Le 7 juillet, journée symbolique du « Saba Saba », s’est déroulé sans les manifestations redoutées par les autorités tanzaniennes. Mais derrière ce calme apparent, les mouvements de contestation, largement portés par les jeunes et les réseaux sociaux, semblent privilégier de nouvelles formes de mobilisation…
Les rues de Dar es Salam sont restées largement calmes mardi 7 juillet, malgré les appels à manifester lancés depuis plusieurs semaines par des mouvements de jeunes et des organisations de l’opposition. Le dispositif sécuritaire exceptionnel déployé par les autorités a empêché tout rassemblement d’ampleur. Mais cette démonstration de force ne signifie pas pour autant un recul de la contestation. Elle traduit plutôt une évolution des stratégies adoptées par les opposants dans un contexte de répression croissante.
Le Saba Saba (*), qui commémore à la fois la création en 1954 du mouvement indépendantiste TANU – ancêtre du parti au pouvoir Chama Cha Mapinduzi (CCM) – et l’ouverture de la Foire internationale de Dar es Salam, est devenu cette année un symbole de la contestation politique. Des militants souhaitaient profiter de cette journée hautement symbolique pour réclamer des réformes démocratiques, la libération de l’opposant Tundu Lissu et une enquête sur les violences qui ont suivi les élections générales de 2025.
Une démonstration de force des autorités
À Dar es Salam, les principaux axes routiers ont été quadrillés par la police et l’armée, tandis que les abords de la Foire internationale faisaient l’objet d’une surveillance renforcée. Aucun rassemblement significatif n’a été observé, conséquence d’une stratégie sécuritaire mise en place plusieurs jours auparavant. Les autorités avaient déjà procédé à l’arrestation de dizaines de militants et d’organisateurs présumés des manifestations. Quelques jours avant le Saba Saba, le gouvernement avait également suspendu l’ensemble des rassemblements politiques sur le territoire, invoquant des impératifs de sécurité et de maintien de l’ordre public…
Une opposition qui privilégie désormais d’autres modes d’action
Si les manifestations de rue semblent aujourd’hui plus difficiles à organiser, les mouvements contestataires n’ont pas disparu. Les réseaux sociaux sont devenus leur principal espace de mobilisation, permettant de coordonner les initiatives, diffuser des informations et maintenir la pression sur les autorités malgré les restrictions imposées aux partis politiques. Cette évolution rappelle les transformations observées récemment dans plusieurs pays africains, notamment au Kenya, où les mobilisations portées par la jeunesse se structurent de manière plus horizontale, sans véritable direction politique centralisée.
Pour de nombreux observateurs, cette mutation complique la tâche des autorités. Si les grands rassemblements peuvent être empêchés par un important dispositif policier, les campagnes numériques, les actions décentralisées et les formes de désobéissance civile sont plus difficiles à contenir.
Un climat politique qui inquiète les partenaires internationaux
La détention de Tundu Lissu, figure de l’opposition poursuivie pour trahison après avoir contesté le processus des élections générales de 2025, continue d’alimenter les critiques des organisations de défense des droits humains. Plusieurs partenaires internationaux suivent avec attention l’évolution de la situation politique en Tanzanie, autrefois présentée comme l’un des pays les plus stables d’Afrique de l’Est.
Cette dégradation du climat politique pourrait également avoir des conséquences économiques. La Tanzanie poursuit d’ambitieux projets d’infrastructures, notamment dans les secteurs des transports, des mines, de l’énergie et du gaz naturel. Le maintien d’un environnement politique prévisible constitue un facteur important pour préserver l’attractivité du pays auprès des investisseurs étrangers.
————————————
(*) Le 7 juillet, Saba Saba, est la Journée qui célèbre plusieurs fêtes historiques en Afrique de l’Est, notamment en Tanzanie et au Kenya. Le nom Saba Saba est symbolique et signifie sept sept en swahili, ce qui signifie le 7e jour du 7e mois de l’année.