La crise au Moyen-Orient, qui secoue l’économie mondiale depuis mars 2026, rappelle avec force la vulnérabilité des économies africaines aux chocs extérieurs. Hausse des prix du pétrole, renchérissement des matières premières et augmentation des coûts du transport : autant de perturbations qui ravivent le débat sur la nécessité d’accélérer le commerce intra-africain. Cette question a largement dominé les discussions de l’Africa CEO Forum organisé à Kigali, au Rwanda, les 14 et 15 mai 2026.
Selon Afreximbank, les échanges commerciaux entre pays africains devraient atteindre 230 milliards de dollars en 2026. Malgré cette progression, ils représentent encore moins de 20 % du commerce total du continent. Pour Ndiamé Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique orientale et australe, une meilleure intégration régionale permettrait de renforcer la résilience économique du continent, en favorisant les investissements, la production locale et la création d’emplois.
Cependant, la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) reste freinée par plusieurs obstacles : insuffisance des infrastructures, coûts logistiques élevés et disparités réglementaires entre États. Face à ces contraintes, plusieurs pays misent sur des partenariats régionaux et des mécanismes de co-investissement. Éric Akoute, directeur de l’APIex au Bénin, souligne l’importance du partage d’expertise et de la mutualisation des compétences entre agences africaines de promotion des investissements.
L’un des enjeux majeurs demeure également la transformation locale des matières premières, comme le souligne Bakary Séga Bathily, directeur de l’Agence sénégalaise de promotion des investissements, pour qui « l’Afrique doit désormais privilégier la valorisation industrielle de ses ressources au lieu de continuer à les exporter à l’état brut ». Il cite notamment les projets de coopération entre le Sénégal et la Sierra Leone autour du gaz et du minerai de fer.
Enfin, le financement constitue un défi central. Thierry Hebraud, PDG de la Banque commerciale de l’Ile Maurice, appelle les investisseurs internationaux à ne plus considérer l’Afrique comme un marché à haut risque et plaide pour un meilleur accès à des financements de long terme. Il insiste également sur la nécessité de développer des mécanismes de paiement africains afin de réduire la dépendance au dollar dans les échanges intra-africains. Les Américains ne vont sans doute pas apprécié.