Trente ans, cela se fête en grande pompe. La trentième édition des Prix Comar d’Or s’est tenue le 23 mai 2026 au Théâtre de l’Opéra de la Cité de la culture à Tunis, dans une atmosphère à la hauteur de l’anniversaire. Avant la remise des distinctions, l’Orchestre symphonique de Carthage, placé sous la direction de Hafedh Makni, a ouvert la soirée par une intervention musicale qui a donné le ton de la cérémonie.
Six romans tunisiens ont été distingués ce soir-là, devant un parterre d’écrivains, de membres du jury et de personnalités officielles. En section francophone, le grand prix revient à Hichem Ben Azouz pour Sangoma le guérisseur, paru aux éditions Hykeyet. Le Prix spécial du jury est décerné à Héla Feki pour Une reine sans royaume, publié chez Jean-Claude Lattès, tandis que le Prix Découverte échoit à Sofiane Ben M’rad pour Tunis Arkana, sorti aux éditions Sikelli. La section arabophone consacre Nasr Belhaj Beltaïeb et son roman سيف الصوان (L’épée de silex), édité chez Khraief. Fahmi Balti reçoit le Prix spécial du jury pour دم سيّئ (Mauvais sang), paru aux éditions Capsa. Najwa Kaddari, enfin, obtient le Prix Découverte pour الماجدة (La glorieuse), son premier roman publié chez Arcadia.
Cette trentième édition a également été l’occasion de revaloriser les dotations financières, signe tangible de la maturité du prix. La distinction suprême, le Grand Prix Comar d’Or, passe ainsi de 10 000 à 15 000 dinars. Le Prix spécial du jury, qui récompense l’originalité de la démarche littéraire, est porté de 5 000 à 7 000 dinars. Quant au Prix Découverte, dédié aux nouvelles voix de la fiction tunisienne, sa dotation progresse de 2 500 à 3 000 dinars, un signal encourageant adressé aux premiers romanciers.
Cette édition anniversaire a enregistré une participation record : 92 œuvres soumises au jury, dont 59 en langue arabe et 33 en langue française. Le contraste avec la première édition de 1997, qui ne comptait que 13 romans en compétition, illustre le chemin parcouru. Depuis cette année fondatrice, ce sont 1 271 romans qui ont concouru pour ce prix, dont 846 en langue arabe et 425 en langue française. Derrière ces chiffres, une communauté d’auteurs aux profils divers : en section arabophone, 846 écrivains ont participé depuis l’origine, parmi lesquels 650 hommes et 196 femmes ; en section francophone, ils sont 425, dont 295 hommes et 130 femmes.
Les deux présidents de jury ont dressé un bilan positif des œuvres en compétition. Mohamed El Khadi, qui présidait le jury du roman en langue arabe, et Ridha Kefi, à la tête de celui du roman en langue française, ont été unanimes sur la qualité des manuscrits reçus cette année. El Khadi est allé plus loin, confiant que départager les candidats n’avait pas été chose aisée, tant le niveau de l’ensemble était soutenu.
Dans leurs discours respectifs, le président du conseil d’administration de la COMAR, Slaheddine Ladjimi, et le président du comité d’organisation, Lotfi Ben Haj Kacem, ont salué d’une même voix la créativité de la scène romanesque tunisienne. Tous deux ont souligné que ce qui n’était à l’origine qu’une ambition modeste, offrir une visibilité aux romanciers du pays, s’est imposé comme un rendez-vous de référence du paysage culturel national.
Au-delà de la remise des prix, Slaheddine Ladjimi a réaffirmé la vision sociétale de l’institution : la performance économique d’une entreprise ne saurait être sa seule boussole. « La culture n’est pas un luxe mais une nécessité », a-t-il déclaré, décrivant la littérature comme un espace de dialogue entre identité et universel, et un rempart contre les fractures du monde contemporain. Pour la COMAR, soutenir la création est, selon lui, un engagement durable qui définit son rôle social.
La soirée a également été l’occasion de rendre hommage aux pionniers de l’aventure : Rachid Ben Jemia, initiateur du projet et ancien directeur général de la COMAR, le journaliste et écrivain Hatem Bourial, dont l’implication a contribué à ancrer l’expérience dans la durée, ainsi qu’à la mémoire de feu Rachid Ben Yedder, dont le soutien a été déterminant pour la pérennité de l’initiative. La persévérance des écrivains, le travail des éditeurs et des libraires, ainsi que l’exigence des membres du jury ont également été salués.
Cette édition anniversaire a par ailleurs ouvert une réflexion stratégique sur l’avenir. La veille de la cérémonie, une rencontre consacrée à l’internationalisation du roman tunisien a exploré les leviers de la traduction, de l’édition internationale et de l’ouverture aux lecteurs de cultures diverses, avec l’ambition explicite de porter la littérature tunisienne au-delà de ses frontières. « L’investissement dans la culture est un investissement dans l’humain et dans l’avenir des nations », a conclu Lotfi Ben Haj Kacem.
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