En Afrique, décrocher un rendez-vous pour un visa relève souvent d’un parcours du combattant, aussi coûteux qu’opaque. Au cœur du système, une entreprise indienne, VFS Global, sous-traitante de nombreuses ambassades (France, Chine, etc.), transforme cette manne administrative en machine à cash, selon une enquête coordonnée par Lighthouse Reports et relayée par RFI (Radio France Internationale).
Pour vous donner un ordre de grandeur, les bénéfices opérationnels de l’entreprise, entre 2017 et 2024, ont explosé de 31 à 171 millions d’euros, alors que le volume des demandes n’a crû que de 15 %. Une croissance largement portée par la vente de « services à valeur ajoutée » (VAS) – envois de SMS, salons premium – souvent présentés comme quasi obligatoires, bien qu’optionnels.
Des pratiques commerciales contestées
L’enquête révèle que ces VAS représentent jusqu’à 30 % du chiffre d’affaires mondial de VFS, et plus du tiers de ses revenus en Afrique du Sud, au Kenya ou au Nigeria. En tout cas, d’anciens employés au Sénégal et au Kenya affirment avoir fait l’objet de « pressions hiérarchiques pour vendre ces services, avec des commissions à la clé », toutefois.
De leur côté, les demandeurs dénoncent « une arnaque » et « un grand n’importe quoi ». Du reste, des rapports d’inspection européens (Suède, Tchéquie, 2024-2025) confirment un « flou entretenu » par VFS sur le caractère facultatif de ces prestations.
Mais plus grave : des employés ou ex-employés de VFS exploitent leur maîtrise du système pour créer des agences parallèles frauduleuses. Dans ce cadre, on entend ici et là certains dire payent entre 114 et 300 euros rien que pour décrocher un rendez-vous, et ce sans garantie d’obtenir le visa. Bien évidemment, VFS Global affirme lutter contre ces dérives via des mots de passe uniques et une campagne de sensibilisation, mais l’efficacité de ces mesures paraît limitée, selon les enquêteurs de la radio mondiale.
Mais est-ce que ce système est mauvais ?
Pas vraiment. Car sur le fond, VFS ne viole aucune loi. Elle capitalise surtout sur une politique des visas de plus en plus restrictive et sécuritaire, assumée par les pays occidentaux, notamment européens. C’est ainsi que Paul Hermelin, président de CapGemini, a qualifié la politique française de “machine à mécontentement“ : « au Sénégal, seulement 3 000 visas étudiants sont délivrés pour 12 000 à 15 000 demandes, générant 10 000 déçus. Plutôt que de s’attaquer aux causes profondes de cette frustration – un accès aux visas verrouillé – les ambassades confient à un sous-traitant privé le soin de gérer la pénurie, avec les dérives prévisibles ».
En somme, un business juteux sur le dos des Africains – chaque jour de plus en plus naïfs – parfaitement intégré au système.