuis des années. Les entreprises publiques déficitaires continuent d’absorber des ressources que l’État peine à dégager. La « modernisation de leur gouvernance » promise à chaque loi de finances n’a pas encore produit de rupture visible.
La cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a conclu la réunion en appelant à « accélérer la finalisation du projet de budget » en hiérarchisant les projets selon leur maturité et leur impact socio-économique. Un appel à la rigueur qui aurait plus de portée s’il s’accompagnait d’une évaluation publique et transparente des budgets précédents — et de ce qui, concrètement, n’a pas fonctionné.
Dans ce cas, le budget 2027 sera de toute évidence présenté comme une feuille de route ambitieuse. Mais tant que les mêmes priorités reviennent sans bilan, les mêmes doutes reviennent aussi.